Le ruissellement qui justifie l'austérité a provoqué l'épidémie de Covid

Les réductions d'impôts sont à l'origine des politiques d'austérité qui ont détruit l'efficacité des services publics, notamment ceux de la santé et de la recherche qui avaient pourtant alerté sur le risque d'épidémies que provoque l'exploitation de plus en plus massive des ressources et des terres. La London School of Economics démontre qu'en plus ce n'est profitable à l'économie.

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Baisser l'impôt des plus riches ne profite pas à l'économie

Justine Canonne - Mensuel N° 335 - Avril 2021

Les réductions d’impôt sur les plus hauts revenus ne bénéficient pas à l’économie : c’est, en substance, la conclusion d’une étude de deux chercheurs britanniques, David Hope et Julian Limberg. Ce duo de la London School of Economics s’est penché sur les politiques fiscales conduites entre 1965 et 2015 dans dix-huit pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Un large échantillon, sur une échelle temporelle non moins vaste, qui mène à divers constats. D’abord, dans les pays étudiés – dont le Royaume-Uni, le Canada, la Suisse, la France… –, si les revenus des catégories les plus aisées se sont contractés au cours des trente glorieuses, ils ont globalement augmenté à partir des années 1980. Le résultat de politiques fiscales favorables aux plus riches : aux États-Unis, le président Ronald Reagan conduit par exemple deux réformes fiscales majeures en ce sens, en 1982 puis en 1986. Fort logiquement, ce type de réformes aboutit à augmenter les revenus des foyers les plus aisés – correspondant, dans l’étude, aux 1 % des plus hauts revenus. Leur hausse moyenne est ainsi de 0,6 point dans les trois ans suivant la réforme, et de 0,8 point cinq années après. Par contraste, l’impact de telles réformes fiscales sur la performance économique d’un pays est « statistiquement proche de zéro », pointent D. Hope et J. Limberg. Ils ne décèlent ainsi pas d’influence de ces réformes sur le PIB ni sur le taux de chômage. Des constats en ligne avec des travaux antérieurs de l’économiste Thomas Piketty sur les inégalités socioéconomiques, notent les deux chercheurs.


David Hope et Julian Limberg, « The economic consequences of major tax cuts for the rich », London School of Economics (LSE), working paper, n° 55, december 2020.

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