Le devenir Egyptien.

L'Égypte est un pont entre l'Afrique et le Moyen-Orient.Son histoire remonte à l'époque des Pharaons. Des monuments millénaires bordent les berges de la fertile vallée du Nil .Cependant aujourd'hui le pays traverse une vague de crise identitaire, politique, économique et religieuse sans précédents.

Le Caire Pyramides © Patrick Compas

Le Caire. Egypte.

« Je suis installé au légendaire café El Fishawi dans le quartier khan Al Khalili devant un thé à la menthe fumant le Narguilé je m’interroge alors ? »« Qui sont les Egyptiens ? ou en sommes-nous politiquement, religieusement, économiquement »

« La question copte »

Les Chrétiens Coptes sont à nouveau victimes de violence meurtrières. Le nombre de Coptes est l'un des secrets les mieux gardés en Égypte. La France compte également une diaspora Copte relativement importante. Elle est composée d'Égyptiens et de descendants d'Égyptiens venus surtout durant les années 1970.

Violents attentats, du 1er janvier 2011, demeura une journée noire pour la communauté Copte, dans les églises, puis l’attentat du vendredi 29 décembre 2017 à l’église Mar Mina à Hélouân tout comme leurs compatriotes Musulmans dans la mosquée Soufi Al Rawda du Sinaï par les terroristes de l’EI du 24 nov. 2017.

Les Chrétiens ne sont pas les seuls à subir l’omniprésence d’un Islam qui veut occuper seul l’espace public. L’islamisation des sociétés Arabes doit beaucoup aux mouvements Islamistes, comme les Frères Musulmans en Égypte, mais aussi à l’action des pouvoirs en place.

« Si le monde Arabe devait se vider de ses Chrétiens, il perdrait beaucoup de sa capacité à affronter l’avenir. »

Si les Chrétiens d’Orient sont Coptes, Chaldéens, Assyriens ou encore Maronites, ils sont tous Arabes. Une diversité qui ne remet pas en cause leur culture commune. Leur arabité est l’élément qui les unit à ceux qui vivent avec eux les Arabes musulmans et autrefois les Arabes juifs. Il est temps de prendre conscience que toutes ces églises sont Arabes. L’âge d’or de l’Orient, quand les Arabes cohabitaient entre juifs, Chrétiens, Musulmans Chiites, Sunnites ; lorsque la question du « vivre ensemble » ne se posait pas.

Autant de questions légitimes, ici comme ailleurs.

Ils sont les racines historiques de ce pays. Souvenez-vous de la lointaine Nubie, terre d’Afrique noire, jadis terres des Pharaons.

Les Coptes remontent à l'aube du Christianisme, à l'époque où l'Egypte est intégrée à l'empire Romain puis à l'empire Byzantin après la disparition de la dernière dynastie pharaonique des Ptolémées, d'origine Grecque. Le mot "Copte" a d'ailleurs la même racine que le terme "Egyptien" en grec ancien.

Leur déclin commence avec les invasions Arabes du VIIème siècle et l'islamisation progressive du pays, l'Égypte passe successivement sous la domination des Omeyyades, des Abbassides et des Fatimides. La dynastie des Ayyubides (1171-1250) de Saladin est suivie de la garde Turque des Mamelouks. Durant toute cette période les Coptes, considérés comme des « Gens du Livre », conservent leurs représentants religieux. Aujourd’hui l’Egypte est dans son immense majorité musulmane Sunnite.

Les Coptes sont présents à travers tout le pays, avec des concentrations plus fortes en Moyenne-Egypte. On les trouve également dans toutes les catégories sociales. Certains Coptes s'exilent en Ethiopie, développent l'Église Chrétienne et participent au commerce en Afrique de l'Est entre l'Éthiopie, l'Arabie, l'Inde, l'Indonésie.

Femme Copte église Assouan © Patrick Compas

   Assouan. Egypte.

« Je quitte le Caire afin de me rendre vers Assouan Hôtel Old Cataract près du Nil. C’est ici que j’ai mon rendez-vous »

Rencontre puis Entretien avec Moufid Mansour Sociologue, Egyptologue, spécialiste de la question Copte. Nos interviews se feront toujours dans la plus grande discrétion pour des raisons de sécurité. Car le danger est omniprésent par les détracteurs de cette tolérance puis liberté religieuse. Pour ce faire nous le ferons, à bord d’une felouque, équipage Copte, loin des rues, au fil des rives du Nil.

