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Billet de blog 1 déc. 2020

Je me souviens de la lutte des classes

patrick rodel
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                  Je relis très rarement ce que j'ai écrit, mais je cherchais un texte précis que je n'ai d'ailleurs  pas retrouvé et je suis tombé sur celui-ci, écrit en 2011.Et je me dis qu'il éveillera peut-être quelques échos, presque dix ans plus tard, ici ou ailleurs. Le voici.

                 Je me souviens de la lutte des classes. Qu'il fallait se battre pour survivre, pour sauvegarder un peu de dignité, pour arracher quelques miettes au gâteau qu'ils voulaient garder pour eux, alors que nous avions sué sang et eau pour le faire. Ils disaient que nous prônions la lutte des classes, que c'était très mal de dresser les citoyens les uns contre les autres, que les riches ne pensaient qu'à augmenter la richesse de tous et qu'ils prêtaient même de l'argent aux pauvres pour qu'ils puissent, eux aussi, avoir tout le confort moderne, ils défendaient l'alliance du capital et du travail !!! Autant dire de la carpe et du lapin...

               Je me souviens de la dénonciation des multinationales qui, par-dessus les frontières, réalisaient des bénéfices qui dépassaient parfois le PIB de certains pays, qui dictaient aux gouvernements des mesures qui leur étaient favorables, qui s'arrangeaient pour ne pas payer d'impôts. Ils disaient que nous nagions en plein fantasme : pourquoi ne pas dénoncer les 200 familles, tant que vous y êtes! Ringards, passéistes, inaptes à comprendre les lois élémentaires et naturelles de l'économie politique. Eux-mêmes donnaient beaucoup d'argent aux économistes pour qu'ils énoncent "scientifiquement" les dites lois.

              Je me souviens des valets du capitalisme qui mettaient toute leur énergie et leur intelligence au service des capitalistes; lesquels les récompensaient généreusement en leur offrant des prébendes juteuses. Mais ils disaient que la pensée est libre et que c'est du totalitarisme que de dénoncer les théories brillantissimes des essayistes affairistes ; d'ailleurs, ce n'est pas de leur faute, disaient-ils, si les élèves les plus brillants sortent des lycées les plus huppés et entrent dans les plus grandes écoles, ils ne vont quand même pas mettre leurs enfants dans les établissements des quartiers suburbains.

             Je me souviens de l'idéologie dominante qui empoisonnait les esprits dès leur plus jeune âge, grâce à la complicité des principaux médias et des organisateurs des jeux du cirque ou du stade ; mais c'est nous qu'ils traitaient d'idéologues et qu'ils accusaient de faire de la propagande quand nous distribuions quelques malheureux tracts. ou que nous osions contester leur(bon) droit.

            Je me souviens de la dictature du prolétariat - le mal absolu - même Marchais (mais qui s'en souvient ?) l'avait supprimée. Ils disaient que c'était la plus sanglante qui soit, ils tremblaient d'indignation à l'idée que des prolos puissent être aux postes de commande, ils se délectaient des crimes du stalinisme soviétique qui en donnait l'image la plus immonde - et en cela ils n'avaient pas tort mais s'exonéraient du même coup des crimes qu'ils accomplissaient au nom de la liberté.

          Je me souviens du rêve révolutionnaire. Rêve révolu...

          Je me souviens de Marx.

          Avez-vous oublié, mes camarades, ces outils qui nous permettaient d'être en prise avec le réel et de mener des combats qui n'étaient pas tous inutiles ? vous les avez laissé tomber et en même temps vous vous êtes faits à l'idée que les choses étaient ce qu'elles sont parce qu'elles ne peuvent pas être autrement. Des riches et des pauvres. Des riches toujours plus riches. Des pauvres toujours plus nombreux et toujours plus pauvres. Plus de classe ouvrière. Plus de syndicats ouvriers. Plus de parti ouvrier. Plus de projet commun, mais la défense obtuse de quelques avantages acquis

          Eux n'ont pas oublié, je vous l'assure. Ils n'ont pas oublié leur frousse à l'idée qu'ils pourraient tout perdre. Et tout ce qui leur avait été arraché, par de rudes combats, vous vous souvenez ? les congés payés ! la sécurité sociale ! la retraite par répartition ! etc. ils sont bien décidés à le casser définitivement, histoire de vous, de nous ôter une fois pour toutes l'envie de changer le monde. La lutte des classes, ils ne l'ont pas oubliée et entendent bien la mener jusqu'à son terme. Les multinationales, ils ne les ont pas oubliées mais simplement dissimulées derrière les oripeaux de la mondialisation. L'idéologie dominante, ils ne l'ont pas oubliée et ils ont su faire le nécessaire pour qu'elle domine encore plus tôt et encore plus les esprits. La dictature, ils ne l'ont pas oubliée non plus ; ils se sont seulement assurés qu'eux seuls et leurs maîtres seraient en mesure de l'exercer. La révolution, ils ne l'ont pas oubliée non plus et dès qu'en un pays elle pointe le bout de son nez, voyez leur visage devenir grave , entendez-les appeler au respect de ce qui est le socle même de leur pouvoir - l'argent, les ressources pétrolières etc.

           Que faudra-t-il donc pour que vous retrouviez votre mémoire ? Pour que vous retrouviez votre fierté ?

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