Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher

Opposer usagers et salariés des chemins de fer n’a guère de sens quand tous vivent la dégradation du service au nom d’un désengagement public que le gouvernement veut renforcer. Et que penser des proclamations sur la sauvegarde du climat quand on torpille le rail en faveur de la route ? par Benoît Duteurtre

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/04/DUTEURTRE/58542

Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher. Celle que je fréquente le plus régulièrement, entre Nancy et Saint-Dié-des-Vosges, a pourtant subi toutes les économies possibles. Je ne parle pas seulement des trains poubelles (ces vieilles rames rouillées et taguées) qu’on nous avait imposés pendant quelques années, faute de mieux. Ils se sont vus remplacés, depuis, par les navettes Bombardier, qui ont encore le goût du neuf, même si elles font un peu camelote avec leurs éléments plastifiés qui claquent pendant le trajet et leur accoudoir unique à partager entre deux sièges… Mais, pendant ce temps, les baisses de coût ont continué : de nombreux trains ont été supprimés hors des heures de pointe et remplacés par des autocars qui mettent deux heures au lieu d’une pour accomplir le même trajet ; puis les contrôleurs ont disparu dans une partie des rames, si bien qu’on se retrouve abandonné en cas de problème sur la ligne, ce qui est fréquent. Pas de précision, pas d’information. On arrive quand on arrive. Et les attentes sont parfois longues. Autrefois, les services techniques intervenaient immédiatement. Aujourd’hui, pendant que nous patientons en pleine voie, toute décision doit remonter dans les étages de la compagnie et de la région qui finance.

Comme, en outre, la SNCF ne se donne plus la peine d’articuler les lignes secondaires avec son réseau TGV, on rate la correspondance si le train arrive en retard, et tant pis pour nous. En cette époque de connexions, les mondes ferroviaires ont oublié l’interconnexion. C’est pourquoi, sans doute, les annonces diffusées dans les voitures nous rappellent avec une telle insistance que nous ne sommes pas les usagers d’un service global, mais les clients de diverses marques : la marque ultramoderne TGV rayonne sous d’autres cieux que la marque Intercités et son réseau délabré, où les raccommodages urgents provoquent d’incessants ralentissements, où les pannes de locomotive compromettent les départs, tandis que les vaillants (...)

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