Les risques psychosociaux, l'autre impact du Covid-19

La fédération des Services a interrogé Nina Tarhouny, docteure en droit, spécialiste de la prévention organisationnelle des risques psychosociaux et amélioration des conditions de travail, sur les risques psychosociaux que peut générer la crise sanitaire.

https://services.cfdt.fr/portail/services/a-la-une/vie-des-entreprises-et-des-branches/-oeil-de-l-expert-les-risques-psychosociaux-l-autre-impact-du-covid-19-srv1_1120047

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Quelles mesures peuvent prendre les entreprises et quel rôle les représentants du personnel peuvent jouer ?

Les entreprises ont une obligation générale de sécurité et de prévention. Elles ont tout intérêt à s’intéresser à la prévention globale des risques professionnels (incluant les risques psychosociaux) et se saisir de cette période, particulièrement à risques pour la santé globale des salariés, pour s’investir dans des démarches de prévention pérenne. Se concentrer sur un seul risque (le risque biologique) aboutira à l’échec de la prévention globale qui est nécessaire pour garantir l’effectivité du droit à la santé et à la sécurité au travail.

Lorsque l’entreprise n’est pas dans une optique de prendre soin de la santé et de la sécurité de ses salariés, le rôle des représentants du personnel peut être alors de contraindre l’entreprise à faire face à ses obligations en utilisant leurs prérogatives, par exemple en alertant officiellement (par écrit) l’employeur. En tant que salariés protégés, ils peuvent aussi plus facilement actionner le levier du recours aux acteurs externes comme l’inspection du travail ou, dans les cas les plus graves, faire appel à la justice, comme cela a été le cas pour Amazon.

Le rôle des représentants du personnel peut ainsi s’inscrire dans la défense des intérêts collectifs mais aussi dans le soutien aux situations individuelles. Ils peuvent informer les salariés de leurs droits et les aider dans leurs démarches, par exemple, pour faire reconnaître un accident du travail ou une maladie professionnelle. Toutes les alertes et échanges écrits avec l’employeur pourront par la suite constituer des preuves matérielles de la situation du salarié victime du manque de diligence ou de l’inaction de l’employeur.

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Prolonger :

 Le Monde diplomatique mai 2020 :

Les emplois non qualifiés n’existent pas par Lizzie O’Shea 

Aux États-Unis, on ne compte plus les personnes qui ont commencé leur vie professionnelle chez McDonald’s. Le chanteur Pharrell Williams a été licencié trois fois par la chaîne, et l’acteur James Franco, lui aussi salarié de l’enseigne dans sa jeunesse, s’est extasié en 2005 : « Tout ce que je sais, c’est que, quand j’ai eu besoin de McDonald’s, McDonald’s a été là pour moi.  » Selon M. Paul Ryan, ancien président républicain de la Chambre des représentants, faire cuire les steaks hachés de la multinationale lui a tout simplement permis de mieux comprendre le rêve américain. « Ce qui est vraiment marrant quand on travaille chez McDonald’s, c’est d’apprendre à tout faire très vite, se rappelle aussi M. Jeff Bezos, le patron d’Amazon. Je voyais combien d’œufs on peut casser dans un laps de temps donné sans y faire tomber aucun bout de coquille.  » Des débuts en phase avec la future carrière de M. Bezos : le milliardaire, en effet, a fait de l’optimisation des performances de salariés traités en esclaves la signature de sa stratégie d’entreprise. Près de 800 000 personnes travaillent actuellement pour Amazon dans le monde, principalement à des postes tout aussi monotones que le premier « job » de M. Bezos : préparer des commandes dans des centres de distribution afin qu’elles soient envoyées aux clients.

Vendeurs, caissiers, serveurs, livreurs… autant de professions parmi les plus répandues aux États-Unis. Faiblement rémunérées, pour l’essentiel répétitives, elles offrent peu de perspectives. Ces métiers appartiennent à la catégorie des « emplois non qualifiés » (unskilled labor), une formule souvent trompeuse. Cette catégorie statistique désigne des emplois n’exigeant qu’une formation rudimentaire et ne requérant aucun diplôme, ce qui concerne, selon le Bureau des statistiques du travail (BLS), 31 % des travailleurs américains en 2018, une proportion significative.

Pourtant, tous ceux qui en ont fait l’expérience peuvent le confirmer : ces « petits boulots » exigent en fait des qualifications considérables. Servir dans un restaurant, répondre au téléphone, trier des articles, éplucher des légumes, encaisser… tout cela nécessite de la dextérité, de la force, de la mémoire, de l’endurance, des qualités relationnelles. Le « travail non qualifié » est en fait aussi divers que les compétences nécessaires pour le mener à bien, souvent acquises sur le tas. (...)

 

Covid-19 : le risque de la faute pénale existe bien pour les chefs d’entreprise  22 mai 2020

Sauf délégation de pouvoirs, le chef d’entreprise est considéré comme responsable pénal de tout manquement aux règles d’hygiène et de sécurité commis dans son entreprise. Si ce manquement va jusqu’à créer un grave danger, ou, pire, des blessures ou la mort, il peut être, comme la société qu’il dirige, poursuivi pour mise en danger délibérée, blessures ou homicide involontaire.

La responsabilité de l'employeur en cas de Covid-19 d'un travailleur 17 mai 2020

Le ministère du travail rappelle sur son site la jurispudence à propos de l'obligation de l'employeur en matière de sécurité et de santé des travailleurs. Il recommande également de n'appeler à la reprise sur le lieu du travail qu'à la condition où le télétravail est impossible. Le risque d'attraper la maladie lors du trajet par les transports relève d'un accident du travail.

L'action syndicale est un droit de l'Homme civil et politique 2 oct. 2014

La Cour européenne des droits de l'Homme vient de condamner la France pour son entrave au droit d'association et, par ricochet, consacre le droit syndical dans l'armée. Au-delà de l'institution militaire, cette décision affirme l'action syndicale comme un droit fondamental civil et politique, à la lumière du droit d'association, qui s'entend largement.

 Suicide au travail : les DRH face à la " conspiration du silence "  9 mai 2019

Les suicides au travail demeurent peu étudiés par les gestionnaires, malgré leur nette augmentation, notamment car les études sur ces suicides sont difficiles à conduire. Le chercheur se heurte au silence des différents acteurs de l’entreprise, tant du côté de la direction que de celui de l’encadrement et des collègues.

 

 

 

 

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