Tarnac : audition des témoins de la défense

Initialement mises en examen pour des faits de terrorisme, huit personnes présentées en 2008 comme de dangereux terroristes d'ultragauche comparaissent dix ans plus tard, notamment pour la dégradation d'une ligne ferroviaire. Elles réfutent ces accusations et dénoncent un procès politique.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/03/27/01016-20180327LIVWWW00056-en-direct-proces-de-tarnac-les-temoins-de-la-defense-entendus.php

à 16:57

L'audience est suspendue

Elle reprendra à 17h30. L'examen de la personnalité des détenus va être abordée, alors que cette dernière n'était prévue que demain matin. La présidente espère gagner un peu de temps.

Voici un résumé de ce qu'il s'est passé aujourd'hui : 

La matinée a été un peu décevante. L'audition des témoins a tourné court, en l'absence du principal avocat de la défense, Me Assous, retenu pour une urgence. Certains témoins se sont déplacés de loin pour n'être entendus que quelques minutes et sans rien apporter aux débats.

La véritable surprise a été la lettre envoyée par le juge Thierry Fragnoli qui a mené l'enquête sur Tarnac pendant plusieurs années, et dont le travail est vivement critiqué par la défense. Dans sa missive, le magistrat défend le travail qu'il a mené, indiquant qu'au court du temps, plusieurs regards avaient pu être porté sur le dossier de Tarnac.

Les premiers témoins de l’après-midi n’ont pas apporté grand-chose. Il a fallu attendre l'arrivée de David Dufresne, ancien journaliste qui a écrit un livre sur l’affaire, pour réveiller la journée. L’enquête (justice+police) menée a été mise à mal pendant son passage à la barre. Il a estimé qu’il existait une énorme pression politique à l’époque sur les enquêteurs pour qu’ils apportent des résultats suite aux sabotages. Il a rappelé les nombreux doutes qui pèsent sur la procédure. La défense a pris en main l’audience et a pu longuement exposer ses thèses tout en portant de nombreux coups à l’accusation. 

à 16:56

Fin de l'audition de David Dufresne

L'ancien journaliste est resté plus de deux heures à la barre.

 

à 16:40

Les étranges rencontres de l'affaire Tarnac

Interrogé par l'un des prévenus, Mathieu Burnel, l'ancien journaliste David Dufresne, qui a écrit un livre sur l'affaire, raconte sa rencontre avec un agent de la DCRI aux méthodes étranges. "J’ai rencontré beaucoup de gens dont je ne connais pas toujours l’identité. C’est normal c’est leur travail, ils en ont plusieurs. Je me souviens, après la sortie du livre, avoir rencontré plusieurs personnes de la DCRI un peu chafouines à propos de mon enquête, et qui voulaient se justifier. Il y avait parmi eux un analyste, complètement en roue libre. Il était totalement obsédé par l’affaire de Tarnac, au point d’écrire des blogs qui étaient incroyables de précisions. On aurait pu croire que c’était vous M. Burnel, qui les écrivaient, tellement c’était plein de précisions. Il avait toutes les informations sur tout. Il ouvrait et fermait des blog, pour les diffuser.". 

Mathieu Burnel (l'un des prévenus) - "Nous avons vu plusieurs personnes un peu folles dans ce dossier (il les nomme). Et pourtant, on nous taxe de complotisme. Pouvez-vous raconter l’anecdote du Canard enchaîné

David Dufresne : - "Mathieu Burnel m'appelle un jour pour me dire qu'il voulait rencontrer Didier Hassoux, du Canard enchaîné. La rencontre se fait. Puis Didier me rappelle et me dit que Mathieu Burnel lui a avoué que c'était eux [qui ont fait les sabotages, la salle rit NDLR]. Il est évident qu'il n'a pas vu le vrai Mathieu Burnel. Le grand mystère, c'est qui de nous tous était sur écoute en direct ? Est-ce que c'était Mathieu Burnel qui m'appelait, est-ce que c'était moi appelant Hassoux. Je n'imagine pas que c'était la policière judiciaire qui ait fait cela. Quand j'ai vu qu'ils en étaient réduits à ces méthodes, je me suis dit : là, ils n'ont vraiment rien". Mais imaginez que cela sorte tout de même en une du Canard enchaîné..."

 

à 16:15

Aux juges : "Cela va être votre travail de reconnaître que la justice se trompe"

Me Assous (défense) : - "Comment se comportait le juge Fragnoli avec les membres de la Sdat ?"

