De l'histoire de Jérusalem

                                     Dans un discours récent, Benjamin Netanyahu a affirmé que, depuis trois millénaires, Jérusalem était la capitale de l'Etat hébreux. Vision assez particulière de l'histoire, faut-il remarquer. Pour remettre les choses à leur juste place, il n'est que de lire le chapitre 3 du Traité théologico-politique de Spinoza, intitulé De la vocation des Hébreux et si le don prophétique fut particulier aux Hébreux. Je n'en cite que quelques lignes :

                    "La vraie félicité et la béatitude ne consistent pour chacun que dans la jouissance du bien et non dans cette gloire d'être le seul à en jouir, les autres en étant exclus."C'est là le principe qui guide la réflexion de Spinoza ; en découle une critique de l'idée de peuple élu et de l'usage qu'on en a pu faire à différentes périodes de l'histoire.

                     "Si les Hébreux l'ont emporté en quelque chose sur les autres nations, c'est par la prospérité de leurs affaires, en ce qui touche la sécurité de la vie, et par le bonheur qu'ils ont eu de surmonter de grands dangers ; tout cela surtout par le seul secours externe de Dieu ; pour tout le reste, ils furent égaux aux autres et Dieu est également propice à tous. A l'égard de l'entendement, il est établi qu'ils eurent, sur Dieu et sur la nature, des pensées très vulgaires ; ce n'est donc pas à cet égard qu'ils furent élus par Dieu plus que les autres."

                      "La Loi ne promet rien d'autre aux Hébreux pour leur obéissance que l'heureuse continuation de leur Etat et les autres avantages de cette vie, et au contraire, pour leur insoumission  et la rupture du pacte, la ruine de l'Etat et les pires désastres."

                                       Ce qui se fit, lors de la première destruction du Temple par Nabuchodonosor ; la déportation à Babylone interrompt par le fait même pendant une cinquantaine d'années l'existence de l'Etat théocratique hébreux ; et lors de la seconde destruction du Temple en 70 de notre ère par l'empereur romain Titus qui mit un terme jusqu'en 1948 à cette entité qu'était un état hébreu. Il n'y a pas de sens, on le voit, à dire que Jérusalem fut pendant trois millénaires la capitale d'Israël. On n'efface pas d'un mot des siècles d'histoire au cours desquels Jerusalem ne pouvait en aucun sens politique être considéré comme capitale des Hébreux, qui n'existaient plus en tant qu'entité politique et vivaient en diaspora dans des pays dont ils étaient tenus d'observer les lois. Il n'y a donc pas d' élection particulière liée à un peuple déterminé. "L'on ne doit admettre aucune différence à cet égard entre les Juifs et les Gentils (...) Si les Prophètes, à cette élection qui concerne la vertu véritable, mêlent beaucoup de paroles se rapportant aux sacrifices et à d'autres cérémonies , à la réédification du Temple et de la Ville, c'est qu'ils ont voulu, selon la coutume et la nature de la prophétie, expliquer les choses spirituelles sous des figures propres" à frapper leur imagination.

                                        Mais l'expérience continue de prouver que les hommes se laissent davantage guider par leur imagination que par leur raison. 

                  

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