"Tout restera pareil" dit Houellebecq! Pas sûr...heureusement

"Coronavirus : pour Michel Houellebecq, le monde d'après "sera le même, en un peu pire" L'écrivain donne sa vision de la pandémie de coronavirus. Après cette crise, "tout restera exactement pareil, et", écrit-il notamment dans une lettre, (lundi 4 mai sur l'antenne de France Inter). On peut souscrire à cette prédiction, mais certaines de ses analyses peuvent être interprétées "a contrario"

"Je ne crois pas une demi-seconde aux déclarations du genre 'rien ne sera plus jamais comme avant'. Au contraire, tout restera exactement pareil", affirme notamment Houellebecq, Et même, précise-t-il quelques paragraphe plus loin, "nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde; ce sera le même, en un peu pire.

Je suis d'accord pour le pire!

La plupart des gens n'imaginent pas la violence de la crise à venir, non seulement pour les précaires et fragiles, mais pour tous ceux qui n'ont pas un statut "figé" comme les retraités ou les fonctionnaires. Mais même eux seront attaqués, on l'a vu en Grèce par exemple!

Je suis d'accord aussi pour dire que le monde ne va pas changer: le capitalisme, la mondialisation ne vont pas disparaître et s'auto-réformer, ce qui voudrait dire s'auto-saborder! Mais (pour ceux qui n'en avaient pas conscience), réaliser à quel point notre système de santé était à la fois fragile et important, le rôle des sans-grades, la détresse des vieux non seulement dans les Ehpad mais aussi confinés chez eux, l'interdépendance de toutes nos relations, cela va rester. La confiance dans nos infrastructures de "grande puissance" a été mise à rude épreuve aussi. Et les effets positifs sur la pollution, les repeuplements animaux, sont des étonnement qui perdureront.

Ca ne va pas changer tout de suite, mais cela restera en mémoire pour nos choix . Prenons l'exemple des morts, des victimes du virus, en établissement, à l’hôpital ou à domicile.

Voici ce qu'en dit Houellebecq:

 

"Il serait tout aussi faux d’affirmer que nous avons redécouvert le tragique, la mort, la finitude, etc.[ ...]eh bien, jamais la mort n’aura été aussi discrète qu’en ces dernières semaines. Les gens meurent seuls dans leurs chambres d’hôpital ou d’EHPAD, on les enterre aussitôt (ou on les incinère ? l’incinération est davantage dans l’esprit du temps), sans convier personne, en secret. Morts sans qu’on en ait le moindre témoignage, les victimes se résument à une unité dans la statistique des morts quotidiennes, et l’angoisse qui se répand dans la population à mesure que le total augmente a quelque chose d’étrangement abstrait."

 

Cette anonymisation des victimes est une réalité. Mais combien de protestations, non seulement des familles, mais d'une fraction de la population qui justement, une fois passée la stupeur des premiers décès, a réalisé combien ce traitement statistique occultait la vie qui venait de s'éteindre, banalisait l'indifférence et l'oubli! Les familles en deuil ne l'ont pas supporté, elles qui auraient peut-être effectivement vécu l’événement  comme normal auparavant. Son côté "abstrait" a justement provoqué une prise de conscience, de la situation d'abandon et de la dépersonnalisation des mourants. Il nous a fait aussi se projeter dans cette situation, et réaliser que tous les rituels, codifiés (les obsèques) ou non (la dernière visite) n'étaient pas juste une façon de supporter la mort, mais un témoignage de l'importance que nous accordions à la vie du défunt. Pas de vraie découverte là non plus, mais une démonstration par l'absurde, c'est-à- dire par l'impossibilité.

Autre exemple:

 "Le coronavirus, au contraire, devrait avoir pour principal résultat d'accélérer certaines mutations en cours. Depuis pas mal d’années,l’ensemble des évolutions technologiques, qu’elles soient mineures (la vidéo à la demande, le paiement sans contact) ou majeures (le télétravail, les achats par Internet, les réseaux sociaux) ont eu pour principale conséquence (pour principal objectif ?) de diminuer les contacts matériels, et surtout humains. L’épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde : une certaine obsolescence qui semble frapper les relations humaines. "

 

Sans doute.

Et le remplacement des caissières (trop exposées?) et des ouvriers (trop difficiles à licencier)  par des caisses automatiques ou des robots va se précipiter. Quand on pouvait (encore) faire un trajet Marseille- Paris par autoroute, on pouvait  déjà faire le plein, payer son péage, manger un sandwich et boire un café sans parler à personne!

Mais si cette tendance s'accélérera comme le dit Houellebecq (le succès du "drive' et des livraisons" le confirment déjà), on peut difficilement en déduire la disparition des rapports humains. Beaucoup ont au contraire mesuré à l'occasion du confinement l'importance de ces relations, de la famille, des collègues de travail qui nous semblaient indifférents, et même des quelques mots échangés avec le barman ou la boulangère, ou avec le voisin qu'on détestait!

Les multiples entorses au confinement n'étaient pas que des tentatives solitaires pour "marcher seul " et régénérer "le paysage intérieur "de l'écrivain! C'était pour beaucoup le besoin de voir, d'entendre du monde, même sans entrer en communication directe avec lui. Parfois un seul regard croisé vous suffit à éprouver une sorte de solidarité, de communauté de pensée.

L'homme est malgré tout un animal grégaire, l'écrivain peut-être pas, mais il ne compose pas l'essentiel de l'humanité.

 

 

What do you want to do ?

New mailCopy

 

 

What do you want to do ?

New mailCopy

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.