David Dufresne : - "Il était trop proche des membres de la Sdat. Il était trop proche. Il envoyait des textos à 23 h à des enquêteurs. Publiquement, il n’avait pas le droit de prendre position, et pourtant, son dossier était étalé partout. Il avait besoin d’écoutes et les membres de la Sdat lui rendaient bien."

- "Il y a une question qui se pose. M. Fragnoli n’a malheureusement pas pu finir cette instruction. Il avait perdu tout recul, il en faisait une affaire personnelle. Il se fait remercier. Mais d’autres magistrats ont validé cette procédure. Comment vous l’expliquez ?"

- La position du parquet, c’est qu’il fallait aller au bout, même si le bout n’était pas bon. A un moment le coup est parti, politique, justice, magistrat. Comme c’est une affaire éminemment politique, cela ne peut pas s’arrêter en cours de chemin. [Il se tourne vers les membres du tribunal, NDLR] Cela va être votre travail à vous de reconnaître que parfois la justice se trompe. "

 

à 16:04

"Si récit il y a, il n'est pas de mon côté"

L'ancien journaliste, David Dufresne, qui témoigne aujourd'hui au procès Tarnac, explique avoir été extrêmement surpris sur les termes choisis par les policiers et les enquêteurs qu'il a pu rencontrer: requalibrage ou habillage. Si récit il y a ce n’est pas de mon côté." 

 

à 15:54

"Je me souviens d'un juge d'instruction très seul"

Me Assous (défense) : Vous dites que ce dossier n'est que dysfonctionnements. Pouvez-vous nous dire lesquels ?

David Dufresne : C'est d'avoir cédé à la pression. C'est d'avoir côté police, côté justice et médias une sorte d'auto-alimentation. A partir de ce moment-là ça part complètement !

- Vous avez parlé du PV D104 avec le juge Fragnoli [qui a mené l'enquête, NDLR] ? (Ce procès-verbal relate la filature de Julien Coupat la nuit des sabotages. Il est rédigé par les policiers et vivement contesté par la défense qui estime qu'une partie est fausse.)

- A votre avis ? Je crois qu'il en était autant obsédé que vous. Je me souviens d'un homme seul, lâché par les deux autres juges du dossier. Un homme seul qui s'en prend plein la figure, mais qui l'a cherché car il a demandé à avoir ce dossier. Donc pour lui, ce PV était béton.

[...]

- Comment les polciers expliquaient-ils apercevoir la voiture près des voies mais ne pas voir les saboteurs ? 

- Je me souviens d'un discours aussi brumeux que le paysage qu'ils me décrivaient [...] Je me souviens avoir interrogé un gendarme haut-gradé, qui ne croyait pas à la version des policiers, qui me dit que le mieux, cela reste tout de même le fragrant délit et l'arrestation immédiate.

- Si on ne les voit pas, c'est qu'il n'y sont pas ? 

- Oui, il y a faute professionnelle.

- Mais comment peut-on voir voir la voiture sans les occupants ? On voit au moins la frontale, on voit les silhouettes avec le matériel d'observation.

- Je ne me souviens pas bien. Mais quand j'allais sur les lieux, je me disais que cela ne collait pas.

- On l'a tous remarqué aussi. 

 

à 15:40

Dufresne : "J'ai vu de la souffrance chez les policiers qui coryaient en l'Etat de droit"

"J'ai vu des policiers souffrir de cette guerre des services [née de la fusion des RG et de la DST pour former la DCRI, NDLR]. Notamment parce que l'on allait chercher des gens sur des délits d'opinion. Au début cela les a amusé d'aller faire des filatures. Ça les changeait des Basques et des islamistes. Mais j'ai vu de la souffrance de policiers qui croyaient en l'Etat de droit. Mais avec la pression du rendement, vous avez de la souffrance chez eux [...] J'ai vu un policier de la DCRI qui m'a pleuré dans les bras. Si vous publiez mon nom, c'est la mort économique"

"Ceux qui ne me racontaient pas cela, c'était M. Squarcini, qui me ventait ses balises. Il m'a même proposé d'en mettre une sur ma moto." La salle explose de rire. 

 

à 15:27

Le témoin rapporte l'importance du ministère de l'Intérieur dans l'affaire Tarnac

David Dufresne, très à l'aise à la barre, rappelle, suite à une question de Me Dosé, l’existence de réunions hebdomadaires tenues le jeudi, au ministère de l'Intérieur, devant Michèle Aliot-Marie. Ces réunions sont consacrées au terrorisme.

