Petit précis de politologie

                                  Marche à suivre pour qui vient d'être nommé à la tête d'une entreprise publique : d'abord, préparer un plan social - c'est le seul moyen de faire des économies, de rentabiliser l'entreprise lors même qu'elle n'a pas forcément dans son ADN vocation à faire du profit - mais vous savez, avec  les produits dérivés, ce n'est pas trop difficile  -, le seul moyen de diminuer le nombre de fonctionnaires, c'est bien connu, ils ne servent à rien ou à pas grand chose, on peut sans doute, avec une bonne gestion, les remplacer par des machines, comme dans les supermarchés on remplace les caissières, ils coûtent cher et ils ont tant d'avantages indus, en comparaison de ce qui se passe dans le privé et la diminution du nombre pléthorique (c'est l'adjectif uitlisé par ceux qui ont du vocabulaire) est une revendication ressassée, depuis les débuts de la République, par ceux que le souci du bien commun n'obsède pas; ensuite jurer ses grands dieux qu'il n'y aura pas de licenciements secs, mais des départs volontaires et des départs à la retraite (donc pas de problèmes particuliers, vous finirez bien par vous recaser, allez voir ailleurs, le marché de l'emploi vous est largement ouvert et si vous n'y trouvez rien , c'est que vous êtes inadaptables, inemployables...  ; programmer une concertation, c'est très important, plusieurs séances de concertation même, ne pas oublier de comptabiliser le nombre d'heures qui y seront consacrées - autour d'une grande table, avec des bouteilles d'eau minérale devant chacun, où chacun est assis de part et d 'autre, les responsables décideurs avec leur dossier, plus ou moins épais, leurs statistiques, leurs sondages d'opinion, d'un côté, et, de l'autre, les représentants du personnel, délégués syndicaux avec leurs questions, leurs angoisses, leurs propositions. On les écoute, il y a toute une gestuelle appropriée pour montrer qu'on est très attentifs à ce qu'ils disent, mains jointes, sourcils froncés, oreilles tendues, pour les photos et les caméras, le sérieux compte, un sourire mais à peine esquissé -  attention, cependant,  à ne pas s'éloigner du sujet de la dite-concertation - on n'est pas là pour changer le monde, on est prié de laisser l'idéologie, la phraséologie, au vestiaire, sinon l'attitude d'écoute bienveillante se change en celle du pion qui rappelle qu'on est là pour bosser -. Voilà, c'est l'heure, on ramasse les copies, à bientôt, on vous fera signe. Autrefois, on négociait, ce qui impliquait qu'il y ait des concessions de part et d'autre ; maintenant, non, de toute manière ce qui doit se faire se fera et si vous avez des inquiétudes, c'est que vous n'avez pas compris ce qui était en jeu. On veut bien, parfois, concéder, qu'on n'a pas suffisamment fait preuve de pédagogie et on recommence avec cette patience exemplaire du prof qui réexplique la résolution d'une équation - et il n'y en a pas trente six mille de résolution -, le sourire se fait plus crispé, l'énervement éclate contre ce gamin, décidément bouché....

                                  Voilà, il ne faut pas être méchant et juger que ces "dirigeants" sont cruels, cyniques, sourds et aveugles, valets, complices du capital ; ils ont été élevés comme ça ; ils ont été programmés, formatés ; vous ne voudriez pas qu'ils se soucient de la manière dont vivent des gens qui de toute manière ne voteront pas pour eux - où vivent-ils d'ailleurs ? ailleurs. Mangent pas comme eux, s'habillent pas comme eux, ne vibrent pas aux oeuvres d'art, ne baisent sans doute pas comme eux non plus. Un autre monde, je vous dis. Comment dès lors leur parler ? comment communiquer avec eux - la langue des signes ? le petit nègre ?. Heureusement, il y a des gens spécialistes de la communication qui font payer, très cher, leurs conseils, des gens qui ont fait des études, comme ceux qui sont aux affaires... Je trouve touchant cette volonté de communiquer, j'admire les efforts qu'ils font pour trouver la bonne manière de faire passer la pilule. Et c'est pour ça que je réclame un peu d'indulgence pour ceux qui nous gouvernent - les choses vont un peu trop vite et ils n'ont pas toujours le temps d'assimiler les rudiments de langue de communication que les communicants leur enseignent, ils font encore trop de fautes, ils se laissent aller trop souvent à exprimer sans détour le fond de leur pensée, ils gaffent, en un mot, et patatras, tout s'embrouille, plus personne ne comprend plus personne, il ne reste plus qu'à avoir recours  aux vieilles bonnes méthodes, heureusement qu'elles sont là - on tape dans le tas !

                              

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