Jean Mauriac est mort

       Jean Mauriac vient de nous quitter ; il était le dernier fils de François. Celui qui avait le sentiment, à tort ou à raison, d'avoir été le mal aimé de son père qui n'en avait que pour son fils Claude, si proche de lui par tant de côtés. Les relations entre les deux frères ne s'étaient jamais apaisées, Claude ayant séduit celle que Jean pensait être sa fiancée. C'est sans doute pour toutes ces raisons que Jean avait pour son oncle Raymond, lui aussi mis  l'écart de la famille parce qu'il s'était aventuré sur les terres réservées à son jeune frère, la littérature, une sympathie et une affection toutes particulières. J'avais trouvé auprès de lui un accueil très généreux lorsque je travaillais sur Raymond Mauriac.

     Il avait été grand journaliste à l'Agence France-Presse  et avait, à ce titre, suivi le Général de Gaulle tout au long de sa carrière politique. Il lui a consacré plusieurs ouvrages, dont "Mort du général de Gaulle" qui analyse avec une grande finesse les dernières années de De Gaulle. Sur son père, il n'a pas hésité à briser un certain nombre de tabous. Le texte de souvenirs qu'il a donné à l'ouvrage Malagar publié aux éditions Confluences en 1997 est des plus beaux écrits sur François Mauriac qu'il m'ait été donné de lire ; loin des mythes que continuent d'entretenir certains gardiens de la mémoire mauriacienne.

   Les dernières années de sa vie ont été difficiles, après la mort de sa femme Caroline. Mais jusqu'à la fin il a tenu ce rôle de témoin de la vérité, avec une acuité intellectuelle exceptionnelle. C'est tout un pan de mémoire qui disparaît.

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