Remarques sur un discours

C'est bien cela qui est insupportable, dans le discours de Macron. Qu'il ait commencé par une condamnation de la violence sans rappeler d'entrée de jeu qu'elle n'était pas le fait des Gilets jaunes. La condamnation de cette violence visible - les poubelles brûlées, le mobilier urbain, les vitrines brisées, les pillages - ça se voit ça laisse des traces - vise à rassembler tous "les honnêtes gens" dans une commune réprobation des "fauteurs de troubles" et elle est la réponse la plus traditionnelle qui soit, de la part des pouvoirs qui se sont succédé , au mouvement populaire.  

Et elle interdit que soit dénoncée ou simplement reconnue la violence première qui déclenche cette violence, toujours, seconde. Etienne Chouard rappelait, hier, sur la chaîne RT,  la violence des attaques contre le modèle social de la France, hérité du CNR ; il rappelait la violence des délocalisations, celle d'un management uniquement axé sur la recherche du profit maximal au détriment de la dignité des travailleurs ; il rappelait la violence des salaires indécents des Carlos Ghosn et consorts - mais elle est moins médiatique, elle est moins vendeuse.

Bon, ceci dit, est-ce qu'on pouvait attendre du Président de la République qu'il dénonce le système dont il est lui-même issu ? Faut quand même pas rêver ; autant lui demander de se suicider. Après, des mesures qu'il a présentées, et qui auraient, si elles avaient été prises dès le début, été jugées disproportionnées , elles paraissent bien minces parce que trois semaines ont passé et que les revendications des Gilets jaunes se sont précisées. Celui qui se pensait maître des horloges a mal calculé son coup et s'est fait prendre à son propre piège.

Mais qu'il se réjouisse ! il a remporté un succès inespéré, en ce temps de vaches maigres et de tristes statistiques, il a pulvérisé les records d'audience pour un discours politique ; il a fait mieux que les finalistes de la Coupe du Monde. Cela en dit long sur le degré d'attentes et d'espérances des français - et il n'est pas sûr que le Président ait saisi les termes du problème.

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