BO KAAP L'ISLAM SUD AFRICAIN

Devant la petite échoppe, je m’installe sur l’unique table, on m’apporte un thé à la menthe, un assortiment de petits gâteaux sucrés. A défaut de narguilé, j’allume ma pipe, la discussion ne se fait pas attendre avec les habitants de passage,après des « Salamaleikum » dignes de ce nom. Mais qui sont ces populations musulmanes ?

Traversant rues et ruelles au son de l’appel à la prière effectué par le Muezzin du quartier, je crus ne serait-ce qu’un instant être en Orient. Bismillah in Bo-Kaap, le quartier musulman de la ville de Cape Town en Afrique du Sud.
Devant la petite échoppe, je m’installe sur l’unique table, on m’apporte un thé à la menthe, un assortiment de petits gâteaux sucrés. A défaut de narguilé, j’allume ma pipe, la discussion ne se fait pas attendre avec les habitants de passage,après des
« Salamaleikum » dignes de ce nom.
Mais qui sont ces populations musulmanes ?
Certainement pas des Arabes, encore moins des gens du Proche et Moyen Orient. Ce sont des Malais, descendants d'esclaves originaires de l'actuelle Malaisie, d'Inde et d'Indonésie qui furent déportés par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à partir du XVIIème siècle à servir dans la colonie du Cap, pour pallier la pénurie de main d’œuvre et éviter les conflits avec les populations locales pastorales. Après l'abolition de l'esclavage des colonies britanniques en 1834, les Malais demeurèrent au Cap, principalement à flanc de colline de Signal Hill près de Schotsche Kloof où ils formèrent une communauté à part entière principalement d’ouvriers et d’artisans.
Il règne ici un art de vivre, un monde à part comparé au reste de la ville, c’est bien cela le problème aujourd’hui, car ce quartier pittoresque est en sursis du fait de sa position géographique, son architecture au style Cape Dutch empreint de l’époque des premiers colons, courtisé par les promoteurs immobiliers qui souhaiteraient en faire une vitrine un quartier à la mode, branché, afin de promouvoir le phénomène de gentrification engendré par les nouveaux riches du pays.

afrique du sud Bo Kaap © patrick compas

« L’Islam Sud-Africain est né ici » m’explique un habitant, « nous perpétuons les traditions de nos ancêtres, nous devons résister à tous prix afin d’éviter notre expulsion » les habitants ont in extremis empêché la vente aux enchères d’une partie du terrain sur lequel réside actuellement le cimetière ancestral Tana Baru.
Premier cimetière musulman du pays qui accueille notamment les dépouilles de plusieurs pionniers de l’Islam Sud-Africain. Aucune comparaison possible avec l’Apartheid dans ce processus gouvernemental, car dans le cas des habitants de Bo-Kaap il n’y a pas de discriminations raciales, si tant est qu’ils aient subis les mêmes troubles que les noires par le passé, car considérés eux aussi comme des esclaves, cependant, aujourd’hui, c’est tout simplement, si l’on peut dire, une problématique sociale.
Selon la légende, les couleurs vives de Bo-Kaap trouvent leurs origines dans la joie des habitants lorsque ils furent enfin autorisés à acheter leurs maisons. D’autres disent que les murs ont été peints en célébration de l’Aïd, la cérémonie de fin du Ramadan, lors de laquelle les croyants revêtent des couleurs vives. Si l’origine de ces maisons bigarrées est floue, une chose est certaine : sans ses habitants, Bo-Kaap n’aurait pas le même charme.

Patrick Compas Afrique du Sud Le Cap Janvier 2020. crédits photos Pcompas.

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