Moufid explique :

 « S'ensuivront plusieurs jours d'indignations et de protestations de la part de la minorité religieuse Copte, ainsi que divers affrontements avec les forces de l'ordre Egyptiennes. La communauté Copte participa activement à la révolution Egyptienne du 25 janvier 2011, les jeunes Coptes fraternisant avec les jeunes Laïcs et Musulmans sur la place Tahrir au Caire relancèrent les enjeux portant sur les populations Chrétiennes au Moyen-Orient et leur sécurité, visant à obtenir l'accès des Coptes aux plus hautes fonctions publiques, la suppression de la référence à la Charia dans la Constitution et de la mention de l'origine religieuse sur la carte d'identité Egyptienne.

Soutenant le coup d'État du 3 juillet 2013 en Égypte contre le président Mohamed Morsi à la suite de ses abus de pouvoir, les Coptes seront pris pour cibles par les Frères Musulmans, notamment en août 2013, où ils sont victimes de violences. « Les Frères et leurs alliés ont brûlé une cinquantaine d’églises, s’en sont pris à des établissements et des commerces Coptes, puis agressés des passants qui portaient la croix ». Les Coptes se sont battus contre les Français et les Anglais pour l’indépendance. Lors des manifestations de 1919, la mosquée Al-Azhar a servi de refuge aux Coptes. Parmi eux, se trouvait un prêtre, Abuna Sergios, qui y fit un discours franchement antibritannique. Les Anglais, en représailles, fermèrent ce haut lieu de l'Islam Sunnite. Le prêtre ouvrit alors les portes de son église aux manifestants, Chrétiens puis Musulmans ».

Le grand Imam d’Al Azhar, Dr Ahmed Tayeb a également dénoncé ces attentats dans le quotidien « le progrès égyptien » du 30 déc. 2017 appelant les musulmans à prendre part aux célébrations de Noël avec leurs frères coptes constatant que cet acte ciblait la cohabitation puis l’unité entre musulmans et coptes.il s’est également entretenu avec le patriarche d’Alexandrie et de Saint Marc, le pape Tawadros II, en mettant l’accent sur le fait que ces crimes lâches et ignobles n’ont ni valeurs ni religions. Quant au président Abdel Fattah Al Sissi il a assuré aux partenaires internationaux, l’importance de conjuguer les efforts afin de lutter contre le terrorisme.

« C’est au fil des rives du Nil à bord du fameux Steam Ship Sudan en direction du lac Nasser que je songe tout en fumant ma pipe de tabac Anglais sur le pont supérieur. Quel devenir pour l’Egypte ? »

« Ce qui reste de ce pays de positif : c’est son patrimoine mondial. » me dit Moufid en larmes.

Le tourisme va mal, chute de la fréquentation des visiteurs sur les sites passés de 14 à 5millions par an entre 2011 et 2017. Les problèmes politiques puis religieux demeurent, les attentats continuent, l’économie subsiste grâce au Canal de Suez mais pour combien de temps encore ? les tensions entre les pays voisins, à propos des barrages sur le Nil s’accentuent, avec le Soudan puis l’Ethiopie.

« La question Nubienne »

Rencontre avec un Nubien ville d'Esna prés d'Assouan © patrick compas

Entre exil, migrations et discriminations.

Parlez-vous Matoki ou Fejeki ? la communauté nubienne est touchée violement par la crise sans précédent en Egypte. D’autre part les Nubiens subissent une augmentation de la discrimination, privés pour la plupart des revenus du tourisme. Certains regrettent déjà les anciens villages et les champs de la basse Nubie, irriguée par le Nil aux confins du Soudan. La plupart vivent à Assouan mais l’explosion démographique du pays notamment au Caire incitent les égyptiens à se déplacer vers les villes de la moyenne Egypte provoquant une expulsion de cette communauté, vers des terres de plus en plus arides et désertiques et de rendre les nubiens au statut de réfugiés. Les rivalités sont omniprésentes et demeurent entre les égyptiens et les nubiens, rivalités historiques sorte de racisme envers les noirs, fondées sur le refus catégorique d’admettre qu’ils sont les ancêtres puis descendants directs des pharaons, alors qu’ont à toujours prétendus qu’ils étaient leurs esclaves. « Nous avons une culture africaine, cependant, nous sommes égyptiens ; m’explique Abbas batelier sur sa felouque, notre identité culturelle est menacée par la majorité arabe de ce pays. » injustice, qui d’ailleurs provoqua des conflits majeurs à Assouan en avril 2014 des suites de vente de terrains nubiens par les frères musulmans à des multinationales sans consulter leurs occupants.

