« Je soutiens les “gilets jaunes” comme homme de gauche et comme juif »

Le philosophe, qui soutient le mouvement des « gilets jaunes », refuse l’amalgame, mais appelle les manifestants, dans une tribune au « Monde », à se désolidariser de toutes formes de racisme. - Jacob Rogozinski Philosophe à l’université de Strasbourg

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Tribune. Comme les autres juifs de France, je m’inquiète d’assister à la multiplication des actes antisémites dans notre pays, des actes qui vont de l’injure jusqu’au meurtre. Je n’oublie pas les noms d’Ilan Halimi, de Sarah Halimi, de Mireille Knoll, des victimes de l’école Otzar Hatorah de Toulouse et de l’Hyper Cacher de Vincennes. Qu’il émane de l’extrême droite ou de réseaux islamistes et djihadistes, qu’il s’affiche à visage découvert en taguant des croix gammées ou qu’il s’avance masqué sous l’alibi de l’« antisionisme », l’antisémitisme est cet ennemi toujours renaissant qu’il s’agit de combattre sans relâche.

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J’ai été indigné d’apprendre qu’un célèbre essayiste [Alain Finkielkraut] avait été la cible d’insultes antisémites lors d’une manifestation des « gilets jaunes », à Paris, le 16 février. Je le suis d’autant plus que je sympathise avec le mouvement des « gilets jaunes » et que, le même jour, je participais à la manifestation qu’ils avaient organisée à Strasbourg.

Je soutiens les « gilets jaunes » parce que je suis un homme de gauche, attaché aux idéaux de justice sociale et d’égalité, et que je retrouve ces idéaux au cœur de leur mouvement.

Grandeur de la France

Dans certaines de leurs revendications, je reconnais l’exigence de démocratie radicale qu’Hannah Arendt désignait comme le « trésor perdu » des révolutions des temps modernes : cette exigence portée par les sans-culottes de 1793, par la Commune de 1871 et la révolte de mai 1968, par ces soulèvements démocratiques qui font la grandeur de la France.

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Je soutiens les « gilets jaunes » parce que, comme homme de gauche et comme juif, je suis sensible au sort des laissés pour compte (...)

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