La culture populaire à Bordeaux

Sous les arcades du Palais des Sports, dans le centre de Bordeaux, qui servaient habituellement d'abri à des SDF ou a des familles entières - mais des grilles avaient depuis longtemps restreint de beaucoup les possibilités de s'installer, un spectacle très insolite s'offrait aux passants - une bibliothèque à ciel ouvert, un ou deux sièges pour ceux qui voulaient lire un moment, on y apportait des livres, on en prenait, le tout sous l'oeil de Neneuil, le patron débonnaire, qui dormait la nuit dans un recoin de sa "boutique". Personne dans le quartier n'y trouvait à redire ; on se réjouissait même des échanges que cela permettait dans ce coin où les touristes passent, où les employés des magasins n'habitent pas... Du lien social, Neneuil, il en créait,(il ne se contentait pas d'en parler) entre les gens de la rue et les mieux lotis. Et c'est urgent parce qu'on entend beaucoup de plaintes sur l'insécurité due à la drogue.

J'y suis passé, il y a trois jours. Tout était dans l'ordre. Mais un ordre qui, de toute évidence, n'est pas du goût de nos édiles. La police a fait une descente au petit matin suivant, a nettoyé la librairie de Neneuil sans rien laisser à la place, les livres sont partis à la décharge, les meubles de fortune qui permettaient de les exposer, comme dans une vraie bibliothèque, ont été détruits. Un adjoint de la mairie est venu calmer l'indignation des amis de Neneuil avec quelques paroles creuses, - encore un qui ne savait pas d'où venait l'ordre de virer Neneuil ! Décidément, c'est fou ce que les gens qui exercent le pouvoir (si minime soit-il) sont mal renseignés sur ce qui est fait en leur nom....

On fait beaucoup de ménage à Bordeaux, en ce moment. Le nettoyage de l'hypercentre a été confié à je ne sais plus quel groupe moyennant finances, bien sûr - c'est toujours aussi sale...Certains rêvent d'envoyer les SDF dans un coin où on (les touristes) les verrait moins, tout au bout des quais, dans les quartiers pauvres où ils feraient moins tache, comme on le fait, paraît-il à Toulon...Ce n'est pas très efficace non plus. Alors pour montrer qu'on peut quand même obtenir des résultats, on expulse des réfugiés - une famille colombienne par ci, une famille albanaise par là - des gens, au demeurant, bien intégrés, avec des enfants scolarisés. Bon, bon, vous allez me dire que la mairie ce n'est pas la préfecture, que la mairie ce n'est pas la police, que Juppé n'est pas Macron, que je fais des amalgames très discutables...mais quand même cela fait beaucoup, cela fait trop, on va finir comme en Italie - qui n'est pas vraiment un modèle, n'en déplaise à certains.

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