Mort d'Alain Richard

Alain Richard est ce prêtre franciscain qui a fondé, en 2007, les Cercles de silence.

J'avais eu la chance de l'accueillir, il y a une dizaine d'années. Impressionnant bonhomme. Il devait avoir dans les 85 ans. Tard couché, tôt levé. L'esprit vif toujours en éveil. Les conditions réservées aux sans-papiers dans les centres de rétention administrative le révoltaient. Il avait commencé, à Toulouse, sur la place du Capitole, ces manifestations silencieuses qui avaient rapidement essaimé dans le reste de la France. Alain Richard était un non-violent. Depuis ses années américaines à Chicago, où il travaillait dans les usines d'automobiles. D'abord comme militant déterminé contre les armes nucléaires ; puis comme membre des Brigades de Paix internationales au Guatemala, en 1985 ; après son expulsion du Guatemala, il était retourné aux EU  où on le retrouve parmi ceux qui jeûnent devant l'ONU pour protester contre l'intervention américaine en Irak.

Quand on voit ce que sont devenues les conditions de vie dans les centres de rétention administrative de Bordeaux et d'ailleurs, - elles se sont dégradées de manière inadmissible - on ne peut que s'interroger sur l'efficacité de manifestations comme celles des Cercles de silence. Le découragement a lentement réduit le nombre des participants, malgré l'obstination de certains qui ont continué à se réunir, une fois par mois, au chevet de la Cathédrale Saint André, à Bordeaux. Mais c'est toujours le même mur auquel on se heurte : l'indifférence de la majorité des citoyens à l'image de ceux et celles qui traversaient le cercle le portable rivé à l'oreille sans s'étonner de ce rassemblement inhabituel, la surdité des autorités préfectorales et policières qui n'appliquaient même pas les quelques consignes d'humanité qui pouvaient leur avoir été données, après des grèves de la faim ou des suicides qui chagrinaient momentanément l'opinion publique ; la complaisance des forces de l'ordre devant l'hostilité des groupuscules fascistes qui venaient troubler le silence recueilli de ces hommes et de ces femmes, divers dans leurs engagements politiques et religieux, mais unis par un même souci de réclamer le respect de la dignité de tout être humain.

Oui, la question se pose. Que peut la non-violence devant ceux qui prétendent détenir le monopole de l'usage légitime de la violence - et savent si bien alterner la stratégie de l'usure et celle de la répression ? Témoigner, sans doute, et cela n'est pas rien. Ce que fit Alain Richard, jusqu'au terme de sa vie.

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