Patrick Cahez
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Lien 14 févr. 2020

Les effets de la start up nation à La Poste

Mal livrés, endommagés, volés : de plus en plus d'usagers de La Poste se plaignent de la livraison de leurs colis sur les réseaux sociaux. Entre réorganisation des services et sous-traitance, franceinfo a cherché les raisons de ces problèmes à répétition. "C’est la logique du ‘il faut aller vite’. Je ne blâme pas les facteurs, je blâme les méthodes employées liées à la hiérarchie",

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https://www.francetvinfo.fr/economie/j-ai-l-impression-quils-se-foutent-de-ma-gueule-pourquoi-tant-d-insatisfaction-avec-la-livraison-des-colis-par-la-poste_3821829.html

"En dix ans, la Poste s’est dégradée. Il y avait à l’époque une belle qualité de service, pour moi hors norme, qui se perd depuis trois ans, qui s’en va en déconfiture. La notion de service public, elle n’est plus là", raconte ce facteur en campagne dans l'ouest de la France. Il travaille à La Poste depuis dix ans et dénonce les "cadences de folie, les arrêts de travail" à répétition. La nouvelle réorganisation de La Poste, pour lui, c’est de "supprimer les facteurs". Selon lui, ils livrent de moins en moins de colis. C'est la société DPDgroup, filiale du groupe La Poste dont fait partie la société Chronopost, qui s'en occupe de plus en plus : "Même nous, on ne sait plus si les colis type Chronopost arrivent par le facteur ou par le biais d’un transporteur."

La tournée d'Edouard est aujourd'hui longue de 95 km, "chronométrée" par des algorithmes. Il distribue 40 à 50 objets par jour. En ville, il l'avoue, beaucoup de facteurs ne sonnent plus chez les gens, ils "font ça car ils n’ont plus le temps, alors qu’ils n’ont pas le droit". Parfois, la quantité de livraisons qui incombe au facteur est trop importante par rapport à sa journée, mais il doit désormais rentrer à une heure précise. "Il arrive qu'on roule comme des tarés. Sur le terrain, leur règlement, on ne peut pas l’appliquer", affirme le facteur. Edouard parle des "tournées à découvert", celles qui sont repoussées au lendemain faute de moyens. Mais pour lui, les chefs, "ils s’en foutent, ils disent 'le client aura le courrier demain'". Il se souvient d'une époque où "c’était impossible !"

"Le service n’est plus là", déplore-t-il. "J’essaie d’être un facteur comme dans le temps, et je suis très content de faire mon boulot. 80% de mes collègues ne peuvent plus. C’est énorme !", s'inquiète le facteur. Edouard doit suivre des règles précises : "On doit faire notre tournée dans le sens imposé, on n’a pas le droit de dévier, parce que si on a un accident, c’est pour nous. On prend des risques tous les jours. On doit sonner à l’interphone, mais à l’époque on n’avait pas le droit de monter dans les étages ni de rentrer dans la cour de quelqu’un."

Pour lui, les nouveaux facteurs sont conditionnés pour aller plus vite. "Mes remplaçants, les fautes de distribution qu’ils font, faut voir ! Ils vont trop vite", affirme-t-il. Edouard nuance tout de même : "Il ne faut pas dire non plus que c’est seulement la direction qui a tort. J’ai plein de collègues, on a envie de leur dire ‘t’es pas payé à rien faire’. Pour moi, il y a aussi des abus de la part de collègues qui ne se bougent pas le cul. Il faut avancer."

L'ubérisation de la livraison des colis

Cette réorganisation rime avec "cafouillage complet" selon le postier, jusqu'à mener à l'ubérisation de la livraison des colis. Aujourd'hui, l'entreprise La Poste a recours à de la sous-traitance, comme d'autres sociétés (Amazon, FedEx ou DHL), pour la livraison du dernier kilomètre. Lorsque les salariés de La Poste ont une centaine de colis à distribuer par jour maximum, les livreurs en sous-traitance peuvent en avoir jusqu'à 250.

En Île-de-France, 75% de la livraison de colis de La Poste est sous-traitée, selon les syndicats. Nous avons obtenu un contrat d'un prestataire qui a signé avec La Poste, et qui paye le livreur au colis et non pas à la journée. Voici ses conditions de rémunération : 1,47 euros par colis livré et en cas de retard de distribution, 4,36 euros de pénalité par jour de retard pour chaque colis.

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Capture d'un contrat de travail avec une entreprise en sous-traitance. (DR)

Un système que dénonce Thierry Lagoutte, représentant SUD-PTT chez La Poste. "Tout le monde sous-traite la livraison des colis, par exemple à La Poste en Ile-de-France c’est 80%, Chronopost c’est 90%, Amazon c’est 95%", explique le syndicaliste. Selon lui, la dérive vient de cette rémunération au colis : "D’où la tentation de laisser le colis sur les boîtes aux lettres, sous les paillassons, les colis avec signature dans les boites aux lettres… Parce qu'il y a cette pression de la livraison induite par ce système."

C'est le plus gros des problèmes, le dogme du 'payé au colis livré', qui fait que le sous-traitant ne doit pas rentrer dans son dépôt avec un colis.Thierry Lagoutte, syndicat SUD-PTTà franceinfo

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