La Belgique est le 2° pays le plus touché par le coronavirus dans le monde

Carte blanche : «La Belgique est désormais le deuxième pays le plus affecté par le coronavirus dans le monde» - La pandémie frappe durement la Belgique. Au-delà des difficultés liées aux comparaisons des bilans pays par pays, le chercheur Geoffrey Pleyers s’interroge sur les raisons qui font que chez nous le Covid-19 entraine une si forte mortalité Par Geoffrey Pleyers

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La Belgique est désormais le deuxième pays le plus affecté par le coronavirus dans le monde ! Personne n’en parle, et pourtant avec 3.903 décès liés au coronavirus*, soit 337 par millions d’habitants, elle dépasse l’Italie (329 décès par millions d’habitants) et seule l’Espagne (374) reste plus endeuillée, du moins pour l’instant. Proportionnellement, cela fait dix fois plus que les 36 décès par million d’habitants de l’Allemagne voisine !

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Une première explication tient aux chiffres eux-mêmes et à la manière dont le comptage est opéré. Dans notre pays, les décès dont les médecins soupçonnent qu’ils sont liés au Covid -19 sont comptabilisés, même si les personnes n’ont pas été testées. C’est sans conteste cette manière de comptabiliser les décès qui permet d’avoir une meilleure représentation de l’ampleur de la pandémie et donc d’évaluer les moyens à mettre en œuvre pour la contenir. La plupart des pays, dont la France et l’Italie, se refusent pourtant à intégrer les cas des personnes décédées qui n’ont pas été testées.

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43 % des décès (soit 1687 personnes au 13 avril) liés au coronavirus ne se produisent pas dans les hôpitaux mais dans les maisons de repos et de soin.

La société belge a décidé que les vies de ces aînés confinés comptaient bien moins que celles des « actifs », voire qu’elles ne comptaient pas, comme le suggère le fait que ces décès n’ont été comptabilisés que tardivement dans les statistiques nationales, longtemps restées limitées aux décès à l’hôpital.

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Avec les résidents des maisons de repos, nous avons aussi oublié les personnes qui les soignent et les nourrissent. Elles ont souvent travaillé sans aucune protection et sont aujourd’hui nombreuses à être infectées par le coronavirus. Comme le résumait un médecin urgentiste, le nombre de contaminations au coronavirus parmi le personnel des maisons de repos bruxelloises est « dramatique ». Ceux qui se font tester « sont quasiment tous positifs ».

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Notons cependant que la Belgique n’est pas le seul pays concerné par cette tragédie. Les informations qui parviennent avec beaucoup de retard sur la situation des établissements pour personnes âgées en France, Espagne, Italie et dans bien d’autres pays laissent penser que le nombre de décès officiels y est encore davantage sous-évalué qu’en Belgique.

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Un nombre si élevé de décès indique des problèmes majeurs dans la manière dont le système de santé et de soin est organisé dans notre pays, mais aussi plus généralement de l’organisation politique et sociale de notre pays.

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Le contraste avec notre voisin allemand, où 128.000 cas sont recensés mais avec moins de décès qu’en Belgique (3.022 pour 83 millions d’habitants, soit 36 décès par million d’habitants) montre que l’efficacité de la gestion politique et publique de cette pandémie peut être déterminante.

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A ce stade, il est malheureusement déjà un constat indéniable : dans notre pays, le principe de l’accès aux soins de santé pour tous a été nié à une partie de la population, invisible car enfermée dans des maisons de repos. C’est inconcevable pour une démocratie avancée dans laquelle l’État social devait protection à ces personnes vulnérables. C’est inconcevable dans une société où, comme l’a rappelé la chancelière Angela Merkel dans son allocution du 18 mars, le sens même d’une communauté démocratique tient dans l’affirmation que « chaque vie compte ».

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