Chantons la Marseillaise « AA AA... » plus fort que ses paroles, ou sifflotons-là !

Nous chantons la Marseillaise, par fidélité à la République et à son idéal de Liberté, Égalité et Fraternité. Mais nous refusons de chanter ses paroles violentes, racistes et criminogènes. Tant qu’un concours national n’aura pas donné à cet hymne des paroles dignes du pays des Droits de l’Homme, nous chanterons « AA AA A A AAAA   AA AA A AAA…. », ou nous la siffloterons !

La Marseillaise est sans doute l’hymne national le plus célèbre au monde, symbole universel de la lutte d’un peuple pour la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, affirmés dès l’article 1 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Mais ses paroles, choisies dans la hâte d’une nuit, sont loin d’être à la hauteur. En particulier le « sang impur », dont certains ont voulu nier l’atrocité, dénoncée par Jaurès, en adhérant à la fake news qui affirme qu’il s’agissait du sang des soldats français. Si ce « sang impur » désignait sous la Révolution les ennemis de la Liberté, il a de plus acquis depuis une connotation clairement raciste.

Or les mots ont un pouvoir. En cas de conflit ou de guerre, il n’est très souvent plus possible de remettre ces mots dans leur contexte, et leur sens naturel revient alors au galop dans nos esprits ou dans celui de nos adversaires.

Ainsi, le « sang pur » de l’hymne algérien est certainement une réponse au « sang impur » de la Marseillaise, comme le « sang pur » des Révolutionnaires répondait aux nobles, traitant le peuple de « sang impur » avant 1789.
De même, le « sang pur » des Hitlériens ne peut qu'être une réponse au « sang impur des Boches », que les Allemands dans les tranchées de 14-18 entendaient dans la Marseillaise et de nombreux autres chants, ou lisaient dans des textes français.

Dans ces trois cas, l’Histoire nous a apporté une leçon identique : ceux qui sont humiliés et traités d’ « impurs » revendiquent dans une légitime fierté un « sang pur », et, incapables d’envisager des compromis sans domination, déchaînent à leur tour une violence sauvage contre leurs ennemis qu’ils qualifient d’« impurs ».

Loin de nos discours théoriques, l’idéologie du pur et de l’impur se transmet ainsi, transformant nos batailles en boucheries et ce chant de Liberté en un hymne raciste et criminogène. Ainsi Michel SERRES dénonçait-il « ces paroles ignobles de la Marseillaise où on parle du sang impur des ennemis, qui est un mot d'un racisme tel qu'on devrait avoir honte de l'enseigner aux enfants…  Ce n'est pas seulement un imaginaire raciste, c'est une tradition qui a été si longue qu'elle a fondé beaucoup de traditions politiques, beaucoup de philosophies du droit ».

Désormais, tant qu’un concours national n’aura pas donné à cet hymne des paroles dignes des valeurs de Liberté, Égalité et Fraternité que nous partageons toujours, nous invitons les Français, et en particulier les jeunes, à chanter la Marseillaise « AA AA A A AAAA AA AA A AAA…. », plus fort que ses paroles, ou à la siffloter !

 

Un développement argumenté de ce texte se trouve sur https://lamarseillaiseaa-aa.jimdofree.com/

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