Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

230 Billets

2 Éditions

Lien 28 oct. 2021

Rapport Brazza: un secret d’État au grand jour

« Le rapport Brazza » fait appel à la fiction pour mieux raconter un sombre pan de l’histoire de la colonisation française en Afrique équatoriale. Sombre pan que dénonça en 1905 la mission dirigée par Pierre Savorgnan de Brazza, dont le rapport ne fut jamais rendu public et devint ainsi un secret d’État.

Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211028-rapport-brazza-un-secret-d-%C3%A9tat-au-grand-jour

Le 14 juillet 1903, au fin fond de l’Oubangui-Chari – actuelle Centrafrique –, deux fonctionnaires coloniaux, Georges Toqué et Fernand Gaud, « célèbrent » la fête nationale française en faisant sauter à la dynamite un « indigène », comme on dit à l’époque, alors en prison. À Paris, la nouvelle est connue en janvier 1905 : le scandale est énorme, la presse s’en empare. À l’issue de trois jours de débats, les députés réclament qu’on envoie une inspection. Le ministre sollicite Pierre Savorgnan de Brazza, explorateur en retraite, celui-là même qui, dans les années 1880, permit à la France de créer la colonie du Congo.

Au cours d’une mission de six mois, avec une dizaine de collaborateurs, Savorgnan de Brazza constate, effaré, que les exactions à l’encontre des populations sont monnaie courante. Malheureusement, il meurt sur le chemin du retour. « Son » rapport est rédigé à Paris par de hauts fonctionnaires, qui ne dénaturent pas trop son propos - sinon en dédouanant l’administration française pour accabler les sociétés concessionnaires privées, qui exploitent le caoutchouc. Le ministre des Colonies, qui avait donné sa parole que le rapport serait publié, ne le fait pas. Deux remaniements ministériels plus tard, vers 1907, c’est finalement le président de la République qui tranche : le rapport ne sortira pas. Le secret d’État est là.

(...)

Dans les années 1960, Catherine Coquery-Vidrovitch prépare sa thèse d’État. Son sujet ? « Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930 ». Elle multiplie les recherches. Dans la masse des documents consultés, elle découvre un exemplaire du rapport – probablement celui du ministre. Elle en photocopie les 120 pages, l’utilise, le cite et le référence dans sa thèse, publiée en 1972. Dans un petit cercle de spécialistes, on sait désormais qu’une copie a été retrouvée. Pour autant, l’opinion publique ne s’y intéresse pas plus que ça. La vie reprend ses droits, et l’historienne sa carrière d’enseignante.

Regarder l’histoire en face

Il faut attendre la toute fin du XXe siècle pour que naisse, en France, l’intérêt du grand public pour l’histoire coloniale. Avec la manifestation, en 1998 à Paris, autour des 150 ans de l’abolition de l'esclavage de 1848, puis avec la loi que Christiane Taubira fait adopter le 10 mai 2001 et qui reconnaît la traite et l'esclavage comme crimes contre l'Humanité, la France commence à regarder son histoire en face, et notamment comment l’esclavage s’articule avec la colonisation. Bientôt, un éditeur propose à Catherine Coquery-Vidrovitch de publier le rapport Brazza : le texte de 1905, accompagné de compléments et de tout un appareil critique, paraît en 2014. Quatre ans plus tard, le rapport Brazza se transforme en bande dessinée avec Congo 1905, par Tristan Thil et Vincent Bailly.

Sur You tube : https://www.youtube.com/watch?v=zw_iAwGD7so&t=327s

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal — Extrême droite
L’extrême droite et ses complicités tacites
Au lendemain de l’agression de journalistes et de militants antiracistes au meeting d’Éric Zemmour, les rares condamnations politiques ont brillé par leur mollesse et leur relativisme. Au pouvoir comme dans l’opposition, certains ne luttent plus contre l’extrême droite : ils composent avec elle.
par Ellen Salvi
Journal — Social
La souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal
Sylia (SOS Racisme) : « On n’avait pas anticipé la violence de la réaction de la salle »
Ce soir, retour sur le meeting d’Éric Zemmour à Villepinte avec notre reportage et notre invitée, Sylia, militante de SOS Racisme. De la violence dehors, de la violence dedans, et de nouvelles preuves que le candidat de l’extrême droite est bien, aussi, le candidat de l’ultradroite. Retour également sur les enquêtes « Congo hold-up » avec nos journalistes, Justine Brabant et Yann Philippin.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Ministre des Outre mer
La Nouvelle-Calédonie connaît depuis le 6 septembre une dissémination très rapide du virus qui a provoqué, à ce jour, plus de 270 décès dont une majorité océanienne et en particulier kanak. Dans ce contexte le FLNKS demande le report de la consultation référendaire sur l'accession à la pleine souveraineté, fixée par le gouvernement au 12 décembre 2021.
par ISABELLE MERLE
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan
Billet de blog
1er décembre 1984 -1er décembre 2021 : un retour en arrière
Il y a 37 ans, le drapeau Kanaky, symbole du peuple kanak et de sa lutte, était levé par Jean-Marie Tjibaou pour la première fois avec la constitution du gouvernement provisoire du FLNKS. Aujourd'hui, par l'entêtement du gouvernement français, un référendum sans le peuple premier et les indépendantistes va se tenir le 12 décembre…
par Aisdpk Kanaky
Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa