Vol MH 17, le véritable scandale est politique et social, comme pour Volkswagen

 Le rapport de la Commission d'enquête affirme que le vol commercial MH-17 a été abattu par le tire d'un missile au-dessus d'une zone de guerre, sans préciser qui l'a tiré et de quel missile il s'agit, un modèle récent ou ancien. Il y a quelque chose de méprisant à l'égard des victimes de se contenter de telles conclusions sans évoquer les questions beaucoup importantes et sur lesquelles il n'y a pas de débat ; alors que le politique a le pouvoir d'agir efficacement, qu'il ne le fait pas et, qu'au contraire, il augmente le risque à ce que des drames comme celui du MH-17 se reproduisent.

 

Le rapport de la Commission d'enquête affirme que le vol commercial MH-17 a été abattu par le tire d'un missile au-dessus d'une zone de guerre, sans préciser qui l'a tiré et de quel missile il s'agit, un modèle récent ou ancien. Il y a quelque chose de méprisant à l'égard des victimes de se contenter de telles conclusions sans évoquer les questions beaucoup importantes et sur lesquelles il n'y a pas de débat ; alors que le politique a le pouvoir d'agir efficacement, qu'il ne le fait pas et, qu'au contraire, il augmente le risque à ce que des drames comme celui du MH-17 se reproduisent.

Dire qu'un avion civil a été abattu par une arme de guerre au-dessus d'une zone de conflit est une tautologie qui ne doit pas escamoter le rôle des exploitants commerciaux et la responsabilité politique dans la réalisation de ce drame.

Non seulement l'Ukraine a oublié de fermer son espace aérien, la compagnie aérienne a également - apparemment - négligé de garantir la sécurité de ses passagers en ordonnant à ses pilotes de ne pas survoler une zone de conflit , mais aucun gouvernement ne s'est étonné à ce qu'on transporte ses ressortissants au-dessus d'une zone de guerre, leur faisant prendre un risque certain et prévisible, ni ne se s'est prononcé à interdire dorénavant ce genre de roulette russe commerciale, dans laquelle le client joue sa vie et l'actionnaire emporte la partie.

Les derniers accidents sur les vols MH-17, MH-370 et Germanwings interpellent sur l'insuffisance de la Convention internationale de Varsovie sur le transport aérien, notamment pour garantir la clientèle et les personnel contre les risques prévisibles.

Comment cela se passe-t-il aujourd'hui, après l'enseignement de ces drames, en considération des nombreuses zones de guerre et de la régression sociale affectant les droits des salariés ?

Le mépris de la sécurité de l'humain sacrifié au profit renvoie à la politique de recrutement douteuse de pilotes au rabais dont le drame de la Germanwings - dont on ne parle plus - est susceptible d'en être une conséquence.

Y a-t-il eu des décisions politiques de prises pour interdire le vol des zones de conflits et responsabiliser les dirigeants des compagnies, dont le pouvoir tente de faire pleurer le pays pour  deux chemises alors qu'ils licencient 8000 personnes (et non pas 2900 comme c'est souvent énoncé), lesquelles ne semblent donc  pas valoir deux liquettes ?

Peut-on décemment rester imperméables aux conséquences de l'exaspération que génère un cynisme comptable qui mette pénalement en balance deux chemises et le licenciement, le mépris, de 8000 personnes (sans compter les membres des familles) ? Licencier du personnel est un signe d'incompétence plutôt que de bonne gstion.

Il est illogique de remettre en cause le standard social d'Air France au prétexte de la régression sociale qui caractérise les autres compagnies de transport. Ne serait-il pas mieux envisageable de réserver l'espace aérien français ou européen aux compagnies qui respectent ce standard plutôt que de détruire les garanties sociales en invoquant une mise en concurrence qui n'existe pas, puisque les conditions de travail et le service rendu ne sont pas identiques ?

En revanche, la communication est beaucoup plus abondante pour souligner que la Lufthansa - la maison mère de Germanwings - fait beaucoup plus de bénéfices qu'Air France et que tout cela serait de la faute du personnel.

Il serait indécent que l'actionnariat de Malaysian airlines et celui de la Lufthansa touchent des dividendes (rendement brut de 3,37% à comparer au rendement du livret A : 0,75%) dont les accidents portent à s'interroger sur le souci politique réel porté à la sécurité du client et du personnel. Cela n'est pas ou peu débattu, alors que le transport aérien connaît un développement important, accroissant la probabilité à survoler une zone de guerre avec un pilote sous-payé aux commandes, dont la compagnie ne se préoccupe pas de sa santé.

S'agissant de l'Europe, une directive pose l'obligation de résultat de l'employeur en matière santé et de sécurité du travailleur. Les accidents d'avions - si tant est qu'on puisse parler d'accident - à destination ou partant d'un aéroport européen violent le droit de l'Union quand la compagnie ne respecte cette pas cette obligation de résultat.

Le Conseil d'Etat a rappelé récemment au politique son pouvoir en matière économique - et donc sa responsabilité. Un pouvoir très négligeant, puisqu'il adopte des lois contraires à son obligation de garantir et protéger les droits de l'Homme (Ex. : La loi Urvoas sur le renseignement s'inscrit dans la dérive antidémocratique de la politique actuelle).

Il est décevant qu'on détourne l'attention de l'opinion - manipulation ou instrumentalisation ? - en se limitant à commenter la misère du bouton arraché pour éviter de parler de l'abdication politique et sociale sur laquelle on jette un voile en lambeaux ; alors que les partis politiques ont l'obligation de défendre les droits sociauxet que l'action syndicale est un droit de l'Homme civil et politique.

La mort des passagers du vol MH-17 ne peut pas se satisfaire seulement d'une évidence à conclure que leur avion a été abattu par une arme de guerre parce qu'il survolait une zone de conflit. Que faisait cet avion à cet endroit et à ce moment ? Pourquoi la législation le permet-elle ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de modification du Droit pour l'interdire ?

Ces mêmes questions se posent pareillement en terme d'environnement - après chaque catastrophe industrielle ou scandale (le scandale Volkswagen inquiète en revanche  les "investisseurs") - de santé publique, d'alimentation, de régression sociale, alors que les gouvernements témoignent d'une étonnante mansuétude pour la criminalité financière organisée (2120 milliards d'euros par an de fraudes et de corruption rien que dans l'UE) pour ensuite en invoquer les conséquences et justifier des plans d'austérité, comme en Grèce, alors que les banques n'ont jamais distribué de bonus aussi importants et que les inégalités s'accroissent.

Cette convergence des abdications politiques révèle une tendance lourde qui montre que le citoyen, qu'il européen ou d'ailleurs, est aussi méprisé que l'ont été les passagers et le personnel du vol MH-17 ou du vol Germanwings, sachant que la logique financière qui méprise le travailleur aboutit à mépriser le client.

 

 

 

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