LR découvre enfin l'importance à débattre au fond des programmes

"Lorsque les Français auront conscience du programme de Marine Le Pen, ils feront un grand pas en arrière". Laurence Sailliet, porte-parole des Républicains (LR), réagissait à un sondage qui donne 24% des intentions de vote au RN. Rien d'étonnant quand la politique en France se limite à parler des personnes comme on commente une course de chevaux.

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/europeennes-lorsque-les-francais-auront-conscience-du-programme-de-marine-le-pen-ils-feront-un-grand-pas-en-arriere_3112639.html

Le LR se réveille. Bon sang mais bien sur, il faut critiquer les programmes politiques lors des campagnes électorales !

Les "gilets jaunes" signalent ce que produit une campagne électorale bâclée (par paresse ou incompétence ?) à ne parler que très superficiellement des enjeux en se centrant prioritairement sur la promotion - ou le dézingage - de la personne des candidats.

Le débat est subjectivé. Tous les éléments objectifs d'appréciation sont en revanche négligés parce que peu ou pas étudiés, examinés, critiqués, contestés. Ainsi, tel candidat maladivement pingre sera contesté sur son incapacité à réfréner son avarice mais pas sur l'inspiration contre-révolutionnaire de son programme ou sa propension boulangiste à appeler à le soutenir.

Commenter une campagne façon "people" demande moins de temps, moins de moyens, moins d'effort et moins d'argent que d'analyser la pertinence des propositions des programmes, d'étudier en détails et préalablement l'état du pays, ses réalités économiques mais aussi ses réalités humaines et sociales pour ensuite pouvoir contredire les candidats sur leurs programmes (à quoi sert d'interviewer un candidat pour le laisser raconter ce qu'il veut ou mentir ?).

L'élection présidentielle de 2017 paraît proposer un bel objet d'études à ce propos.

La campagne présidentielle s'est axée sur la promotion d'un éphèbe au parcours universitaire brillant sans se préoccuper de savoir s'il avait un programme - il a déclaré que ce n'était pas la priorité (!) - ni ce que valait ce programme.

En manquant à ce point de curiosité et de perspicacité, les médias - cf. l'article du Monde diplomatique - sont parvenus à ce que le deuxième tour des élections présidentielles voient s'affronter un candidat qui n'a pas de programme - ou qui déclare que ce n'est pas l'essentiel - et une candidate dont le programme est une accumulation de contradictions manifestes (baisse des impôts et augmentation des prestations sociales par ex.).

Cela signale le degré de vacuité auquel est parvenu le "débat" en France : du superficiel, du formel, pour la galerie, comme l'ont été, le sont et le seront peut-être les "consultations" du pouvoir ainsi élu.

 

Voilà qu'un sondage prédit aux Républicains le même avenir que le PS à se faire reléguer aux oubliettes aux prochaines élections.

"Fichtre, palsambleu, ... nous voilà faits !"

Comment s'en étonner tant les discours et la surenchère entre LR et NR tendaient à les confondre ?

La perspective du LR à se faire doubler par sa droite par du vide NR - encore plus vide que celui qui inspire LR - paraît provoquer une réaction à Laurence Saillet.

Elle se réveille et prend conscience de l'évidence dans un débat démocratique : celui d'alerter l'opinion à s'intéresser (enfin) aux programmes et lui révéler les escroqueries intellectuelles que ces programmes distillent.

Il en a fallu du temps, pour que ce parti s'inquiète enfin de l'essentiel d'une campagne électorale. Informer l'électeur.

 

C'est aussi la fonction de la presse politique de proposer aux électeurs un appareil critique.

Il ne semble pas que les magnats de la presse soient intéressés par cette idée.

Rares sont les journaux qui tiennent un tableau de bord périodique de l'état du pays. Certains auraient certainement compris, voir anticipé, que les emplettes de Noël ont été perturbées.

Le capitalisme médiatique préfère l'infotainment, le strass, le buzz, le clinquant, ...

C'est plus facile, moins cher. Il suffit de payer un ou deux animateurs plutôt que d'une rédaction avec plein de journalistes. Un bon baratin pour endormir et éclipser la curiosité politique de l'électorat par un jeu ou du vent.

Ce n'est pas général, mais c'est une tendance lourde. Félicitations aux canaux d'information qui savent s'en soustraire et maintenir de la qualité.

 

Dans un tel contexte, ce qui est ainsi prévisible finit par se produire.

La superficialité du débat - la "campagnelaughing - favorise le succès de "candidats" dont l'incompétence ou la prétention exaspèrent et font descendre la population dans la rue.

Les "gilets jaunes" - au-delà de leurs motifs de contestation - signalent l'existence d'un bon sens commun. Cela revigore l'optimisme démocratique qui tendait peut-être à s'étioler comme s'il y avait une fatalité à devoir subir l'alliance de la médiocrité et de l'arbitraire.

Les "gilets jaunes" sont, dans un tel environnement médiatique, un sursaut d'exigence démocratique.

Leur mobilisation souligne l'importance primordiale et nécessaire de la qualité du travail journalistique en amont des élections. Ce qui n'a pas été fait efficacement. L'échec politique et donc démocratique naît de l'absence de débat de fond sur les programmes, d'étude critique sur leur pertinence, leur conformité à la réalité de la situation du plus grand nombre.

 

Le plus grand nombre n'a pas été oublié. Il a été méprisé. A commencer par Terra Nova qui est parti du principe qu'il n'existait plus. Les électeurs de gauche ne sont pas passés à l'extrême-droite. Ils ont cessé de voter dès qu'on leur a fait comprendre que leurs revendications n'intéressaient plus le PS.

L'information est seule garante d'un véritable débat démocratique. Sans information sérieuse, les élections n'ont pas de sens puisque les électeurs ne connaissent ni la pertinence ni la validité des programmes. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que l'abstention augmente quand la qualité de l'information baisse.

Les élections européennes seront un nouveau test. Le problème pour la démocratie est de savoir si l'avenir permet d'envisager d'autres tests.

On ne peut qu'encourage Laurence Saillet à convaincre l'ensemble des acteurs du débat politique à étudier et critiquer les programmes de manière intéressante pour l'électeur.

 

 

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