Evolution pour Mediapart mais pas révolution

Changement historique dans la structure capitalistique de la société commerciale classique "médiapart", les fondateurs sanctuarisent leur création en transférant à un fonds de dotation à but non lucratif l'ensemble du capital. Ils garantissent pour l'éternité (?) l'indépendance du journal. Et alors ?

J'avais juré de jamais y revenir, mon dernier texte date de 2014...

Et puis il y a eu cet article des fondateurs de Médiapart. Et puis un live que j'ai regardé deux fois. Avec à la fin de la deuxième audition un drôle de goût, une impression étrange... Tout le monde semblait conquis et satisfait, les fondateurs avaient une fois de plus ouvert une porte que personne n'avait même imaginé entr'ouvrir avant eux...Même le représentant des salariés, qui précise être de le CGT (un dur à cuire, un à qui on ne l'a fait pas!) semble ravi de la procédure et des résultats du vote.

Mais de quoi nous parle-t-on ? Rien d'autre que d'un processus d'évolution capitalistique. Le capital de la société commerciale classique "Médiapart"est entièrement transféré à un fonds de dotation à but non lucratif qui assurera une mission d'intérêt général : l'indépendance de la presse, ce qui n'est pas rien ! Il devra aussi veiller à l'avenir du journal en obligeant une remontée régulière d'excédent pour garantir les jours plus difficiles. Ce qui est beaucoup !

On nous montre même que tout à été fait dans les règles : l'entreprise a été expertisée et que la valorisation est la moyenne des estimations faites, elle s'élève à 16,3 M€. Les actionnaires recevront la juste récompense du risque qu'ils avaient pris etc...etc...

Mais alors qu'est-ce qui me gène et d'où vient ce goût amer ? Je suis abonné depuis longtemps pour cette indépendance donc je devrais être content.

Et bien, un peu comme dans Cyrano, j'ai envie de dire c'est un peu court madame, messieurs les fondateurs !

Naïf que je suis,  je pensais que les combats que vous meniez, l'étaient au nom d'un autre modèle sociétal.

Dans la  présentation de votre recherche d'une solution pour garantir cette indépendance économique qui protège l'indépendance éditoriale, vous évoquez l'actionnariat salarié mais très vite vous le repoussez. Votre expérience au Monde ou ailleurs sont, affirmez-vous, la preuve d'un chemin sans issue. Vous ne parlez pas de la publication "Alternatives économiques" et de sa structure coopérative. Vous ne mentionnez même pas l'économie sociale et solidaire où des expériences sont à l'oeuvre. Trois axes structurent l'ESS : une économie qui ne soit plus séparée du politique; une pratique nouvelle de l'économie, plus démocratique et plus solidaire; un mode de gouvernance démocratique.

Le marqueur fort de l'ESS est le mode de gouvernance, c'est à dire le partage du pouvoir et donc le courage de décider ensemble et c'est certainement ce dont vous ne voulez pas. Et pourquoi pas ! C'est votre entreprise cela reste votre bien, vous pouvez donc faire ce qu'il vous plait. Vous avez réussi ce à quoi vous teniez le plus: l'indépendance. Mais vous n'ouvrez aucune autre piste nouvelle.

Car de votre projet, il n'y a rien à retenir pour moi, entrepreneur social et solidaire. Je veux être un acteur engagé et agissant pour le changement c'est dire que je veux réussir à repenser nos statuts, à affirmer nos modes de gouvernance et à retravailler nos pratiques pour plus de démocratie et pour une économie non seulement réparatrice mais porteuse d'une transformation sociale. Ce n'est pas votre modèle. Vous êtes et restez des journalistes certes éclairés et évolués mais pas des révolutionnaires. 

J'espère formuler et organiser un projet économique alternatif ! Prendre des risques en quelque sorte...

Patrick DYCKE

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.