L'étude du lancet? Quelle étude ?

Trois des auteurs de l'étude controversée sur l'utilisation de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19 publiée dans la revue The Lancet ont demandé la rétractation de l'article,a annoncé la revue jeudi soir. Entre-temps Olivier Véran s'était précipité pour interdire, sur la base de cette(ex?) étude , toute utilisation de la chloroquine dans le traitement du covid-19!

« Nous ne pouvons plus nous porter garant de la véracité des sources des données primaires », écrivent les chercheurs.

Cette position, après une lettre ouverte de dizaines de scientifiques et les questions posées individuellement par d'autres au Lancet concernant la méthodologie et les sources de cette étude, invalide quasiment définitivement ses résultats.

L'étude qui fait BOUM!

Publiée le 22 mai d l'étude concluait que l'hydroxychloroquine n'est pas bénéfique aux malades du Covid-19 hospitalisés et pouvait être dangereuse.

Sa parution avait eu un retentissement mondial et des répercussions spectaculaires, conduisant  l'OMS (Organisation mondiale de la santé) à suspendre les essais cliniques sur l'hydroxychloroquine contre le Covid-19 dès le lendemain.

Dans la foulée, Olivier Véran saississait le "@HCSP_fr pour qu'il l'analyse et (me) propose sous 48h une révision des règles dérogatoires de prescription.". 

Chose faite le 27 mai avec l'abrogation du décret qui autorisait l'utilisation de la chloroquine sous certaines conditions. 

Le doute s'installe

Non seulement le Pr Raoult  mais de  nombreux scientifiques, dont certains sceptiques sur l'intérêt de l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19, ont adressé collectivement ou individuellement des critiques sur l'étude. Dès le 26 mai un infectiologue marocain a révélé cinq limites d’un point de vue méthodologique et épistémologique de l’étude publiée par The Lancet .

 

L'étude qui fait pschitt!

The Lancet a publié une «expression of concern»  dans laquelle elle reconnaît que «de nombreuses questions se posaient".

Ce mardi 2 juin, la revue a mis en doute la validité de l'étude qu’elle avait publiée le 22 mai.  Le lendemain l'OMS autorisait la reprise des essais cliniques avec l''hydroxychloroquine, jugeant que les conclusions de l'étude n'étaient pas fiables.

Et Olivier Véran dans tout ça?

Il est facile de prédire le passé et de dire qu'il a confondu vitesse et précipitation! Il pourra invoquer à juste titre le principe de précaution à partit d'une publication dans la revue qui fait référence mondiale en matière médicale.

Cependant plusieurs éléments viennent invalider cette position.

Des voix émettant des doutes sur la sincérité de l'étude se sont élevées dès les premiers jours, au point que lors de sa conférence de presse où il annonce l'interdiction de fait de la chloroquine en France, des journalistes évoquent ce débat.

L'attitude du ministre a montré depuis le début un parti-pris contre le Professeur Raoult: réticence à autoriser la prescription de la chloroquine, puis autorisation sous la pression populaire (et certainement présidentielle). Mais dans des conditions tellement encadrées, notamment en réservant l'usage thérapeutique aux malades graves contrairement aux indications préconisées par le Pr Raoult, que cette concession semblait être en trompe-l’œil, voire un piège tendu au professeur marseillais. 

On peut donc supposer que le seul intérêt des français, contrairement à ses dires, ne guide pas les décisions du ministre, en tout cas dès qu'il s'agit du Pr Raoult. Même le journal Gala (friand de toute querelle médiatique , même scientifique!)  ne s'y était pas trompé en titrant: Chloroquine : Olivier Véran tient sa revanche sur Didier Raoult ...!

On aurait pu s'attendre à plus de prudence! Après les pieux mensonges sur les masques et les tests qui ne servaient à rien et sont devenus obligatoires, après le fiasco de l'essai "Discovery" et celui annoncé de l'application " Stop Covid", où la clairvoyance des autres nations laissent la France seule dans ses choix hasardeux, et tant d'autres hésitations, approximations, rétropédalages, on aurait pu penser que chaque nouvelle décision serait pesée, analysée dans toutes ses conséquences!

Les responsables de l'étude (un peu rabougrie déjà) "Discovery" envisagent de reprendre les travaux sur l'hydroxychloroquine , en accord avec les autorités concernées (essentiellement l a France donc, après les multiples défections).

Que va faire Olivier Véran?

Sa position est délicate!

Se rétracter lui aussi? Se rétracter sera se déjuger, tant il est évident qu'il en avait fait une affaire personnelle.

Et maintenir sa décision d'interdiction , ou simplement l'aménager, conforterait cette impression. Il ne peut guère s'abriter derrière  les avis scientifiques à l'heure où l'OMS revient sur ses positions et où les chercheurs attendent son avis pour reprendre les essais.

On n'a toujours pas la preuve de l'efficacité de la choloroquine pour le Covid-19. Mais on a celle d'une gestion erratique, impulsive, personnelle de la crise par Olivier Véran! Pas sûr qu'il remonte dans les sondages face à son meilleur ennemi!

 

 

 

 

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12:47 - 23 mai 2020

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