L'avocate turque Ebru Timtik meurt en prison d'une grève de la faim.

Ebru Timtik, condamnée à plus de 13 ans de prison, faisait une grève de la faim pour demander un procès équitable. Elle avait déclaré aller au bout «même si elle devait entraîner leur mort». «En Turquie, on tue les avocats en prison» a dit Me Martin Pradel ; mais la violence institutionnelle, qui fait système au-delà de la Turquie, échappe à une analyse critique qui s'impose aux médias.

https://www.lefigaro.fr/international/turquie-une-avocate-en-prison-meurt-en-prison-apres-238-jours-de-greve-de-la-faim-20200828

Ebru Timtik est morte pour avoir cru en le Droit et exigé son respect.

Si cette avocate est exceptionnelle dans sa détermination, le comportement du pouvoir turc, lui, ne l'est pas du tout dans le sens où il s'apparente à une pratique politique qui se pratique ailleurs.

La nuance à porter sur un phénomène assez global, comme l'actualité mondiale paraît l'illustrer, se situe surtout, semble-t-il, dans l'intensité et l'hypocrisie de la rhétorique qui sert à le justifier et que relaient les toutologues, les agents d'influence (des mercenaires de l'information), de la presse et de la communication, promoteurs de l'ultracrépidarianisme.

La Turquie, en effet, n'est pas un cas isolé des sociétés dites démocraties avancées.

Au contraire, comme elle le montre, un régime autoritaire existe par le soutien qu'il trouve y compris dans les démocraties, dont l'absence de rigueur sur leurs propres valeurs - faire des affaires entachées par le sang et la corruption n'est pas conforme aux droits humains -  interroge sur la possibilité de se qualifier ainsi.

La Turquie est financée par l'Union européenne pour faire barrage aux réfugiés qui fuient les guerre et la misère et dont le plan provoque de nombreuses noyades en mer ou des conditions d'internement contraires au droit fondamental européen.

La Turquie est soutenue par les USA - dont l'administration persécute notamment la liberté d'expression en la personne de Julian Assange et d'Edward Snowden - et elle est membre de l'OTAN.

La Turquie est également alliée à la Russie dont le pouvoir est mis en cause pour de nombreuses violations des droits de l'homme ; comme les gouvernements des USA, de la France, du Brésil, Malte, Hongrie, Chine,  par ex.

Tous ces pays - ou plus exactement leurs dirigeants car leur population peut être pas - s'accordent à continuer à faire affaires, quoiqu'il arrive et quelque soient les critiques qu'ils s'opposent officiellement (communication dont la contradiction avec les faits contribue à la perte de confiance de l'opinion et la perte de légitimité des institutions). Ces incohérences manifestes illustrent le peu d'importance que les dirigeants accordent au Droit et au respect de la dignité humaine qui en en est le principe matriciel.

Ce n'est pas mis en perspective ni dénoncé comme cela devrait l'être.

Sans analyse critique sérieuse de la politique pour faire échec à la kakistocratie,  la presse ne se hisse pas à la hauteur d'un engagement comme celui d'Ebru Timtik, ni du Droit qu'elle s'est appliquée à vouloir faire triompher jusqu'au bout de ses forces.

La mort d'Ebru Timtik met en lumière ce contraste entre la théorie et la réalité de la démocratie. 

Elle interroge aussi sur l'utilité à se battre et son issue funeste donne raison à ceux qui fuient les luttes.

 

Prolonger :

RFI : En Turquie, l’état de santé de deux avocats inquiète leurs confrères et les défenseurs des droits de l’homme. Incarcérés depuis presque trois ans, Ebru Timtik et Aytaç Ünsal ont entamé une grève de la faim il y a plusieurs mois. Leurs proches et leurs confrères les disent à bout de forces et réclament leur libération. Ils organisaient ce mardi une vidéo-conférence de presse. 

Erdogan, Poutine, Macron, Xi Jinping, Trump, Loukachenko, ... contexte qui interroge sur des convergences et une systématisation  :

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