Les patrons de chaînes entravent le droit à la santé et à la lutte contre l'obésité

Alors qu'un quart de la population risque d'être obèse, les patrons de chaînes écrivent au gouvernement pour refuser de signaler dans les publicités la nocivité des produits alimentaires. Ils font échec à la loi et à l'effectivité des droits fondamentaux. L'échec à la loi est une infraction.

http://www.ozap.com/actu/nutri-score-dans-les-pubs-tv-les-patrons-de-chaines-voient-rouge-et-ecrivent-au-gouvernement/559114

Pas touche à la malbouffe ! Selon "Le Canard Enchaîné" paru ce mercredi, le Premier ministre Edouard Philippe a reçu le 10 mai dernier une lettre comminatoire signée par des patrons de chaînes télé et de groupes médias. Delphine Ernotte pour France Télévisions, Gilles Pélisson pour TF1, Nicolas de Tavernost pour M6 et les autres ont fait part de leur inquiétude face à l'amendement déposé par le député de la majorité Olivier Véran le mois dernier. Les responsables ont pris soin d'adresser une copie de leur courrier à plusieurs ministres, au président du Conseil supérieur de l'audiovisuel et au député concerné.

L'amendement entend imposer le Nutri-Score dans toutes les publicités alimentaires. Le député, médecin dans le civil, y voit là un moyen de mieux informer le consommateur. Ce code composé de lettres (de A à E) et de couleurs (du vert au rouge), mis en place il y a six mois, indique la qualité nutritionnelle d'un produit. Ce dispositif viendrait en complément des messages de prévention tels que "évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé" ou "pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour", déjà présents dans les publicités vantant les mérites des denrées les plus diverses.

Les marques sont déjà fortement incitées par le gouvernement à indiquer le Nutri-Score sur leurs emballages. Mais selon les auteurs de la lettre reçue par Edouard Philippe, l'intégration systématique de ce code nutritionnel dans les spots de pub aurait des effets contre-productifs, en faisant fuir les annonceurs concernés. Les patrons de chaînes et de groupes médias rappellent que "l'alimentation constitue le premier investisseur publicitaire en télévision, avec plus de 20% du marché, soit plus de 650 millions d'euros net par an". Cependant, l'amendement d'Olivier Véran concerne l'ensemble des supports publicitaires et prévoit que les annonceurs pourront déroger à cette obligation moyennant le versement d'une contribution à l'Agence nationale de santé publique, égale à 5% du montant de la publicité.

Selon les responsables de l'audiovisuel, le manque à gagner aurait des répercussions directes sur le financement de la production audiovisuelle et cinématographique en France avec, en bout de chaîne, une menace sur les 130.000 emplois que comptent ces filières. Rejeté en commission, cet amendement au projet de loi Agriculture et Alimentation sera de nouveau présenté ce jeudi à l'Assemblée nationale. "Le Canard Enchaîné" s'amuse de la situation en prédisant que le baroud d'honneur du monde des médias pourrait au contraire inciter les députés à adopter l'amendement.

 

Prolonger :

Le droit à la santé est un droit de l'Homme dont l'Etat a l'obligation positive de garantir l'efficacité

L'article L3232-8 du code de la santé publique consacre le Droit à l'information alimentaire du consommateur pour garantir sa santé :

" Afin de faciliter le choix du consommateur au regard de l'apport en énergie et en nutriments à son régime alimentaire, sans préjudice des articles 9,16 et 30 du règlement (UE) n° 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, (...) la déclaration nutritionnelle obligatoire prévue par le même règlement peut être accompagnée d'une présentation ou d'une expression complémentaire au moyen de graphiques ou de symboles, dans les conditions prévues à l'article 35 dudit règlement. "

Décret n° 2016-980 du 19 juillet 2016 relatif à l'information nutritionnelle complémentaire sur les denrées alimentaires

Arrêté du 31 octobre 2017 fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle recommandée par l'Etat en application des articles L. 3232-8 et R. 3232-7 du code de la santé publique NOR: SSAP1730474A

 

Le Monde : Serge Hercberg, père du logo antimalbouffe

Médiapart :

Etiquetage nutritionnel: Stéphane Le Foll au secours des industriels 19 sept. 2016 Par Karl Laske

Dans une lettre adressée à Mediapart, le ministre de l’agriculture minimise les pressions des industriels et de la distribution sur les travaux du laboratoire du professeur Serge Hercberg. Stéphane Le Foll défend le test « grandeur nature » des systèmes d’étiquetage nutritionnel simplifié dont le pilotage a été confié aux lobbyistes de l’industrie, qui doit débuter le 26 septembre.

Des chercheurs pris pour cible par le lobby agroalimentaire  16 sept. 2016 Par Karl Laske

Dans un courrier obtenu par Mediapart, les présidents de l’Association des industries alimentaires et de la Fédération du commerce et de la distribution ont demandé à Stéphane Le Foll de « mettre fin » à des travaux du laboratoire du Pr Hercberg, président du Plan national nutrition santé. En cause, une recherche sur l’étiquetage nutritionnel.

Ouest-France : Un quart de la population mondiale pourrait être obèse en 2045

La Croix : L'agroalimentaire au défi du Nutri-score

Usine nouvelle : Face au code 5 couleurs de l'étiquetage nutritionnel, l'industrie contre-attaque

La ministre de la Santé a décidé de retenir un système de code 5 couleurs, Nutri-score, pour indiquer lorsque des produits alimentaires sont trop gras. Mais peu de chance qu’il soit adopté par l’industrie : Coca-Cola, Nestlé et quatre autres géants de l’agroalimentaire ont déjà annoncé leur propre dispositif.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.