Retraite à point : le point sur les chiffres

Les retraites sont au centre du débat, et le gouvernement n'a toujours pas présenté d'étude sur l'impact de sa réforme. Il devra le faire lors de la présentation du projet de loi, c'est une obligation constitutionnelle. On sait déjà que la réduction de cotisation pour les salaires de plus de 10 000 euros par mois représente 67 milliards d’euros de recettes en moins.

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La Bulle économique Par Marie Viennot

Juste, équilibré, universel, solide, ainsi le gouvernement qualifie son projet de réforme systémique des retraites. 

En face, ceux et celles qui s’y opposent le disent non redistributif, dangereux, et pas nécessaire… 

Qui croire ? 

Il est encore trop tôt pour faire cette analyse, car les paramètres les plus importants du Système de retraite universel SRU, retenez cet acronyme, ne sont pas encore sur la table. Certains seront fixés par ordonnances et décrets, d’autres par les parlementaires, d’autres font l’objet de  négociations avec les partenaires sociaux. 

Ce qui est clair…. c’est qu’il faudra que la valeur du point, si centrale dans le nouveau système, soit décidée avant le 30 juin 2021, c’est dans le projet de loi. 

Ce qui l’est moins, ce sont les chiffres qui circulent…  alors faisons le point sur quelques uns. 

Le système actuel est-il en déficit ? 

OUI, il l’est. En 2018, le régime général + fonds de solidarité vieillesse sont dans le rouge pour un milliard 800 millions d’euros. En 2019, ce devrait être 4 milliard 400 millions… mais là, le gouvernement est en partie responsable, car il n’a pas compensé auprès de la sécurité sociale une partie des coûts des mesures prises pour répondre à la crise des gilets jaunes. S’il l’avait fait, le déficit serait comme en 2018. Il serait donc moindre, mais il serait toujours là. 

Ce déficit sera-t-il de 12 milliards en 2027 ? 

12 milliards d’euros en 2027, c'est le chiffre avancé par le gouvernement. Il faut rentrer dans les détails pour répondre. 

D’où vient ce chiffre? Du rapport du COR, le conseil d’orientation des retraites, rendu en novembre, sauf que le COR n’a pas donné un chiffre de déficit mais DES chiffres. 

La fourchette qu’il met lui en avant dans son rapport, c’est 7 à 17 milliards de déficit en 2025. 

Si la fourchette est si large, c’est parce que diverses prévisions de croissance, de chômage et de productivité ont été prise en compte. 

C’est aussi parce qu’il a trois modes de calcul différent. TCC, EPR, et EEC. Pour chacun, en gros, la contribution de l’Etat en tant qu’employeur, et en tant que garant de la solidarité vieillesse diffèrent… et cela joue sur l’ampleur du déficit. A ce jour (vendredi 20h40 mise en ligne de cette chronique), et en dépit de mes demandes, je ne peux pas vous dire laquelle a choisi le gouvernement pour ces 12 milliards.

 

Ce qu’on l’on sait en revanche, c’est que pour ce rapport de novembre, le gouvernement a fixé au COR des hypothèses nouvelles, qui relèvent non pas de la macroéconomie, mais de choix politiques.

Jusqu’à maintenant, le COR considérait que la masse salariale des agents de la fonction publique augmentait autant que celle du privé. Pour le rapport de novembre, changement de braquet, le gouvernement lui demande de faire ses calculs avec une masse salariale des fonctionnaires quasi stagnante, ce qui va entre parenthèse à l’encontre des engagements qu’il vient de prendre pour les salaires des enseignants.

En tout cas, pour la calculette du COR, qui dit moins de masse salariale dans la fonction publique, dit moins de cotisation retraite, dit moins de recette, dit… aggravation du déficit. Cela conduit à relativiser la signification de ce déficit, (ou indicateur de solde dans le jargon), c’est le Comité de Suivi des Retraites qui l’explique dans le rapport qu’il avait lui rendu en juin 2019.

 

Autre recette en moins, le manque à gagner des mesures gilets jaunes non compensées à la sécurité sociale cumulées sur plusieurs années. 

En clair, une partie du déficit annoncé par le gouvernement est lié à ses propres décisions. Ce n’est pas une analyse partisane, plusieurs économistes ayant participé au programme d’Emmanuel Macron, y compris son projet de retraite à point l’ont écrit dans une tribune publiée par le Monde en décembre

 

Combien va coûter le passage au système universel ? 

Même les syndicats patronaux, partisans du régime à point, regrettent qu’aucun chiffre n’ait été mis sur la table

Ce que l’on sait déjà, c’est que la réduction de cotisation pour les salaires de plus de 10 000 euros par mois va représenter 67 milliards d’euros de recette en moins sur 15 ans.

C’est l’agirc arco, la caisse des cadres et des salariés du privé qui a fait ce calcul qui n’est pas démenti par le gouvernement et fait même l’objet d’une concertation avec les partenaires sociaux. 

Autre sujet à plusieurs milliards, il y a aujourd’hui 1,7 actifs pour un retraité, mais dans la fonction publique, on est quasiment à un pour un. Actuellement, c’est l’Etat, et donc le contribuable, qui équilibre le système, mais dans un régime universel, ce sera la caisse de retraite universelle, autrement dit tous les actifs, privé et public compris. A quel rythme ce transfert de charge va-t-il se faire ? 

Combien va coûter la fusion des systèmes informatiques des 42 caisses complémentaires? Pour réunir l’agirc et l’arco, cela couté 300 millions d’euros, et pris 6 ans. Et que vont devenir les milliers de salariés des 42 caisses complémentaires devenus obsolètes? 

A toutes ces questions, les syndicats disent que le haut commissariat au retraite leur répond “on réfléchit”. 

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