Exaspération

                     Au fond, je sais maintenant ce qu'est un bon sondage - un sondage qui donne l'avantage au candidat que l'on soutient - tous ceux qui le mettent en deuxième ou troisième position ne peuvent amener que des considérations peu amènes sur le manque de fiabilité des dits-sondages, sur la naïveté pitoyable de ceux qui peuvent encore s'y référer. Les medias eux-mêmes ont sur le sujet une attitude d'une clarté admirable : ridiculisés par les erreurs des instituts de sondage qui les ont abreuvés, lors des primaires, de pronostics qui se sont tous révélés erronés - ils ont juré leurs grands dieux, qu'on ne les y rependrait plus et annoncé même une grève des sondages - du jamais vu !. Cela a duré 48h, au maximum. Et il n'est plus de jours sans sondage, sans élucubration sur des variations de 1 ou 2 points entre les différents candidats. Et quand on clame ne jamais en commander, on relate les dépêches d'agence qui en font la promotion.

                     Belle contribution au débat politique ! On clame sur tous les tons que les candidats n'ont pas de programme, mais quand ils en ont, on n'en dit pas grand chose - c'est tellement ennuyeux, ces discussions techniques, le public n'y comprend rien, ce qui l'intéresse c'est de savoir si Pénélope a travaillé ou non pour son Fillon de mari, ce qui l'intéresse c'est de savoir qui couche avec qui et comment - c'est du moins ce que sous-entendent les gens qui nous "informent".

                    Ce qui ne les empêche pas, bien sûr, de déplorer cette situation, de répéter que le public en a marre de ce feuilleton Fillon (simple exemple!), oubliant qu'ils en sont eux-mêmes les rédacteurs. Le résultat de tout cela, c'est qu'il ne reste que l'invective et la haine comme arguments (?) dans ce que l'on n'ose plus appeler un débat politique. On craint comme la peste, et on a raison de la craindre, la montée en puissance du FN et de son discours de haine, mais l'on tient vis-à-vis de Hamon ou de Mélanchon ou de Macron des discours remplis de haine et d'excès, et dès que l'un ou l'autre semble apporter quelque chose de nouveau, on s'empresse de lui tomber dessus à bras raccourcis ; de toute façon, ce sera la faute de l'autre si la catastrophe annoncée se produit, de l'autre menteur, de l'autre parano, de l'autre vendu aux banques - j'emploie des mots gentils. Pendant ce temps, le FN se frotte les mains.

                   Allons, camarades, on arrête ce jeu de cour de récré, on se retrousse les manches, on se met autour d'une table avec un pannel de citoyens tirés au sort et on discute sérieusement des enjeux de ces élections, des voies que l'on doit explorer pour sortir du merdier dans lequel nous sommes - et je m'en fous, personnellement, de savoir qui nous y a mis, de savoir comment nous nous y sommes laissés, il n'est plus temps de mener l'enquête - merdier qui dépasse, et de beaucoup, notre petit hexagone.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.