De quelques points aveugles

Je reviens sur Ortega y Gasset. Avec deux citations tirées d'un de ses livres, La révolte des masses. Pas vraiment progressiste, certes, mais il n'est pas interdit d'aller trouver, chez l'adversaire politique, des exemples d'une lucidité qui, parfois, nous fait totalement défaut.

"Etre de gauche ou être de droite, c'est choisir une des innombrables manières qui s'offre à l'homme d'être un citoyen ; toutes deux, en effet, sont des formes d'hémiplégie morale." Dans un autre domaine, Michel Serres remarquait que la séparation entre les littéraires et les scientifiques, dans le système éducatif français, créait une sorte d'hémiplégie intellectuelle entre un groupe de "savants incultes" et un groupe de "cultivés ignorants". Est-ce une manière de chanter les louanges d'un 'marais', d'un centre mollasson par opposition à la force virile des hommes de conviction ? Je ne pense pas :  il s'agit plutôt de voir les dangers d'une vision bi-polaire de la réalité humaine et politique, en déniant les dégradés, les nuances qui en font toute la richesse. Les medias adorent les débats sanglants, ça fait de l'audimat, les medias adorent les caricatures et les schématismes et n'ont que faire des distinguos ; ils somment les intervenants de se définir par rapport à ces catégories et n'ont pas de temps à perdre pour une réflexion qui les remettrait en cause. L'ennui, c'est que nous intériorisons complètement cette simplification outrancière

Autre citation, cruelle, parce qu'il  y ait question de nous, de notre histoire et de la manière dont nous nous la racontons ; de la manière, aussi, où nous en tirons une sorte de justification des comportements, des postures qui sont les nôtres ; de la manière, enfin, dont la référence à cette histoire nous autorise à donner des leçons."Ce pays, écrit Ortega y Gasset, possède - ou croit posséder - une tradition révolutionnaire. Et s'il est déjà grave d'être révolutionnaire, combien n'est-il pas plus grave de l'être, paradoxalement, par tradition.?" L'humour est ravageur pour qui veut bien l'entendre.

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