Ces hommes, que l’on surnommait « les débiles de McNamara »

La définition unilatérale, mathématique et froide que donnent les chercheurs de l’intelligence sans jamais l’interroger pose question. Car qu’est-ce que mesure véritablement un test de QI ? Des aptitudes verbales, des capacités logiques et un certain niveau de performance cognitive. Cela suffit-il vraiment à définir l’intelligence d’une personne ou d’une population ?

https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-la-philo/etes-vous-intelligent

La question n’est pas neutre. Elle a pu même provoquer de véritables drames, comme en témoigne le funeste "Projet 100 000" lancé par le secrétaire à la Défense américain Robert McNamara dans les années 1960, en pleine du guerre du Vietnam. Le complexe militaire américain était alors à son apogée et l’argent investi dans le combat coulait à flot. Les Américains étaient prêts à gagner la guerre. Seul problème, l’armée manquait cruellement de soldats. Les jeunes en âge de combattre multipliaient les recours et les faux certificats médicaux. Pour pallier ce problème, McNamara, avec l’appui du gouvernement américain, avait alors décidé d’enrôler les hommes qui, jusque-là, avaient été réformés à cause d’un QI trop faible. Ces hommes, que l’on surnommait « les débiles de McNamara », et qui étaient, en réalité, au nombre de 350 000, ont donc été envoyés en première ligne et une grande majorité d’entre eux ont péri sous les balles. L’histoire est glaçante et semble sortir tout d’un droit d’un livre de science fiction. Elle est pourtant bien vraie. Et elle ne fait pas que révéler la folie de McNamara, elle donne à voir aussi la bêtise d’une vision bornée de l’intelligence.

La contradiction des armes est que la grande majorité des gens intelligents ne veulent pas faire la guerre (Erasme : " Dulce bellum inexpertis ") et qu'elles exigent de l'intelligence pour mener et gagner une guerre ("Ils s'instruisent pour vaincre" ; "Pour la Patrie, les sciences et la gloire" ; " Ils s'instruisent pour mieux servir" ; "Bien apprendre pour mieux servir" ; ...)

Les "débiles de Mc Namara" sont évoqués dans le film Forrest Gump

La baisse du QI est l'argument du film Idiocracy

Prolonger :

Les armées peinent à atteindre leurs objectifs en matière de recrutement

Plus de 70 % des Américains en âge pour l'armée inaptes au service en raison de problèmes de santé

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QI : les périls de l'ignorance - Le Point

On a tendance à ignorer que beaucoup des inégalités dans nos sociétés sont dues aux différences d'intelligence. Avec des conséquences parfois dramatiques.

Le destin de bon nombre des 100 000 (qui auraient en réalité dépassé les 350 000) n'est pas difficile à prédire. « Pour survivre au combat, il fallait être intelligent, écrit Gregory. Il fallait se servir d'un fusil, savoir le nettoyer pour qu'il reste opérationnel, savoir comment arpenter la jungle et les rizières sans se faire repérer par l'ennemi et comment communiquer et coopérer avec les membres de votre équipe. » Satisfaire ces exigences minimales de la survie sur un champ de bataille dépend d'un certain niveau d'intelligence verbale et visio-spatiale, que beaucoup des recrues de McNamara ne possédaient pas. Par conséquent, leur taux de mortalité au Vietnam fut trois fois supérieur à celui du reste des soldats américains.

Profession philosophe : Élisabeth de Fontenay

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