L’Asie et l’Union européenne s’unissent contre Trump

Face à l’unilatéralisme américain, plus de 50 pays d’Europe et d’Asie ont mis de côté leurs différends pour promouvoir la coopération multilatérale lors d’un sommet à Bruxelles. Par : Beatriz Rios | EURACTIV.com | translated by Manon Flausch

https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/eu-asia-put-aside-differences-to-show-united-front-vs-trump/

« Tout cet échange est absolument vital, particulièrement en ce moment où le multilatéralisme est mis en cause », a décrété Sebastian Kurz, le chancelier autrichien, dont le pays est actuellement à la présidence tournante de l’UE.

Le 19 octobre, les chefs d’État et de gouvernement des 28 États membres, de la Suisse, de la Norvège et de 21 pays asiatiques, ainsi que le secrétaire général de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) et du Premier ministre russe, participaient à un sommet à Bruxelles.

Un événement qui a lieu dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et ses partenaires européens et asiatiques, en particulier la Chine. Quelques jours avant le sommet, Wilbur Ross, le secrétaire d’État américain au Commerce, avait reproché à l’UE de ralentir les négociations commerciales.

Si la déclaration commune signée le 19 octobre ne mentionne pas explicitement les États-Unis, « les messages clés se lisent entre les lignes : le changement climatique est réel, le commerce est une bonne chose, le protectionnisme est une mauvaise chose et nous devons respecter nos engagements internationaux », soulignent des sources européennes.

Les dirigeants ont souligné que l’évolution récente du paysage international avait « renforcé la pertinence » de la coopération entre UE et Asie, pour la défense d’un « multilatéralisme efficace et d’un ordre international basé sur des règles ».

« Ce dont nous avons convenus aujourd’hui ne concerne pas que nous, mais le monde entier », a d’ailleurs souligné Federica Mogherini, la Haute Représentante de l’UE. « Ensemble, nous représentons une vraie puissance. »

 

Bruxelles et Washington s’arrachent les cheveux sur les tarifs douaniers

Américains et Européens se reprochent mutuellement le manque d’avancées dans les négociations commerciales en cours. Ce qui ravive la possibilité d’une taxe sur les voitures européennes.

 

 

Commerce réglementé

L’UE s’efforce de renforcer ses liens commerciaux avec les pays tiers. Lors du sommet de l’ASEM (le dialogue Europe-Asie), les dirigeants ont souligné leur « engagement commun en faveur d’un commerce ouvert, libre et non-discriminatoire ».

Les relations commerciales ne peuvent se dérouler que sur un pied d’égalité, ont convenu les partenaires. Ceux-ci se sont également engagés à « lutter contre toutes les formes de protectionnisme, y compris les mesures protectionnistes unilatérales et les pratiques commerciales déloyales ». Un passage qui pourrait faire allusion aux droits de douane récemment imposés sur l’acier et l’aluminium par Washington.

Les dirigeants ont également convenu de favoriser la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Il est important que nous ayons un commerce juste et équitable fondé sur des règles », a souligné à ce sujet Sebastian Kurz.

Selon lui, il est « essentiel » de « maintenir une économie mondiale ouverte et un système commercial multilatéral fondé sur des règles, avec l’Organisation mondiale du commerce en son centre ».

C’est pourquoi les participants au sommet ont souligné leur engagement à « se conformer aux règles de l’OMC », mais aussi à rendre son système de règlement des litiges « plus efficace ».

 

L'Allemagne s'agace des nouvelles provocations de Trump sur le commerce

Taxes sur les produits chinois, sanctions contre l’acier et l’aluminium turc, mise à mal de l’accord iranien, le ministre allemand de l’Économie a dénoncé les effets dramatiques des dernières décisions américaines sur la croissance mondiale.

 

 

Liens commerciaux

Au début de cette semaine, la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a annoncé l’adoption de l’accord UE-Vietnam sur le commerce et les investissements.

Bien que cet accord « ambitieux » doive encore être ratifié par le Conseil et le Parlement, il pourrait « ouvrir la voie » à un accord avec les autres pays asiatiques.

« Ce n’est pas pour tout de suite, mais c’est certainement un objectif que nous avons », a indiqué la commissaire, qui estime qu’il s’agit là d’un signal positif alors que le commerce international est « gravement menacé ».

Le 19 octobre, les dirigeants ont également célébré la signature de l’accord de commerce et d’investissement avec Singapour, le principal partenaire commercial de l’UE dans la région.

Les négociations avancent aussi avec la Chine, puisque les dirigeants ont récemment décidé d’accélérer les pourparlers en vue d’un accord commercial.

Here it is. The EU-Singapore free trade agreement. pic.twitter.com/rK5iKHZcqf

— Jüri Laas (@jurilaas) October 19, 2018

 

Tweet de Jüri Laas, chargé de presse au Conseil européen : Le voilà. L’accord de libre-échange UE-Singapour.

Iran et accord de Paris

La décision de Donald Trump de se retirer à la fois de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord iranien sur le nucléaire a également fourni du grain à moudre aux participants au sommet. Dans leur déclaration commune, ils réaffirment « leur engagement fort vis-à-vis de l’accord de Paris » et leur intention d’œuvrer au renforcement de la lutte contre le changement climatique à l’échelle mondiale et en fonction du sommet de la COP24, qui aura lieu à Katowice, en Pologne.

En ce qui concerne l’accord sur le nucléaire iranien, les signataires insistent sur le fait que sa protection « est une question de respect des accords internationaux et de promotion de la stabilité, paix et sécurité internationales ». Ils soulignent également que la levée des sanctions est un aspect « essentiel » de l’accord et parallèle à « la pleine application par l’Iran de ses engagements sur le nucléaire ».

Négociations coréennes

Les dirigeants asiatiques et européens se sont félicités des développements politiques récents sur la péninsule coréenne. « Nous sommes clairement sur la voie d’une résolution pacifique », a assuré le ministre coréen (du sud) des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha.

« Cela n’aurait pas eu lieu sans le soutien de Federica [Mogherini] et de son équipe, ainsi que des dirigeants européens », a-t-il ajouté.

Pour rendre possible cette solution pacifique, les dirigeants ont insisté sur le fait que la République populaire démocratique de Corée doit « démanteler de manière complète, vérifiable et irréversible toutes ses armes de destruction massives, nucléaires ou autres, missiles balistiques, programmes et infrastructures associées ».

La Corée du Sud et l’UE ont mis en place un accord commercial ambitieux. Interrogé sur sa relation avec le Royaume-Uni post-Brexit, Kang Kyung-wha a indiqué que le président du pays était en contact avec Theresa May.

 

« Il faut un projet d'intégration unique de la Grande Eurasie »

En amont de la rencontre Asie-Europe (ASEM) qui réunira 51 pays européens et asiatiques, le Président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, appelle à la création d’un large partenariat Asie-Europe.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.