Esther Duflo, une reconnaissance

Ce billet a été écrit sur mon blog le 12 octobre 2009. Il est assez rare qu'une économiste française soit nobélisée et sur des travaux portant sur la pauvreté.....

              C'est un article de Ludovic Lamant qui m'a alerté sur Esther Duflo, cette jeune femme, professeure d'économie au M.I.T., et depuis cette année professeure associée au Collège de France. Sa spécialité : la pauvreté et les "meilleures" façons de la combattre. L'entretien entre Ludovic Lamant et Esther Duflo portait sur l'essentiel de ses travaux qui est l'évaluation des politiques d'aide mises en place tant au niveau local qu'au niveau international. L'article date du 5 janvier 2009 et Esther Duflo prononçait sa leçon inaugurale au Collège de France le 8 janvier. Je ne crois pas qu'il y était fait , ici, référence et c'est dommage - si je me trompe, je demande qu'on m'excuse ! - parce que certains points de cette leçon n'apparaissent pas dans l'entretien et sont très intéressants. On en trouvera le texte dans la collection des Leçons inaugurales du Collège de France, chez Fayard.

               D'abord, ceci sur la nécessaire prise en compte du politique dans ce monde qu'on croirait entièrement soumis à l'économie :"Certaines erreurs commises par des économistes impliqués dans des décisions économiques ont eu des conséquences tragiques. Conscients du fait que les apprentis sorciers peuvent faire plus de mal que de bien, ceux qui reconnaissent que le monde est loin d'être parfait tel qu'il est pourraient alors vouloir rester en marge. C'est, cependant, ignorer que les économistes ne sont pas seuls à faire des erreurs et à les répéter."(p.42) Les politiques sont largement responsables de l'irresponsabilité tragique derrière laquelle ils se réfugient. Cela se voit dans l'évitement systématique des évaluations des programmes suivis :"chaque gouvernement introduit de nouveaux programmes, aucun bilan réel n'est fait. Les partisans des programmes se réjouissent de leurs succès, les opposants en dénoncent l'échec, et un nouveau cycle commence."(p.43)

            Pourquoi cette difficulté à évaluer l'impact d'une décision qui est censée apporter une réponse à des situations très concrètes de pauvreté ? "Les programmes sociaux ne sont pas évalués parce qu'il n'est pas dans l'intérêt de le faire pour ceux qui les soutiennent. De la capacité de convaincre que le programme est une réussite dépendent le financement d'autres programmes, une réélection, une promotion. Même si personne n'est dupe, dans un environnement où tout le monde exagère ses succès, il est difficile de ne pas faire la même chose. Cela produit une inflation générale des promesses et des réussites affichées."(p.44)

           On aura compris qu'il s'agit ici de programmes visant à lutter contre la pauvreté dans des pays où elle existe à l'état endémique. Mais qui ne voit que des leçons peuvent être tirées de ces analyses, ici et maintenant ? ce que pratiquent Esther Duflo et son équipe, pourrait se traduire de la manière suivante : implication des intéressés dans les décisions qui sont prises qui les concernent, souci de les écouter, de prendre leur avis - tout cela s'approche fort d'un regard autre sur la façon de faire de la politique, de pratiquer une démocratie plus participative où l'expertise n'a pas un pouvoir absolu, où la théorie (parfois, l'idéologie qui se cache derrière la théorie) accepte de se corriger par une attitude plus pragmatique, plus empirique.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.