La politique du pire

Ce n'est plus le moment d'hésiter, ni le moment de se jeter à la tête les responsabilités des uns et des autres dans la situation politique dans laquelle nous sommes, ni le moment de refaire l'histoire et de recuire les vieilles rancunes, les vieilles désillusions ni le moment de ne produire que des insultes en lieu et place d'une analyse. On appelle ça urgence. Il y a urgence à faire barrage au FN, il y a urgence à comprendre que ne pas voter ou voter blanc risque de favoriser le FN et quand il sera au pouvoir, il sera trop tard pour pleurer, le mal sera fait et l'on fera l'expérience cruelle, dévastatrice de ce qu'est le fascisme.

Macron n'est pas ma tasse de thé. Mais il est celui qui est au combat pour faire barrage au FN et il faut l'aider, au lieu de tout faire pour l'enfoncer. Le ni ni de certains électeurs de droite, le ni ni de certains électeurs de gauche, le ni ni des évêques - tout cela fait un amalgame bien étrange auquel pour rien au monde je ne voudrais être mêlé, je le trouve, à dire vrai, nauséabond ; et l'argument que j'entends que les responsables du chaos dans lequel nous risquons de nous trouver plongés sont ceux qui nous ont précédés et non pas ceux qui n'iront pas voter ou qui voteront blanc, cet argument me paraît parfaitement spécieux : au final, ils se retrouvent dans le même sac ; je ne suis pas non plus convaincu par l'argument qui consiste à attendre des sondages de dernière minute pour se décider à voter Macron alors que l'on aura, pendant tous les jours précédents, dit tout le mal qu'on en pensait et qu'entre Macron et le FN, il n'y avait pas de différence.

C'est à l'avenir qu'il faut penser et aux combats qu'il faudra mener pour sérieusement poser le problème du changement de nos institutions, pour résoudre les problèmes qui se posent à notre pays, à l'Europe. L'expérience Trump devrait faire davantage réfléchir. Il y a, aux Etats-Unis, des contre-pouvoirs qui jusqu'à présent jouent leur rôle. Et Trump ne fait pas tout ce qu'il veut, même s'il fait déjà beaucoup de mal. Ces contre-pouvoirs n'existent pas en France. Que reste-t-il comme perspective ? passer du combat bien commode que l'on mène devant son écran d'ordinateur à un affrontement violent avec les conséquences que l'on peut facilement imaginer, dans un régime qui n'aura pas d'état d'âme ? Cela s'appelle la politique du pire - très peu pour moi. Au pire, je préfère le moins pire.

 

 

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