tombeau pour un(e) député(e) défait(e)

Défait,- mon député - défaite - ma députée - : visages défaits, défaite attendue et pourtant vécue comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et cela devrait faire réfléchir. Certes le "dégagisme", prôné par qui déjà ? a fait des ravages et si on trouvait cela amusant dans un premier temps, on finit par trouver que c'est excessif quand ce n'est pas le voisin qui est sommé de faire ses bagages mais soi-même qui doit dégager en vitesse, pour céder sa place à quelqu'un qu'on ne connaît pas.

Et les commentateurs, et les porte-paroles, qui ne sont pas à une contradiction près, entonnent une sorte de péan à la gloire des députés virés. "On a  beau dire, ce n'est pas juste, c'étaient de bons députés, ils faisaient bien leur boulot, ils y croyaient, cela faisait des siècles - pardon, des décennies - qu'ils retrouvaient leur siège, ils avaient leurs habitudes, ils jouissaient de - quelques - privilèges bien naturels quand on sacrifie une vie entière à la défense de ses électeurs. Les voilà bien mal récompensés. Que vont-ils devenir ?"

Mais enfin, dire qu'ils n'ont pas failli, qu'ils ont bien fait leur boulot - c'est ahurissant, c'est quand même bien la moindre des choses. J'en connais effectivement qui ont été des représentants exemplaires de leurs électeurs - dans la mesure où ils n'étaient pas contraints de leur faire avaler quelques couleuvres non prévues au menu -; j'en connais qui jouèrent les frondeurs, ce qu'on leur reproche assez, parce qu'en tirant contre leur propre camp, ils l'auraient affaibli ; on aurait donc préféré qu'ils se comportent comme on redoute que se comportent les nouveaux élus - comme des godillots. Encore une fois, ils avaient été élus parce qu'on les avait trouvés aptes à faire ce boulot-là.

Quoi qu'il en soit, pleurer le départ des "bons députés", donne à penser que d'autres n'ont pas fait leur job avec le même zèle. Faut-il rappeler ces images sinistres des bancs désertés de l'Assemblée Nationale où quelques fantômes votent les lois de la République ? l'on dira que la faute est à chercher du côté des institutions de la Cinquième République, de la faiblesse humaine etc.. Excuses que tout cela. La professionnalisation de la vie politique vient de montrer qu'elle n'était pas une fatalité, et cette déroute des vieux routiers peut être une chance - pour cela il nous faut certainement revoir un certain nombre de nos habitudes, de pensée et de comportement : je laisse ce chantier ouvert.

Je ne sais qui disait, hier soir, méchamment, que les députés licenciés allaient découvrir ce qu'est la vraie vie, ce monde concret dont on leur a si souvent reproché d'être coupés. Mais il n'y a pas qu'eux qui doivent retomber sur terre, nous autres aussi, les citoyens, nous devons changer de comportement et comprendre que notre rôle ne doit pas se limiter à aller mettre un bulletin dans l'urne - argument lamentable entendu trop souvent : il y a eu trop d'élections, ces temps derniers, les gens se sont lassés - ce qui est la moindre des choses mais à être vigilants, attentifs, réactifs, à ce qui se passe autour de nous et à nous engager réellement pour faire bouger les choses et faire savoir, constamment, à ceux qui nous représentent, ce que nous attendons d'eux.

C'est cela faire de la politique, c'est cela être citoyen. Et il y a du boulot.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.