Les 80 km/h sont-ils un moyen d'économiser l'entretien des routes et des ponts ?

Après l'effondrement d'un pont à Gênes, le délégué général de 40 millions d'automobilistes rappelle le mauvais état des routes françaises, faisant l'objet, notamment d'un rapport du Sénat en 2017 (Sur France info ég. : " la structure de la chaussée s'use jusqu'à 10.000 fois plus vite avec un camion qu'avec une voiture. ").

https://www.francetvinfo.fr/monde/italie/effondrement-d-un-pont-a-genes/etat-des-routes-et-des-ponts-en-france-on-reclame-a-l-etat-une-transparence-globale-et-des-investissements_2902829.html

La catastrophe de Gênes, qui a fait 43 morts selon le dernier bilan des autorités après l'effondrement d'un viaduc autoroutier mardi 14 août, relance en France le débat sur les infrastructures et notamment les ponts. (lire ég. sur Médiapart : La catastrophe de Gênes est un crime politique)

Un rapport pointe le mauvais état d'environ un tiers des 12 000 ponts du réseau routier national. "On réclame à l'État une transparence globale et des investissements", a déclaré sur franceinfo Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes.

franceinfo : Vous avancez que, chaque jour, un pont devient inutilisable en France, pourtant on ne trouve pas de liste concernant ces infrastructures ?

Pierre Chasseray : Il y a un manque de transparence. L'État a choisi de ne plus entretenir le réseau routier et il y a eu des conséquences extrêmement fâcheuses (à ce sujet lire : les principes généraux de responsabilité pour défaut d'entretien normal de la voie publique). On commence à pointer cela du doigt depuis quelques semaines. Il y a cet événement terrible en Italie qui nous ramène à cette triste réalité de l'état (Ndr La Dépêche précise qu'il est accablant) du réseau routier français, et je crains que si on continue à ne rien faire, on se retrouve dans la même situation malheureuse et dramatique dans les années à venir. Si on publie la liste des ponts, certains automobilistes vont la consulter et vont se faire peur. On réclame à l'État une transparence globale et des investissements. Comment peut-on aujourd'hui dire qu'il y a 7% des ponts qui sont dans un état catastrophique et ne pas en donner la liste ? La moindre des choses serait d'investir au plus vite. La France, c'est 200 000 ponts, et chaque jour il y en a un qui disparaît. C'est un chiffre extrêmement symbolique, car c'est la preuve par A+B qu'on fait le choix de fermer, donc de ne plus entretenir (ndr : comme pour la SNCF), plutôt que de corriger le tir et de sécuriser un patrimoine routier. On a mis de l'argent à construire nos routes, nos ponts, il faut les préserver, sinon ce serait une catastrophe pour cet argent investi.

Certaines DIR (Direction Interdépartementale des Routes), comme la DIR Est, en Lorraine, ont publié ces derniers jours la liste des ponts qui nécessitent une maintenance urgente. Vous demandez à ce que ce soit le cas partout ?

Il faut que ce soit le cas partout ! Il ne faut pas qu'on ait peur de faire peur aux Français. Le seul moyen de corriger le tir, c'est d'avoir cette transparence et de montrer qu'on connaît le réseau routier et ses défaillances. Élisabeth Borne a pointé du doigt cette problématique du manque d'entretien des réseaux français. Aujourd'hui la balle est dans le camp de Bercy, l'argent est là, il existe (lire : L'optimisation fiscale est un abus de droit frauduleux), l'argent qui est dévolu à l'entretien des réseaux routiers et des ponts. Ce n'est plus possible de ne pas informer, de ne pas entretenir, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas. Il faut un audit des infrastructures routières !

Craignez-vous qu'une catastrophe comme celle de Gênes se produise en France ?

