Un camping solidaire qui ambitionne le bien-être général

La Bergereine à Mélisey (Haute-Saône) est le camping le moins cher de France. Son gérant Gérard Sourdin, précedemment ouvrier, et sa compagne Isabelle Schweizer, ont pour ambition d'offrir au plus grand nombre la possibilité de prendre des vacances. Par Bruno Poussard le 19/08/18 à 13h05

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Le Taulier est décédé en fin d’année. Mais personne n'a oublié Johnny au camping le moins cher de France, à Mélisey (Haute-Saône). Il y a déjà ce grand drapeau sous la paillote, le lieu de rassemblement. Ce tee-shirt du gérant Gégé (Gérard Sourdin de son vrai nom). Son berger allemand, Monsieur Jo. Et la sonnerie de son portable, évidemment.

D’ailleurs, le téléphone n’en finit plus de sonner ce lundi après-midi. Si bien que c’est Cathy, une habituée passée lui faire la bise, qui finit par décrocher, pour dépanner. Mais Gégé reprend la main : « Du 20 au 24 août pour quatre adultes ? Ça ne passera pas si vous n’êtes pas équipés. Par contre du 26 au 31, j’ai deux caravanes pour vous. » Deal.

« Mon but, c’est qu’ils me fassent la bise tous les jours »

Il est comme ça, Gégé. Depuis qu’il a repris La Bergereine en 2006 – avec sa compagne, Isabelle Schweizer, dite Isa, rencontrée sur les lieux justement –, il essaye toujours d’aider comme il peut. Les habitués devenus des amis le lui rendent bien. Comme Marie-France, jeune retraitée passée prendre sa liste de courses peu après. Il insiste : « Ils me font tenir. Mon but, c’est qu’ils me fassent la bise tous les jours. Je fais ça pour eux. Ils sont dans mon cœur. Elle est là la solidarité. »

Parfois, il fait passer l’un pour son frère, l’autre pour sa sœur. Il y a toujours une bricole à faire sur le terrain. Et souvent quelqu’un pour donner un coup de main. « Je m’en fous de gagner du pognon, je veux donner du bonheur, permettre à des familles de partir en vacances, embraye-t-il. C’est solidaire. La seule chose que je demande, c’est le respect. »

Une arrivée, par hasard, au camping après un divorce

Voix rauque, visage marqué, le gérant est habitué à raconter l’histoire de son camping aux caméras, micros et plumitifs. La sienne, moins. « Assez réservé, il est dur à cerner, on ne sait pas forcément la croix qu’il porte, décrit Cathy, qui le connaît pourtant depuis plus d’une décennie. Il dit toujours “ça va”', mais on ne sait pas. » Alors il faut le relancer.

Aujourd’hui âgé de 55 ans, Gégé est né en région parisienne. Avant de devenir cariste (chez Peugeot, à Sochaux, notamment) et de reprendre le camping, il a enchaîné de nombreux boulots, à différents postes : la fabrication de boutons pour la haute couture, ou encore auprès de détenus en prison. Mais il s’est toujours senti du « monde ouvrier ».

Une clope à la main, Gégé prend une grande inspiration avant de continuer à se livrer. Il parle d’un « divorce difficile » et ne veut évoquer qu’une de ses deux filles, désormais 36 ans et à la tête d’un institut de beauté dans l’Yonne. « Je vis pour elle », ajoute-t-il. Malade, il doit justement se rendre chez elle pour se reposer et se soigner, fin septembre.

« Ils prennent sur leur argent pour faire plaisir »

Gégé a débarqué à Mélisey après la rupture avec sa mère, douze ans plus tôt. « J’ai roulé jusqu’à tomber en panne, je suis tombé là et j’ai dormi dans ma voiture sur le terrain », raconte-t-il. Pendant un moment. En faisant l’aller-retour chaque jour, jusqu’à la chaîne de production. Avant que la propriétaire du camping ne lui propose de reprendre, un jour.

Dans un mobil-home à l’année avec Isa, ses journées ne sont depuis pas toujours faciles. L’hiver est souvent long. Et les factures, gérées par sa discrète compagne, parfois dures à payer. Cet été, malgré l’éclairage médiatique continuel, il n’a jamais été totalement complet. « Mais certains font des dons, ça aide un peu », coupe-t-il. Cathy, 53 ans, embraye : « Ils prennent sur leur argent pour faire plaisir aux gens, mais il faut qu’ils pensent à eux. »

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