La crise de la culture " people ”

Après la crise sanitaire puis la crise économique, la crise de la culture people est l’un des effets collatéraux de l’épidémie. Ou quand l’appel à la solidarité venant des plus fortunés sonne comme une leçon de civisme malvenue. (À retrouver dans l'émission La Théorie par Mathilde Serrell)

https://www.franceculture.fr/emissions/la-theorie/la-crise-de-la-culture-people

Vous l’aurez remarqué, en ces temps d’épidémie, l’indice de mobilisation des célébrités, des stars, ou des « people », appelez-les comme vous voudrez, connaît une hausse exceptionnelle. Cela se traduit par la multiplication de grands événements caritatifs et confinés, des millions de dollars de dons, mais aussi une série de prises de position et de tribunes. Le désormais célèbre « non au retour à la normale » co-signé à la fois par Madonna et Zazie, Robert de Niro et Ricky Martin, pour donner une amplitude du spectre, aura marqué les esprits, mais pas nécessairement de manière positive.

La crise de la “culture people”

Car, pour autant, la culture « people » connaît elle aussi une crise : voilà ma théorie. Et cette remise en question se manifeste à travers différents signaux.

D’abord une vague de rejet, d’indignation, voire de haine a déferlé sur ceux et celles qui se sont risqués à diffuser la bonne parole sanitaire ou à encourager la solidarité depuis leurs intérieurs ou extérieurs privilégiés. En résumé, les leçons de civisme lorsque l’on jouit de conditions exceptionnelles ou les appels aux dons lorsqu’on est si fortuné, passent mal.

A l’instar d’Arnold Schwarzenegger fumant le cigare dans son jacuzzi californien et exhortant les étudiants à renoncer au Springbreak (la virée traditionnelle de biture avant la période d’examens).

Quant à Madonna se filmant dans un bain rempli de pétales de roses, Pharrell Williams lançant un appel aux dons pour les soignants depuis sa somptueuse villa de Beverly Hills ou Thierry Lhermitte, parrain de la Fondation pour la recherche médicale, laissant entrevoir des dossiers de grandes banques d’investissement dans sa bibliothèque : ils ont  tous fait les frais d’un hashtag sanglant « #guillotine 2020 ». Une chronique de Nicolas Santolaria dans Le Monde rappelait comment ce hashtag avait explosé pendant l’épidémie de Covid-19.

Quand la sphère publique prend le pas sur la sphère privée

La chasse aux privilèges dans les arrières plans des vidéos de stars à domicile est devenu un sport sur les réseaux sociaux. Et les vedettes, des nantis boucs émissaires, réceptacles de la colère grandissante contre les élites et les inégalités sociales. De là à dire que c'en est fini, demain, de toute une culture de la célébrité, des modèles d’influences pyramidaux, et du bon vieux « charity business », ce serait exagéré. Mais l’épidémie aura eu, là aussi, des effets de « distanciation sociale ».

Prenons maintenant la presse spécialisée, un titre comme Voici est passé en mensuel au mois d’avril, d’autres (Closer ou Public) ont envisagé eux-aussi de réduire leur périodicité. Passés les carnets (du type grossesse, naissance, décès, rupture ou divorce), passées les confidences de quelques stars affectées par le virus (comme Tom Hanks au début de l’épidémie), force est de constater que la matière s’est tarie. D’une part, les grands raouts sur tapis de rouge n’ont plus lieu jusqu’à nouvel ordre. D’autre part, les photos volées de l’intimité des stars n’ont plus lieu d’être, étant donné que lesdites stars ne font plus grand chose et qu’elles ont livré d’elle même une part de leur vie « banale ».

De fait, la sphère privée a pris le pas sur la sphère publique. En conséquence de quoi, la première a rendu inepte la seconde. Le solide narcissisme de société contemporaine viendra sûrement nourrir à nouveau, demain, la culture « people ». Mais la situation aura certainement révélé un sentiment qui pointait déjà dans le dernier discours de Ricky Gervais aux Golden Globes : le rejet des engagements « pailletés » (vidéo traduite par Melty).

« Vous n'êtes pas en position de faire la morale en public sur quoi que ce soit. Vous ne connaissez rien au monde réel. La plupart d'entre vous ont passé moins de temps à l'école que Greta Thunberg. Donc si vous gagnez, venez, acceptez la petite récompense, remerciez votre agent et votre Dieu et allez vous faire f… ! »

par Mathilde Serrell 

 

Arrêt sur images :

Politiques jugés ? Guillotine-fantôme et plaintes réelles

Alors que Le Monde s'inquiète, dans un article très partagé, de la révolte du peuple contre les élites, les plaintes continuent de pleuvoir contre des membres d(...)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.