"Monsieur Onfray au pays des mythes", une leçon de Jean-Marie Salamito (éd.Salvator)

                             Cela s'appelle une leçon - magistrale et morale - de quelqu'un qui sait, d'un savoir partagé, à quelqu'un qui prétend savoir et être le seul à savoir. Jean-Marie Salamito est professeur d'histoire du christianisme antique : il a lu les textes, il connaît les études qui leur ont été consacrées, il sait faire le tri entre ce qui est avéré, ce qui est en débat, ce que nous ne pourrons sans doute jamais savoir parce qu'il nous manque des documents, il a la volonté de comprendre. Michel Onfray est un philosophe médiatique qui sait adapter son travail aux exigences de la télévision : pas de démonstrations argumentées, mais des affirmations péremptoires qui ont pour but de démolir ce qu'il a choisi comme punching-ball et qui ne risquent guère d'être démenties parce qu'il n'en laisse pas le temps à d'éventuels contradicteurs. Les opinions de Michel Onfray valent ce qu'elles valent, peu importe mais qu'il les fasse passer pour des vérités qui vont remplacer des millénaires de mensonges demande qu'on y regarde d'un peu plus près.

                             Michel Onfray n'aime pas les contradicteurs, il voit en eux de vulgaires intellectuels complices, valets de cette entreprise qu'il est le premier, dit-il, à dénoncer : Freud est un charlatan etc... ; il y a une philosophie matérialiste qui a été systématiquement refoulée, dénigrée, ignorée jusqu'à ce que Michel Onfray paraisse etc... Cette fois-ci, il s'en prend à Jésus et au christianisme. Il n'est évidemment pas  le premier à le faire. Mais avec la légèreté qui lui est propre, il part de cette affirmation tonitruante :"Jésus de Nazareth n'a jamais existé."Rien que des mensonges tout ce qui s'en est suivi,nous dit-il, fabriqués par cet avorton de Paul, par cette bande de crétins, les Pères de l'Eglise,  qui vont d'Origène à Saint Augustin et grâce à ce césaropapisme mis en place par Constantin et source de tous les totalitarismes. Dont acte.

                         L'ennui est que Jean-Maris Salamito démonte l'une après l'autre les "découvertes" d'Onfray. "Que vous critiquiez le christianisme ancien ne choquerait en moi ni l'historien ni le citoyen ni même le chrétien, si vous procédiez avec les armes de la raison, les ressources des sciences et un sens minimal des nuances. Mais que vous le fassiez avec une bibliographie bancale, des sources lues trop vite, des affirmations sans fondement, des généralisations abusives, de grossiers amalgames et une assurance qui confine au dogmatisme, cela déçoit en moi l'historien, attaché à l'exigence d'un travail rigoureux, le citoyen, aspirant à un débat ouvert et éclairé, et le chrétien, partie prenante, à sa petite place, d'une tradition religieuse qui, depuis ses origines, n'a guère négligé l'histoire ni sous-estimé l'intelligence."(p.144)

                            Il ne faut pas prendre les baudruches que Michel Onfray s'époumone à gonfler pour le "messie" - il ne détruit que les mythes qu'il a lui-même inventés. Tintin au pays des soviets peut difficilement servir de source pour une analyse critique du régime soviétique !

                           Michel Onfray aurait été bien inspiré d'appliquer la formule de Spinoza à laquelle il se réfère souvent, de manière imprécise qui plus est (mais c'est son habitude):"J'ai mis tous mes soins à ne pas tourner en dérision les actions des hommes, à ne pas pleurer sur elles, à ne pas les détester, mais à en acquérir une connaissance vraie."

                             L'analyse de Salamito n'aura certainement pas le même impact que les élucubrations d'Onfray et c'est dommage. Ainsi va notre époque qui privilégie le bruit du n'importe quoi au silence respectueux qui permet d'écouter l'autre.Mais je ne saurais trop recommander l'ouvrage de Salamito. Il est exemplaire.

 

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