Le coup de pied de l'âne

Je retransmets le message de Harold Bernat sur la manifestation qui a eu lieu à Poitiers en soutien des enseignants de Melle qui passent en commission de discipline pour avoir participé aux grèves du bac, en 2019.

" Un petit bilan de la journée d'action hier à Poitiers avec quelques photos prises devant le rectorat en soutien aux quatre collègues de Melle qui passent entre le 12 et le 15 octobre en conseil de discipline (CAPA) pour des faits de grève après avoir pris, sans moyens de défense, des mois de suspension. Je dis bien faits de grève car il ne s'est rien passé de plus à Melle, rien de plus qu'au lycée Montesquieu (à Bordeaux) ou dans bien d'autres lycées français au mois de février. Ce qui arrive aux quatre collègues de Melle aurait pu arriver à Montesquieu (entre autres) et pourra arriver demain partout si nous ne prenons pas la mesure de ce qui arrive. 

 Les chefs d'accusation sont les suivants : - manquements à la dignité, incitation à l'émeute et blocage d'un établissement public pendant des épreuves de contrôle continu. Sur le fond, les collègues n'ont pas commis de fautes mais ils se retrouvent pris dans une machine kafkaïenne qui ne reculera pas, aussi bien pour couvrir ses fautes (enfermement d'élèves, non assistance à personne en danger) que pour faire un exemple. 

 Aladin, (l'un des enseignants poursuivis) m'a dit que parmis les reproches (essentiellement moraux, le dossier le concernant est vide) il y avait ceci : "depuis le début vous n'aimez pas cette institution". Je rappelle qu'Aladin était stagiaire en 2018-2019 à Bordeaux et a pris son premier poste à Melle en septembre 2019. Sauf qu'Aladin a participé avec beaucoup de courage à la grève du baccalauréat de juin 2019 alors qu'il était encore stagiaire. Il est donc particulièrement  ciblé (au titre honorifique de "meneur") alors que la grève lors de la remise des notes était légale et qu'il fut titularisé car irréprochable sur le disciplinaire et l'évaluation à l'Espé et par le corps d'inspection.  

 Ce ciblage signifie simplement que des dossiers sont montés et que des actions syndicales et militantes se trouvent commués en délits par accumulation et ciblage. Une méthode de flicage administratif ni plus, ni moins. Ce qui en jeu est donc tout simplement LA LIBERTÉ d'ACTION SYNDICALE et MILITANTE. Cette liberté devrait tous nous toucher. 

Il semblerait pourtant que la stratégie d'intimidation fonctionne. Environ 1000 personnes hier (ce qui est bien) mais TRÈS INSUFFISANT au vue de la gravité du problème. Peu (tout du moins pas assez) de collègues de la région de Poitiers, la plupart venaient d'autres académies et parfois de très loin. Il va de soi que cette répression s'inscrit dans un cadre plus large que l'Education nationale car elle touche tous les secteurs en lutte contre la politique de casse des services publics en cours (des prises de parole interpro ont fait état de ce fait).

Il me semble, et ce n'est ici que mon avis, que nous ne sommes pas du tout à la hauteur de ce qui se passe actuellement car nous ne nous inscrivons pas assez dans la durée. Nous n'arrivons pas à structurer des forces durables et à communiquer clairement sur les actions en dépit des efforts considérables de certains (mais souvent les mêmes). Nous ne pouvons pas faire reposer de tels problèmes sur la bonne volonté de quelques collègues. 

 En outre, et c'est pour moi le plus important, nous avons pu voir à quel point dans ce genre de manifestation, nous retrouvions la base militante anti-capitaliste plutôt que des syndicats qui depuis tant d'années ont accompagné une trajectoire qui nous paraît aujourd'hui irréversible (elle ne l'est certainement pas complètement). Je ne vois pas pourquoi nous devrions accepter un tel laminoire et de telles intimidations sous prétexte que nous sommes fonctionnaires alors que le mensonge, la calomnie et négation manifestes de nos droits tend à faire force de loi en face. "

Prenons bien la mesure de cette phrase "vous n'aimez pas l'institution depuis le début". Quand on aime pas une institution et que l'on se fout complètement de ce qui arrive, on ne prend pas de tels risques. On se planque bien tranquillement. Il est là le vrai problème, cette inversion insupportable dans laquelle le manque de cohérence et de courage devient une valeur politique quand l'engagement est pénalisé. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.