La catastrophe a lieu tous les jours. Tous les jours on constate des accidents liés au mauvais état de l'infrastructure routière. Un rapport de 1995 pointait du doigt le fait que dans un accident sur deux, la route jouait un rôle important. Tous les jours, on a des décès sur les routes qui sont en partie dus au manque d'entretien du réseau routier français. Cette catastrophe est lissée, inaudible, on préfère parler d'un 80 km/h qui soi-disant irait sauver des vies alors que ça ne sauve personne. La catastrophe italienne nous montre à quel point de temps à autre, sur un enjeu majeur, on peut avoir des dizaines et des dizaines de victimes. Mais chaque année, ce sont des centaines, de milliers de victimes sur les routes.

 

Prolonger :

La connaissance notoire et la dénonciation du défaut d'entretien des routes, reconnu comme une cause d'accident, porte à s'interroger si la décision de limiter la vitesse à 80 km/h est vraiment motivée par un souci de sécurité des usagers de la route ou si elle n'a pas plutôt été dictée par le souci d'économiser des travaux d'entretien, par souci d'équilibrer un budget.

Infrastructures routières et autoroutières: un réseau en danger - Sénat 8 mars 2017

L'état des routes est cause d'accident - Caradisiac 26 novembre 2015

Le délabrement des routes et des panneaux comme facteur sous-estimé de mortalité routière Challenges Par Eric Bergerolle le 11.10.2016

Perte de compétitivité due au mauvais état des routes de France : 40 à 50% sont à rénover, 50% n’ont pas de marquage au sol (!), 40% des panneaux ne seraient plus conformes Juin 1, 2018 Posted by Philippe Mattei

Philippe veut des nationales et départementales à 80 km/h (titres parus sur Médiapart)

Plan gouvernemental de lutte contre la mortalité routière, Edouard Philippe ignore la question de l'état des chaussées et de leur entretien (cf. exposé du Figaro)

" Pour Monsieur Sécurité Routière, le mauvais état des routes n'est pas un problème majeur " Par Florent Ferrière Le 11 Août 2018

france info " la structure de la chaussée s'use jusqu'à 10.000 fois plus vite avec un camion qu'avec une voiture. "

" En 2017, selon l'Automobile Club, les automobilistes ont payé 67 milliards de taxes ! Et pourtant, certains en sont à réclamer une nouvelle taxe pour financer l'entretien du réseau. L'écotaxe commence à faire son retour dans l'actualité. " Le débat sur l'écotaxe prêt à être relancé Caradisiac Par Florent Ferrière  Le 17 Août 2018 à 09h07

Auto Plus : A 80km/h, la cohabitation entre voitures et camions s'annonce difficile sur le réseau secondaire.

En effet, ces deux types de véhicules seront soumis à la même limitation. Seulement voilà, entre autres problèmes, les automobilistes et les chauffeurs de poids lourds n'ont pas accès aux mêmes indications de vitesse. Les compteurs des autos ne sont pas fiables. Ils présentent des erreurs plus ou moins importantes. La vitesse affichée est toujours supérieure à l'allure réelle. Un automobiliste à 80 km/h au compteur roule en fait à une vitesse réelle inférieure de 5/6 km/h (voire moins selon les véhicules). A l'inverse, les poids lourds, du fait de la réglementation sur la vitesse et le temps de conduite, sont équipés d'un chronotachygraphe numérique d'une grande précision. Conséquence, les automobilistes circulant à 80 km/h à leur compteur faux vont se sentir "poussés" par un camion circulant lui à un 80 km/h précis. Et les chauffeurs de poids lourds pourraient s'énerver d'être bloqués derrière des voitures qui "n'avancent pas". Edouard Philippe méprise cet aspect important du problème qui impose soit par une limitation de vitesse de 10 km/h des poids-lourds soit l'obligation aux constructeurs automobiles d'équiper leur véhicule de compteurs exacts, sinon les deux, afin de permettre dans les deux cas une meilleure cohabitation sur la route et une diminution du risque d'accident. Paris Match : Limitation de vitesse: à 80 km/h sur "la route de la mort"

Plongée dans le quotidien des camionneurs européens Médiapart 17 août 2018 Par Aline Fontaine, Carolin Küter, Natalia Lyubchenkova et Morgane Remy "À travail égal, conditions inégales "

Société concessionnaire d'autoroutes en France — Wikipédia

lemoniteur.fr La construction comment ça marche ?

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