Fin de parcours pour Cesare Battisti

                La nouvelle est tombée, ce matin : Cesare Battisti qui avait fui le Brésil après la venue au pouvoir de l'extrême-droite a été arrêté en Bolivie il sera ramené au Brésil et extradé en Italie.C'est une question de jours et tout le monde se frotte les mains - pensez ! un terroriste d'extrême gauche enfin coincé et mis définitivement hors d'état de nuire.... Voici bientôt 15 ans qu'il tente d'échapper à la vindicte de la Justice italienne qui n'a jamais caché qu'elle voulait faire du cas de Battisti un exemple. Et je crois que tous les gouvernements qui se sont succédé en Italie ont réclamé à cor et à cris son extradition. Seul François Mitterand, en l'affaire, avait accordé à Battisti l'asile politique.

                Battisti a toujours clamé son innocence et Fred Vargas avait fait la démonstration des contradictions sur lesquelles reposaient l'acte d'accusation. J'avais été convaincu par son argumentation et je le suis toujours. Battisti savait que s'il revenait en Italie, son sort était joué d'avance - condamné par contumace, pour des crimes qu'il n'avait pas commis,  il finirait sa vie derrière les barreaux. Il s'était mis à écrire des romans noirs qui lui avaient permis d'acquérir une certaine notoriété. Est-ce cela qui avait déclenché en Italie, mais aussi en France, une telle haine contre lui ? Et qu'il ait continué à dénoncer la manière dont, en Italie, la justice était rendue dans ces années de fer où les affrontements entre l'extrême droite et l'extrême gauche et les scandales avaient atteint un degré inégalé ; à dénoncer les complicités de l'extrême droite avec les partis de gouvernement dont la quasi impunité des militants d'extrême droite était la preuve.

                Je me suis toujours indigné de la façon dont les possédants poursuivent de leur haine tenace ceux qui les ont fait trembler alors même qu'ils ne représentent plus aucun danger - pas d'amnistie possible, pas de réconciliation, pas de prescription,  la haine à l'état pur. Je suppose que Battisti savait fort bien que sa traque n'aurait jamais de fin jusqu'au moment où les trahisons des uns, les complicités des autres le remettraient entre les mains de ses ennemis. Je suis navré pour lui ; le hasard m'avait fait le rencontrer au Salon du livre de Pau et nous nous étions retrouvés dans le même wagon avec Hervé Le Corre - personnage truculent et grâce auquel nous n'avions pas vu passer les trois heures du voyage - et je garde le souvenir d'un type éminemment sympathique, pas vraiment la gueule d'un tueur - mais, bon, ce n'est pas un argument, j'en suis bien conscient. Un témoignage simplement.

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