Les sans gilet sans voix

Très beau texte de Marc Gemmerlé, bénévole à l'antenne du secours populaire de Bischwiller, publié dans le courrier des lecteurs des Dernières Nouvelles d'Alsace du dimanche 13 janvier 2019 page 10.

https://www.dna.fr/social/2019/01/13/les-sans-gilet-sans-voix

Ironie de la mise en page ou facétie du journal, le texte de Marc Gemmerlé est placé en dessous d'une chronique d'Alain Duhamel sur le grand débat et souligne le contraste dans l'approche du sujet entre un éditocrate parisien et une personne de terrain, bénévole au secours populaire de Bischwiller (au nord de Strasbourg) - confrontée à la réalité.

Marc Gemmerlé commence par rappeler qu'il y a des personnes qui n'ont pas de gilet, parce qu'elles n'en ont pas les moyens. Pas de voiture ou une guimbarde qui risque à tout moment de tomber en panne, en panne de carburant.

Des personnes qui vivent au fil du quotidien comme au fil du rasoir, en équilibre précaire permanent dont l'angoisse qui les préoccupe en permanence ne peut que les résigner et leur rendre illusoire tout "mouvement social".

Des personnes ignorées, oubliée, reléguées au bas de l'échelle sociale, en voie de "désaffiliation" selon l'expression du sociologue Robert Castel (1933-2013 auteur de "La montée des incertitudes"), et dont le souci est de satisfaire les besoins élémentaires, fondamentaux : alimentation, logement, soins, ...

Marc Gemmerlé explique que ce ne sont pas les fins de mois qui sont difficiles. Ca l'est dès le début du mois une fois réglé les dépenses contraintes, le reste-à-vivre du foyer s'élève de 0 à 300 euros.

Ils ne reçoivent que mépris des institutionnels, entre "sans-dent" et "assistés". Les experts ne savent comment nommer ces personnes qui sortent de leur champ conceptuel, employant jusqu'à trente termes différents pour parler d'eux dans le plan pluriannuel contre la pauvreté de 2013, (dont on se demande ce qu'il en est advenu depuis 2016. Abandonné. Les pauvres coûtent trop cher aux riches)

Ce sont des "pauvres", des très pauvres même dans une "société de survie" (Pierre Rosanvallon) (La politique de Macron viserait-elle de reléguer à son avantage des millions de prolétaires dans le lumpenprolétariat ?)

Ces très pauvres ne sont pas au bas de l'échelle sociale, ils sont sous les pieds de l'échelle, invisibles, privés de parole et de porte-parole élu, ignorés des campagnes électorales, condamné à rester dans des "bas-fonds" sans horizon où les maintient la loi de la reproduction sociale.

Marc Gemmerlé conclut son propos en en appelant à une prise de conscience au sein du mouvement des gilets jaunes pour que le combat social et l'exigence de démocratie s'exerce pleinement en associant ces personnes à ces préoccupations dont l'idée maîtresse, au-delà des revendications individuelles - qu'elle soient des gilets jaunes ou des foulards rouges - est l'affirmation du respect effectif de la dignité humaine en France.

Les effondrements d'immeubles à Marseille, les multiples expressions de mépris du président pour les Français, la disproportion de la répression et les mutilations qu'elle provoque montrent l'immensité du fossé institutionnel faisant obstacle au voeu de Marc Gemmerlé, auquel on ne peut toutefois que s'associer.

 

 

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