« Les enfants du Nil »

Vallée du Nil prés d'Assouan © Patrick Compas

La guerre de l’eau va commencer. Le Soudan menace l’Egypte de guerre, si elle ne partage pas les eaux du Nil.

Autre grande préoccupation pour le pays, la gestion de l’eau du Nil, avec ses voisins historiques : le Soudan puis l’Ethiopie. 80 %des eaux du Nil proviennent de l’Ethiopie, le fleuve aujourd’hui peine à satisfaire les 92 millions d’habitants qui dépendent de lui pour l’eau potable, l’agriculture puis l’industrie. Les dirigeants égyptiens essaient de se rassurer en espérant que les États dissidents auront du mal à trouver des capitaux. C'est compter sans la Chine, qui finance déjà de nombreux chantiers et agira selon ses intérêts. Le Nil est pollué par l’ammoniac, le plomb, les pesticides qui mettent en péril, les populations mais également la faune des deltas selon l’ONG Qatari Ecomena.

En 2025 face à l’explosion démographique 100 millions d’habitants, l’Egypte pourrait faire face à une grave pénurie d’eau. L’Ethiopie et son barrage hydroélectrique Renaissance sur le Nil bleu pourrait déstabiliser les capacités du débit sur le territoire égyptien, en aggravant la crise économique, plus inquiétant encore le Soudan menace l’Egypte de guerre, facteur d'inquiétude supplémentaire pour Le Caire, qui risque d'entériner la sécession de la partie sud du Soudan, où transite le Nil Blanc. Or l'Éthiopie et l'Ouganda figurent parmi les alliés historiques de l'ancienne guérilla du Sud, futur gouvernement de l'éventuel nouvel État. Ce n'est pas une bonne nouvelle, entre autres, pour le chantier du canal de Jonglei, situé au Sud-Soudan et toujours en panne malgré la fin de la guerre civile Nord-Sud en 2005. L'Égypte compte beaucoup sur ce projet, qui devrait améliorer le débit du Nil Blanc. En effet, le Soudan ne recevra pas seulement une partie de l'électricité produite par le nouveau barrage : ce dernier permettra d'éviter l'inondation de ses régions côtières et même d'améliorer son approvisionnement en eau grâce à la stabilisation de l'affluent du Nil.

« Dans l’inquiétude de la montée de l’intégrisme »

Policier Egyptien devant une église Copte accompagné de ses filles © Patrick Compas

Après les églises Coptes, les terroristes s’attaquent aux mosquées ciblant les Sunnites et Soufistes.

Un vendredi, dans la mosquée Soufi, d’Al Rawda dans le village du Sinaï de Bir Al Abed, 235 fidèles perdaient la vie pendant la prière, du jamais vu dans le pays, c’est l’islam qui est attaquée dans ses fondements mais également la communauté Sunnite. Cette mosquée suivait le courant mystique Soufi considéré comme hérétique par les intégristes, mais elle était fréquentée également par des tribus locales impliquées dans la lutte contre le terrorisme et djihadistes. L’Egypte est en crise religieuse, politiquement puis économiquement, une grande partie de la jeunesse égyptienne vit mal ces problèmes sociologiques 80 % de chômeurs entre 15 et 30 ans soit 60%de la population du pays alors parfois certains perdent espoir, s’égarent, se perdent dans l’extrémisme religieux qui afflige actuellement l’islam puis subissent la tentation du djihadistes rejoignant les troupes de l’EI. Ces nébuleuses terroristes essaient de déstabiliser le pays à des fins politiques, espérant ouvrir un nouveau front en alliance avec la Libye. L’Egypte représente une voix charismatique, une puissance écoutée dans le monde arabe. De plus elle possède un atout majeur son Canal de Suez, couloir commercial entre l’Occident puis l’Asie en passant par l’Orient qui dans le cas tombé entre les mains des terroristes serait une catastrophe, une tragédie pour le pays mais également pour les pays frontaliers qui ruinerait tout une partie du monde arabe.

Du faste des dynasties pharaoniques, à l’ère moderne de l’islam, l’Egypte en quête d’une nouvelle identité, arrivera-t-elle à surmonter tous ces obstacles, ces dérives, en gardant son cap, tel une felouque sur son fleuve sacré et adulé le Nil. 

Reportage et propos recueillis par Patrick Compas en Egypte le 3 janvier 2018.

 

 

 

 

 

 

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