"Lors de ces réunions participent Bernard Squarcini et Joël Bouchité [anciens chefs de la DST et des RG, NDLR], explique David Dufresne. Joël Bouchité c'est un manager. On lui dit que sa succursale va fermer. Il vend donc ce qu'elle veut à sa patronne pour la sauver. Il avait remarqué que les photos impressionnaient beaucoup les préfets. Il va donc amener des photos de Tarnac à cette réunion."

L'ancien journaliste raconte qu'on exigeait des résultats de ces patrons du renseignement. Il explique que le parquet et également sous pression médiatique. "Il fallait frapper aussi fort que les sabotages", explique l'ancien journaliste.

Il y a, selon lui, une différence dans les services sur la décision d’interpeller les prévenus. "Ceux qui voulaient interpeller très vite, c'était plutôt la Sdat. Ceux qui voulaient attendre, c'était plutôt la DCRI. Messieurs Delpuech [ancien directeur de cabinet de Michèle Aliot-Marie] et monsieur Marin [ancien procureur de la République de Paris] étaient parmi plus les plus réticents, ce qui indique sans doute qu'ils savaient que le dossier ne tenait pas. Mais monsieur Marin est sous pression, et à un moment, il dit : "on y va"."

 

à 15:08

Dufresne : "Les agents de la DCRI, qui sont toute l'enquête, ne sont pas là"

La présidente : Est-ce seulement un travail de journaliste ou est-ce qu'il y a un travail d'écrivain ? 

Le témoin : C'est la rigueur de l'enquête journalistique. Tous les faits sont coupés et recoupés. Il y a des interprétations qui me sont personnelles. Mais personne ne m'a attaqué, il n'y a eu aucune poursuite contre l'enquête. M. Squarcini a poursuivi un autre livre, évoquant les mêmes faits que moi, mais pas le mien. 

La présidente : Pourquoi les services de renseignements se sont intéressés à l'affaire ? 

- On a un peu de temps ? 

- Vous avez l'après-midi.

Rire dans la salle.

Le témoin : Il y a un premier point, c'est l'entre-aide internationale. Il y a l'espion anglais Mark Kennedy. Il y a également la fin des RG et leur fusion avec la DST pour former la DCRI. Ce sont deux écoles complètement différentes et c'est la DST, basée sur la technologie, qui prend le dessus. Cela déclenche une guerre des services, car les RG ne veulent pas se laisser faire. Enfin, il y a Michèle Alliot-Marie, qui par son prisme basque, se focalise sur le terrorisme. Son analyse c'est qu'une fois que la gauche parlementaire perd du terrain, le terrorisme d'extrême gauche va remonter. [Les prévenus] incarnent cette peur-là.

La présidente : Pourquoi ?

- C'est là qu'intervient la deuxième phase. On construit. On colore le dossier. On fait des écoutes plus ou moins illégales [...] Il me semble qu'il y a une concordance de date au moment où un agent de France Telecom découvre des branchements à Tarnac et l'ouverture d'une enquête: cela s'appelle un habillage. Cela n'est que cela le renseignement. A partir du moment que l'enquête est faite sous l'égide de la DCRI, tout le monde est sous le régime du secret défense. Les gens de la DCRI, qui sont toute l'enquête, ils ne sont pas là. Résultat : on se retrouve avec des instructions qui durent 10 ans.

[...]
 
Les gens de la Sdat sortent les gendarmes de l'enquête, ce que ces derniers n'aiment pas du tout. Ils vont faire un relevé de borne téléphonique car ils ont des doutes sur la présence des policiers sur le terrain.

 

à 14:46

David Dufresne : "L'importance médiatique de l'affaire a précipité les arrestations"

David Dufresne se présente à la barre, c'est le dernier témoin du jour, les autres ne s'étant pas présenté. C'est un ancien journaliste d'investigation qui a écrit l'enquête Tarnac, magasin général. Il est vêtu d'une chemise blanche, porte une cravate noire.

"Je viens 10 ans après, explique-t-il. Quand je commence, je croyait que cela ne durerait que 1 an ou 2, pas 10 ans." Il explique qu'au début de l'histoire, il a eu le sentiment que quelque chose "clochait". 

Il détaille toutes les rencontres qu'il a pu faire : prévenus, juge, procureur, avocats, Bernard Squarcini (ancien patron de la DCRI), Joël Bouchité (ancien patron des RG), l'ancien chef de cabinet de la ministre de l'Intérieur de l'époque Michèle Alliot-Marie, un grand nombre de policiers de la DCRI et de la Sdat, etc.

