Police: racisme sans violences et violences sans racisme

Le télescopage du meurtre de Georges Floyd et des manifestations pour Adama Traoré a brouillé le débat sur plusieurs plans. La mort de Georges Floyd pose clairement le problème du racisme policier aux USA, et du racisme tout court. En France, la confusion entre violences policières et racisme dans la police n'est pas perdue pour tout le monde!

Le drame de Minneapolis a trouvé un écho dans le monde entier. Avec des manifestations dénonçant l'attitude de la police américaine, et étendant leur protestation à la dénonciation du racisme en général.

Bon je souscris, je plie le genou et lève le poing. Chez moi, devant ma télé. Car il n'y pas de manif accessible. Les campagnes ne sont pas seulement un désert médical, mais aussi un désert revendicatif, social. Sauf parfois sur quelques rond-points.

Là-dessus est intervenu le mouvement initié par la famille Traoré pour « obtenir justice ». Or Amada Traoré était noir . Pas de bol. Ou au contraire pain bénit, ça dépend  ! Et l'on est passé d'une revendication de justice et de dénonciation des violences policières à la dénonciation d'une police raciste, comme aux USA.

Le racisme dans la police et les violences policières, pas tout à fait la même chose!

S' il existe peut-être une dimension raciste dans l'affaire, on n' en sait fichtrement rien. Et si Amada avait été Bernard-Dupont-Blondinet, les questions sur les circonstances de sa mort resteraient posées !(J'entends Assa Traoré me dire qu'il n'aurait pas été arrêté. Mais mon raisonnement est quand même juste, Assa, lâche moi la grappe!)

Bien sûr il existe des violences policières racistes. Et du racisme sans violence physique.Les insultes racistes proférées en direct ou sur les réseaux sociaux en sont des exemples.

Mais le mouvement des gilets jaunes a démontré que la violence policière n'a pas besoin du racisme pour s'exercer !. En ce domaine, on ne peut reprocher aux Forces de l'ordre d'avoir fait de l'éborgnage discriminatoire ! L'universalisme est la règle !

Cependant l'un des reproches faits au pouvoir lors des manifestations des gilets jaunes était d'organiser la violence policière comme arme de dissuasion. Certains, même meurtris dans leur chair , dédouanaient volontiers les flics « exécutants » pour se retourner contre le gouvernement donneur d'ordres, et remonter ainsi jusqu'au responsable suprême, Emmanuel Macron.

 Quelle que soit la position qu'on ait sur la question du racisme dans la police, même si l'on pense qu'il s'agit d'un racisme « systémique », répandu comme une doctrine dans l'ensemble de l'institution, on pourra difficilement démontrer qu'il s'agit d'un racisme « d'état », commandité, alimenté, protégé par les divers gouvernements qui ont eu autorité.

De l'avantage de la confusion des genres

Pour les détracteurs de la police,

assimiler les comportements racistes aux violences ordinaires (sous-entendu couvertes voire encouragées par le pouvoir en place) a le double avantage d'en faire un phénomène "systémique" et de rallier toute la mouvance antiraciste à la lutte contres les dérives policières quelle que soit leur nature! 

 

Pour le pouvoir,

confondre les deux problématiques a permis aussi au gouvernement, et notamment à Christophe Castaner, de déployer son zèle antiraciste sans se déjuger sur les « violences policières ». Il a cru ainsi rectifier maladroitement les pratiques en référence au drame de Minneapolis et non aux bavures françaises. Sans froisser les policiers puisque c'était pour répondre à une émotion planétaire et non déjuger leur action quotidienne. Il pensait faire d'une pierre deux coups : désamorcer la défiance envers la police et infléchir la doctrine et les pratiques de celle-ci sans condamner le passé.

L'effet boomerang

Raté ! Sa bourde du « soupçon avéré », la suppression hésitante de la technique d'étranglement a mis hors d'eux les policiers. Et la promesse de sanctions exemplaires a conforté les détracteurs que jusqu'ici elles ne l'étaient pas. D'autant que le "plaquage ventral " était maintenu, puisqu'il n'existait pas!(sic) Une technique qui n'était pas dangereuse du temps des gilets jaunes qui le devient subitement, et celle qui a tué Georges Floyd maintenue car non enseignée! Ça rappelle furieusement les masques qui ne servaient à rien , devenus obligatoires! A l'envers!

Quand au combat pour "la justice" à rendre à Amada,Traoré, il tente aussi de profiter de la vague antiraciste. La première manif a largement réussi cette mobilisation, en fédérant les condamnations des exactions policières. Mais c'était plus une convergence des luttes, contre la violence policière, qu'une bannière commune.

Samedi dernier Assa Traoré a voulu inscrire sa lutte dans celle plus générale et surtout plus mobilisatrice, au moins pour l'instant, de la lutte contre le racisme. Elle a dénoncé une arrestation "au faciès' pour son frère, et un "harcèlement"de sa famille 1. Si les conditions de l'arrestation et de la détention d'Adam Traoré laissent beaucoup de questions sans réponses, ces deux points semblent une tentative pour faire rentrer son combat pour la transparence et l'impartialité de la justice  dans le moule pas complètement adapté de l'antiracisme.

Jeu dangereux car si ses allégations étaient clairement démenties, l'opinion pourrait facilement se retourner et clamer avec les loups d'extrême droite ou les philosophes de plateaux.

Il n'en reste pas moins que si les deux combats (violences policières et racisme) ont un champ d'intersection, les réponses à apporter ne sont ni du même ordre ni dans le même cadre institutionnel.

Le racisme est surtout présent dans son expression commune : la discrimination à  l'embauche, au logement. Et sans doute au nombre de contrôles de police. Pour le combattre, il y a le droit bien sûr, y compris pour les policiers, mais comme pour toutes les questions d'égalité, une lente évolution des mentalités.

Pour ce qui est des violences policières, le problème est circonscrit. Et simple à résoudre : modifier les pratiques, la doctrine, donc les ordres. Sanctionner les manquements passés, présents et à venir. On pourrait commencer par ça. Les actes évitent les lapsus, et bizarrement convainquent beaucoup plus que les promesses embarrassées.


1. Même si le dénigrement de sa famille "de délinquants" est un coup bas de plus en plus utilisé par la droite extrême et qu'elle y a vu une réponse . Alors que le problème est justement là: avoir un comportement digne et respectueux des lois avec TOUS les citoyens. L'inverse voudrait dire que la délinquance ou même le crime (après tout les policiers n'arrêtent que des soupçonnés de..., non?) autorise la violence policière. Et que les "délinquants", condamnés ou pas, n'auraient aucun droit de se plaindre de son attitude.



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