A propos de la gouvernance des hôpitaux

Voici un témoignage qui nous laisse entrevoir où va nous mener la politique sociale de la République en marche :

Quelqu'un de ma famille qui vit au Canada a un problème au cerveau. Il a subi il y a 3 semaines une opération au cerveau qui a duré 2 heures, visant à installer une valve permettant l'évacuation du liquide céphalo-rachidien en surpression, cause de très violentes douleurs et d'autres troubles. Le soir même de l'opération il était renvoyé chez lui (à une heure en voiture) contre l'avis du chirurgien qui n'a en l'occurence aucun pouvoir de décision face à l'administration de l'hôpital. Pendant une semaine il continue de souffrir le martyre, voit double et est incapable de se lever. Sa femme appelle l'hôpital où il a été opéré qui refuse de l'accueillir (pas de lit disponible) et l'envoie aux urgences dans un autre hôpital. Après 4 heures d'attente il voit une interne qui fait une erreur de soin et le renvoie chez lui. Encore une semaine de souffrance qui le mène à une seconde opération pour changer la valve, la première étant moins performante (choisie pour des raisons d'économie !). Retour à la maison le jour même, idem. Après encore plusieurs jours, toujours pas d'amélioration de son état. Le chirurgien appelle tous les jours et lui fait finalement subir une série d'examens plus poussés qui semblent indiquer l'origine de ses troubles et de sa souffrance. La moelle épinière semble être touchée par la trop grande pression cérébrale pendant ces trois semaines d'attente. Un troisième opération est décidée, le chirurgien fait des pieds et des mains auprès de l'administration pour obtenir que le malade puisse cette fois rester plusieurs jours en observation à l'hôpital, ce qui aurait dû être le cas dès le début.

Voilà à quoi conduit un système qui donne tous pouvoirs à de brillants “gestionnaires”, persuadés être les seuls à savoir compter et que les médecins ne cherchent qu'à gaspiller, qui, avec leurs calculs stupides et leurs fausses économies, mettent la vie des patients en danger. Par chance, le personnel soignant, médecins et infirmières mal payées et en sous-effectif, par sa grande compétence et un dévouement infini, compense en partie l'incurie d'une direction toute puissante, sourde et aveugle.

C'est pour éviter d'en arriver à ce genre de situation qu'il faut se battre en France contre les mesures ultra-libérales qui fragilisent gravement notre système de santé, comme tous les autres services publics. Ne nous y trompons pas, c'est bien cela que veut nous imposer notre gouvernement dont le but est de tout privatiser et d'instaurer une politique du chacun pour soi, au détriment du principe de solidarité à la base de tout notre système social instauré après la Libération. Et il faut refuser le prétexte des soi-disant finances publiques insuffisantes, alors que le Cice a coûté plus de 100 milliards depuis son instauration, que la suppression de l'Isf coûte chaque année à l'Etat 3 milliards, etc... le tout sans aucune incidence positive pour l'emploi.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.