Le droit à la vie paisible macronien selon Bernard Arnault

Macron énonce le droit à la vie paisible dans un entretien au Figaro. Ce droit n'existe pas plus que le droit à la sécurité. Il s'agit d'un même sophisme pour justifier la mise en échec du droit à la sûreté, consacré, lui, par la constitution et les traités protecteurs des droits de l'homme ; lesquels ennuient les conservateurs réactionnaires comme l'article de Médiapart en apporte la preuve.

https://www.mediapart.fr/journal/france/190421/la-police-met-nu-le-systeme-d-espionnage-de-lvmh-contre-francois-ruffin

L'article de Fabrice Arfi signale l'herméneutique savante et audacieuse que le capital est capable de donner à la vie paisible. Espionnage, intimidation, corruption, détournement de services et moyens publics, ... Cela interroge sur la nécessité et la crédibilité d'une déontologie dans la fonction publique quand c'est au sommet que cela délinque le plus gravement. S'interroger aussi sur l'application de la loi pénale et la rigueur avec laquelle elle est requise selon que vous êtes puissant ou non. La lutte contre la drogue que prône comme une priorité Emmanuel Macron n'est pas non plus très crédible, tant sur le fond que dans la forme, comme le démontrent Camille Polloni et Ellen Salvi dans leur dernier article.

Quant au Figaro, il ne donne pas l'impression de comprendre ce qu'est le Droit. Il est fort, par contre, pour laisser raconter des inepties et leur donner de l'écho, les valider et les cautionner. C'est ainsi que se font les élections.

France info propose un résumé des axes principaux de l'intervention présidentielle :

  • Un enfumage de l'opinion avec la proposition d'un nouveau grand débat sur la drogue. Enfumage au haschich cette fois ?
  • Réduire la violence dans les quartiers les plus pauvres. Mais qui rend les pauvres encore plus pauvres en fragilisant les droits sociaux, voir les supprimant, sinon la politique d'Emmanuel Macron ? Sa vision de sa vie paisible laisse craindre qu'il s'agit d'enfermer encore un peu plus les pauvres chez eux, de cacher leur misère, d'étouffer et d empêcher la contestation.
  • Emmanuel Macron fait une annonce sur la modification de loi pénale en matière de responsabilité en cas d'infraction après absorption d'une substance altérant la conscience. Il existe une jurisprudence ancienne qui exclut la contrainte et l'irresponsabilité en cas d'ivresse (voir l'arrêt Trémintin Crim. 29 janvier 1921). L'alcool est la drogue la plus dure. Ce qui ne manquera pas d'être soulevé et débattu lors du nouveau grand débat sur les dangers des drogues ?
  • Emmanuel Macron annonce la création d'une école de guerre pour former la police. Qui peut bien être l'ennemi intérieur d'une telle guerre dont Emmanuel Macron charge la police de faire ? Le coronavirus ? Une telle annonce laisse supposer une orientation inquiétante à propos de la vie paisible. A laquelle il faut ajouter la sécurité globale, le séparatisme, les états d'urgence.
  • Emmanuel Macron annonce la création de 15000 places de prison. Est-ce bien la peine ? Avec son école de guerre, ce sont toutes les zones HLM qui vont devenir des prisons. Quant à ceux qui y échappent, l'interprétation audacieuse que fait le capitalisme de la vie paisible va s'occuper à canaliser leur enthousiasme (cf. l'article de Fabrice Arfi)

Créer des prisons, une école de guerre pour la police, Emmanuel Macron n'annonce pas la paix civile et ne s'affirme pas comme un progressiste. Sa vie paisible est réservée à ses amis milliardaires. A quand l'annonce de murs pour séparer les classes sociales ?

Après "Révolution" pour la campagne de 2017, préparait-il la sortie d'un nouvel ouvrage intitulé "Répression" ?

Prolonger :

Le Figaro :

Emmanuel Macron au Figaro : «Je me bats pour le droit à la vie paisible»

INTERVIEW EXCLUSIVE - Le chef de l’État défend son bilan sur la sécurité et affiche sa détermination à «faire reculer la délinquance partout».

Par Alexis Brézet, Delphine de Mallevoüe, Christophe Cornevin et Jean-Marc Leclerc

Publié le 18 avril 2021

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