Il explique que l'importance médiatique prise par le blocage des trains a précipité les arrestations des prévenus. 

 

à 14:38

Selon le quatrième témoin, les tubes ont pu rester dans la Marne pendant longtemps

Laurent Genoux, plongeur à la brigade fluviale. D'allure sportive, il se présente à la barre en polo. Il a réalisé une plongée dans la Marne, à la demande du juge d'instruction de l'époque, sur la commune du Trilport, en Seine-et-Marne. C'est à cette endroit que la voiture de Julien Coupat a été vue par les policiers le soir des sabotage. Lui conteste avoir été là. Plus d'un an plus tard, des tubes en PVC seront retrouvés. Les enquêteurs affirme qu'il s'agit de perches pour placer les fers à béton sur les caténaires. 

Le plongeur explique qu'au moment où il plonge, les conditions étaient un peu difficiles à cause du courant. Lui ne trouve rien, mais ses collègues, lors d'autres plongées, retrouvent huit tubes. Elle lui demande de soupeser un tube, présent dans la salle d'audience. Il s'exécute.

La présidente : "S'il est jeté au-dessus d'un pont, est-ce qu'il va rester sur place, ou est-ce qu'à cause des crues, des dragages, etc, il va partir plus loin ?"

Le témoin : "S'il est jeté en pleine crue, il va dériver. En condition normal, le fond étant très accidenté, il peut s'accrocher au fond de l'eau. Si c'est un fond sablonneux, il peut courir beaucoup. Mais ce n'est pas le cas à cette endroit."

La présidente : Il y avait plein de choses à cet endroit...

Le témoin : C'est ce que l'on retrouve sous les ponts. 

La présidente: Un dragage aurait pu changer les choses ? 

Le témoin : Les dragages sont faits soit sur les ponts, soit sur les berges. Les détritus ne sont pas nettoyés. 

Le procureur : cela ne vous parait donc pas aberrant de retrouver ces tubes aussi longtemps après ? 

Non

Me Assous (défense) : Comment se fait-il qu'il y ait autant de tubes retrouvés ?

Le témoin : On peut imaginer que ce soit le même jet de plusieurs tubes, celui-ci en faisant partie.

Me Assous : Comment expliquez-vous ne rien avoir trouvé dans votre plongée et que vos collègues en ont trouvé plein ? 

Le témoin : A cause de la visibilité, du courant, ou autre. Si les conditions ne nous permettent pas de faire une recherche efficace, on repousse.

 

à 14:12

Le troisième témoin confirme que la transmission de l'information a été longue à la SNCF

Le troisième témoin s'appelle David de Villepoix. Il était, au moment des sabotages, au poste de commandement national sûreté de la SNCF. Il se présente à la barre en costume et chemise noirs. 

Les questions de la présidente reviennent sur cette question d'appel non-enregistré au lendemain des sabotages. "Si c'était uniquement sur un appareil, c'était peut-être un problème de connectique." Il explique que ce type de problèmes arrivaient de temps en temps. 

La défense lui rappelle ses déclarations de l'époque, où il expliquait que deux personnes auraient été vus sur les voies au moment des sabotages. Problème : les policiers, dans leur procès-verbal, n'indiquent à aucun moment avoir vu les saboteurs à l'oeuvre, simplement leur voiture garée près de la ligne de chemin de fer. Pas davantage d'explications du témoin.

Sur le délai de transmission de l'information entre la constatation des dégradations et la communication à la SNCF est de 5 heures, lui aussi estime qu'il est très large.

 

à 13:58

Le deuxième témoin confirme les problèmes d'enregistrement

Le seconde témoin s'appelle Eddy Olivier. Le jour des sabotages il était au poste de commandement de la sûreté SNCF. 

Il confirme qu'il y a parfois des problèmes d'enregistrement des communications. Il y a justement une panne d'enregistrement des communications le lendemain des sabotages, ce qui interroge la défense. 

Interrogé par cette dernière, il explique que le délai de circulation de l'information de l'incident "n'a pas était court" ce jour-là.

 

à 13:47

Premier témoin de l'après-midi : la découverte d'un système d'écoutes

Gilles Cabus, technicien chez Orange, se présente, vêtu d'un manteau noir, parle avec une voix douce. Il était employé de France Télécom à l'époque. Il est appelé pour un problème de carte bleue à l'épicerie de Tarnac, tenue par l'un des prévenus. C'est à suite de cette intervention qu'un système d'écoutes a été découvert, en dehors de toute autorisation légale.

