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Billet de blog 13 déc. 2020

Méditation sur une Nativité de Maurice Denis

patrick rodel
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C'est un beau texte que publient aujourd'hui les Editions Confluences. Il est le dernier écrit, à la veille de sa mort, de Marie-Madeleine Jacquet qui fut psychologue clinicienne. Autour d'un tableau de Maurice Denis peint en 1894, intitulé Nativité. Maurice Denis fut un des principaux peintres du mouvement des Nabis. Il y a une rencontre émouvante entre cette réflexion sur la Nativité et l'approche même de la mort. Donner à contempler une Nativité d'hier et d'aujourd'hui, c'est le titre de ces quelques pages denses.

                           Il est toujours périlleux de s'aventurer dans le commentaire analytique d'une oeuvre d'art qui, par essence, ne parle pas. S'y mêlent nécessairement  des éléments factuels et des projections de l'analyste. Freud, le premier, l'avait tenté dans Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci. C'est sur ses traces que Marie-Madelaine Jacquet s'avance. Et si elle a, classiquement, une vision rétrospective de la vie de Maurice Denis (la naissance de son premier enfant, ses propres rapports avec son père et les questions que l'enfant peut se poser sur son  origine), elle décèle dans son tableau une double thématique qui nous ramène à un présent dont il n'est pas sûr que Denis tout prophète qu'il ait voulu être (c'est le sens de Nabi) l'ait clairement envisagé.

                           Le thème de la Nativité a inspiré de nombreux peintres. Il est traité selon un certain code auquel peu dérogent. Maurice Denis innove de manière assez radicale en accordant une place centrale à Joseph - lui qui joue la plupart du temps les utilités d'arrière-plan. Marie est allongée et semble dormir, épuisée ; elle protège de son bras recourbé l'enfançon. Joseph lui présente une coupe dans un geste de profonde sollicitude et d'attention aimante. Que contient cette coupe ? du lait ? c'est possible ; je me demande si cette coupe, de vin coupée d'eau, réconfortant classique, n'est pas une allusion à celle de la dernière cène.  Toute la lumière est focalisée sur cette scène. Le reste, l'auberge, les animaux, les personnages - est décliné en des valeurs plus sombres.

                           Marie-Madeleine Jacquet voit dans cette scène comme une prémonition d'une nouvelle conception de la paternité. Elle a certainement raison, même si cette conception peine encore à entrer dans les faits.

                          L'autre thème est celui de l'hospitalité. Qui sont les personnages que l'on perçoit dans le fond du tableau ? Des bergers, comme semble le penser Marie-Madeleine Jacquet ? Des voyageurs à qui l'aubergiste, de noir vêtue, qui se tient sur le pas de la porte, semble refuser l'entrée ? je serais personnellement enclin à le penser et cela fait écho au point dont part l'auteur elle-même et qui est le drame des migrants qui se heurtent à notre hostilité.

                         On aura compris qu'un des mérites de ce texte est qu'il invite à poursuivre les chemins de réflexion qu'il nous ouvre. "Donner à contempler une Nativité", c'est à la fois ce en quoi consiste le geste créateur du peintre et le dernier présent d'une femme qui a passé sa vie à creuser le complexité des êtres et la difficulté qu'ils ont à accepter le don même qui leur fut fait - celui de la vie et de la lumière.

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