"Il s'est avéré que sur cette intervention portait sur un appareil de carte bleue qui ne fonctionnait pas. J'ai proposé au client de venir directement au central, c'est là que l'on a découvert des fils qui n'auraient pas dû être là sur un boitier. C'est après avoir parlé à mon supérieur que j'ai compris que c'était pour des écoutes."

La présidente : Vous a-t-on fait des reproches ? 

Le témoin : J'ai été sanctionné par un simple avertissement pour avoir fait rentrer le client directement dans le local.

La présidente : C'est interdit ? 

- Oui

- Vous le saviez ? 

- Oui, mais c'était Tarnac, c'était tout petit et ceka pouvait résoudre le problème.

Ce premier témoin de l'après-midi repart très vite.

 

à 13:37

Reprise de l'audience

La présidente annonce que le témoin dont nous vous parlions il y a quelques minutes, est bien là. Elle l'invite à venir à la barre.

 

à 13:18

Un témoin en retard

Un témoin prévu ce matin est arrivé en retard. Il s'agit du technicien dont Julien Coupat regrettait l'absence. L'audience doit reprendre à 13h30.

 

à 10:59

L'audience est suspendue

Elle reprendra à 13h30.

La matinée a été clairement décevante. L'audition des témoins a tourné court, en l'absence du principal avocat de la défense, Me Assous, retenu pour une urgence. Certains témoins se sont déplacés de loin pour n'être entendus que quelques minutes et sans rien apporter aux débats.

La véritable surprise a été la lettre envoyée par le juge Thierry Fragnoli qui a mené l'enquête sur Tarnac pendant plusieurs années, et dont le travail est vivement critiqué par la défense. Dans sa missive, le magistrat défend le travail qu'il a mené, indiquant qu'au court du temps, plusieurs regards avaient pu être porté sur le dossier de Tarnac.

Enfin, un dernier témoin ne s'est pas présenté, aux regrets de Julien Coupat. Il s'agit d'un technicien qui, pour tenter de réparer un problème de paiement en carte bancaire à l'épicerie de Tarnac, a découvert des branchements indiquant que le magasin était placé sur écoutes, et ce en dehors de tout cadre légal.

 

à 10:59

Une lettre du juge Fragnoli

La présidente indique que le juge Thierry Fragnoli, qui a instruit le dossier au début de l'enquête, véritable bête noire de la défense, lui a envoyé une lettre. Il est actuellement juge dans les îles Marquises, en Polynésie, où il tient une "audience foraine". C'est la surprise de la matinée.

Il indique que, lorsqu'il était juge d'instruction, il a pu mener de nombreuses enquêtes portant sur des faits terroristes et impliquant l'ETA, le FLNC, le PKK, les Tigres tamoules, etc. "Ces dossiers sont ceux les plus contrôlés des institutions judicaires. Je n’ai pas souvenir que le dossier soumis à votre juridiction ait dérogé à cette règle."

Il indique avoir travaillé en concertation avec les deux autres juges qui menaient l'enquête avec lui. "Les actes accomplis à l’époque étaient nécessaires et utiles à la manifestation de la vérité", affirme-t-il. 

Il indique qu'après le départ de ses deux collègues, il a "souhaité quitter ce dossier pour des raisons familiales" et affirme ignorer "qui est renvoyé aujourd'hui" devant le tribunal.

Il estime qu'il y a eu sur ce dossier "plusieurs regards au fil du temps" et que les prévenus sont aujourd'hui renvoyés pour des charges qui n'étaient pas les mêmes que celles retenues au début du dossier.

 

à 10:50

Cinquième témoin, retour du débat sur l'oscillation de la caténaire

Le cinquième témoin, Christian Barbaut, également agent SNCF arrive maintenant à la barre, vêtu d'un manteau en cuir et d'un jean.

"J'ai été appelé par mes agents sur le terrain [le précédent témoin, NDLR] pour constater qu'un crochet était accroché sur la caténaire", explique-t-il. Il indique être venu sur le terrain pour faire des photos. Lorsqu'il arrive les gendarmes ne sont pas encore là. Il indique que les agents de la SNCF doivent attendre que les gendarmes aient effectué leurs relevés pour réparer les dégâts.

Le témoin indique, comme l'on expliqué des experts lors de la première semaine du procès, que le crochet a été placé sur la mauvaise caténaire. S'il avait été placé sur celle d'à côté, les dégâts auraient été bien plus importants.

Me Jean-Christophe Tymoczko, avocat de la défense, demande au témoin de quelle distance peut se détendre la caténaire.

Le témoin : La caténaire ne se détendra pas, elle va créer une flèche : elle va vers le bas. 

L'avocat : Donc à partir de là, cette caténaire peut descendre de combien ? 

Le témoin : Je dirais 10 centimètres.

Le procureur : la question s'est posée de savoir à quel point la caténaire était descendue. Est-ce qu'au moment où passe le TGV elle peut descendre plus bas ? 

Le témoin : Je dirais, par rapport à mes connaissances qu'au moment du passage du pantographe elle va remonter.

Le procureur : Est-ce qu'elle peut descendre relativement bas ? 

Le témoin : Je ne sais pas.

Le procureur : Elle peut avoir un effet d'ondulation ?

Mathieu Burnel, l'un des prévenus : Est-ce que cela vous parait probable qu'elle descende à un mètre du sol ? 

Le témoin : Je ne sais pas.

Ces questions sont importantes puisque les policiers qui ont effectué la filature de Julien Coupat le soir des faits ont expliqué, après le passage du premier train, avoir vu la caténaire descendre jusqu'à un mètre du sol. Ce point technique a été très disputé entre les experts. La défense remet en cause leur version des faits.

 

à 10:27

Quatrième témoin, l'agent SNCF qui constaté les dégâts

Le quatrième témoin, agent SNCF, se nomme Patrice Cerro. Il se présente à la barre, pull bleu, jean noir, crâne rasé.

Le 8 novembre 2008, il était d'astreinte. Il a été appelé car il y avait un problème caténaire. La ligne a été divisée en plusieurs portions, répartie entre les agents pour l'inspection. C'est lui qui était chargé d'inspecté le kilomètre 45, là où s'est produit le sabotage. Il s'est rendu compte d'un problème sur la caténaire et a fait interrompre la circulation des trains.

Il explique avoir été interpellé par le bruit lors du passage du train. Il décrit de "gros flashs" au passage des train sur la caténaire dégradée, différents des étincelles habituelles. Détail important car les policiers qui ont fait la filature de Julien Coupat indiquent avoir constaté un tel flash.

Me Jean-Christophe Tymoczko, avocat de la défense, veut savoir pourquoi il se dirige d’emblée sur le lieu précis du sabotage. "Je peux garer mon véhicule en toute sécurité. Cela permet aussi d'avoir une vue d'ensemble du site", explique le témoin."

 

à 10:14

Troisième témoin, troisième gendarme

Le troisième témoin, Christian Tambour, gendarme retraité. Il était au moment adjudant-chef en 2008 avec la précédente témoin. 

Il explique être arrivé sur les lieux du sabotage, avoir figé la scène pour ne pas la polluer, et avoir aidé le technicien, chargé de faire les relevé, à prendre des notes. 

Là aussi, seulement quelques minutes sont consacrées à son audition.

 

à 10:08

Rapide interrogatoire

Elle fait partie des gendarmes appelés pour constater les faits le matin. Elle indique qu'elle n'a pas constater les dégâts que de loin, des TGV passant régulièrement sur le lieu des sabotages. Elle explique que les constations principales ont été faites par un technicien.

Me Jean-Christophe Tymoczko, avocat d'Yildune Lévy, ancienne compagne de Julien Coupat accusée d'avoir sabotée la ligne avec lui, demande à la témoin d'où vient l'information des dégradations. Elle répond que tout est venu de la SNCF.

Là aussi, tout est allé très vite.

 

à 09:58

Audition du deuxième témoin

Il s'agit de l'adjudante de gendarmerie Stéphanie Servin. Elle se présente également en uniforme à la barre.

 

à 09:56

L'interrogatoire tourne court

Il était officier de permanence le soir du sabotage. Il raconte la façon dont il a appris les faits le matin.

Seulement, personne (tribunal, ministère public, parties civiles, défense) ne souhaite l'interroger. Le principal avocat de la défense, retenu par une urgence, n'est pas présent ce matin. Le témoin repart. 

 

à 09:49

Audition du premier témoin

Le premier témoin, Emmanuel Derycke, capitaine de gendarmerie, se présente à la barre, en uniforme et de haute taille. Il fait le salut militaire devant la présidente.  

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