MUNICIPALE LE PARLER DES HABITANTS ET CELUI DE CERTAINS CANDIDATS

Macron qui sort de nulle part, Mélenchon qui "mute" à Marseille, Manuel Valls à Barcelone... Les exemples de parachutage sont nombreux. De même que l'arrivée de nouvelles listes, légitimes mais pouvant fausser des résultats. Comme à Givors (69 ). Souvent leur parler les trahisse

Les exemples de parachutage ne manquent pas en politique. Les plus nombreux ne concernent pas les Municipales, plutôt les législatives. Dans la XIème circonscription du Rhône le député rayonne sur une quarantaine de communes. Dès lors, l'ancrage local est beaucoup moins important. C'est ainsi que Georges Fenech, brillant homme politique à l'aura nationale, est arrivé à décrocher un mandat législatif dans ce sud du département. Avant d'échouer dans sa conquête de la ville de Givors, principale commune de sa circonscription.

L'homme avait un parler passant très bien dans la plupart des villes et des villages, dans des terres de droite où son costume cravate faisait partie de l'attirail normal pour un futur député.

DEPUIS 1953 LES QUATRE MAIRES SONT NES A GIVORS

A Givors, bien que venant régulièrement acheter des chaussettes sur le marché, la mayonnaise n'a pas prise. Il aurait pu être maire de Condrieu, sans doute de Brignais, de Mornant... Malgré un très ancien passage dans la commune, avec ses parents, la Givordinité ne lui fut pas reconnue.

L'exemple de Givors est typique. Le 28 juin la population a élu la liste de Mohamed Boudjellaba, 51 ans, lequel se verra passer l'écharpe tricolore, ce vendredi 5 juillet.

Ce candidat qui aura réussi à sa troisième tentative est né à Givors le. En 1953 était élu Camille Vallin qui sera député et sénateur. Né à Givors. En 1993 Martial Passi hérite en cours de mandat du fauteuil de maire. Né à Givors. En 2017 Christiane Charnay se voit remettre, elle aussi, les clés de la ville en cours de mandat. Née à Givors.

CE "NÔTRE GIVORS" QUI SONNE MAL !

Tous ont en commun d'avoir été élus ou choisis après avoir occupé des fonctions au sein du conseil municipal. N'est pas Macron, qui veut.

Cette année, à Givors, se présentaient six candidats. Alexandre Couchot, attaché parlementaire peu connu en ville. Pour cause, c'est lui qui représente Fugit sur ces trop nombreuses  communes de la circonscription. Pas vraiment le temps de trainer en vile. jean-Luc Fugit a raisonné pour lui, ayant besoin d'élus de son camp pour la Sénatoriale. Il aurait dû faire renoncer son collaborateur pour la Municipale. Il fera finalement 9% des voix au premier tour.

Le vrai parachutage a concerné Laurent Decourselle, inconnu au bataillon sinon des agents municipaux, ayant de par ses fonctions professionnelles travaillé avec la Majorité municipale. 

UNE VILLE NE PEUT PAS S'APPRENDRE DANS LES LIVRES

Durant la campagne ces deux nouveaux candidats ont eu du mal à trouver ce parler givordin. Le "nôtre  Givors" ne sonnait pas juste. De même le nom de la liste d'Alexandre Couchot "Givors le renouveau" ne pouvait correspondre qu'à un Givordin de moins de 10 ans dans la commune. Quel "renouveau" ? Le retour des usines et des ouvriers ? Un nouveau Givors, mais sans doute pas le rappel d'une ère aujourd'hui révolue. 

Laurent Decourselle a exagéré sur des évidences qui ne l'étaient que pour lui, pas pour les électeurs. Toute la différence entre des candidats ayant vécu la ville et ceux qui l'on rapidement apprise dans des livres. Des listes nouvelles, oui. Mais plus que jamais, pour la première élection d'après démission de l'ex-maire, pour condamnations judiciaires, la campagne n'aurait dû se jouer qu'entre des candidats ayant travaillé durant de longues années pour certains, six ans au minimum.

UN RISQUE ENORME

Les nouveaux candidats ne savaient pas qu'à Givors, pour abréger des discussions, l'habitant va dans le sens du candidat. Et dans celui du candidat suivant. L'évocation de la période des usines, nombreuses encore à la mi siècle dernier ne sonnaient là non plus pas juste. Le Givordin ne parle pas pareil de Fives-Lille, BSN, Berthiez, la Famer. Le candidat est tombé dans la caricature. Entouré d'un ou deux, pour le coup, vrais Givordins maghrébins, il s'est ainsi lancé à fond dans le quartier populaire des Vernes, dès son arrivée. Là où Boudjellaba fera 50% de ses voix au second tour. Les nouveaux candidats ont fait des calculs arithmétiques. Jusqu'à l'entre deux tours où Decourselle tentait de convaincre que ses voix plus celles de Couchot feraient... 27%. 

Quatrième au premier tour, quatrième au second tour, mais cette fois avec une véritable défaite.

Lors de rencontres sportives, de manifestations diverses, le côté pièces rapportées ne faisait aucun doute. On n'apprend pas les codes d'une ville comme Givors en deux ans et, surtout, sans rien n'avoir montré.

Pendant ce temps Christiane Charnay, Mohamed Boudjellaba et Antoine Mellies n'avaient pas à se présenter. Ni physiquement ni sur ce qu'ils représentaient. Il aura fallu six ans à Mellies pour être à ce point accepté dans la ville, même si ses scores ont été en deçà de ses espérances. Il n'a pas menti sur la marchandise, tout comme Boudjellaba. POourtabt deux "marchandises" au départ différentes.

Pendant ce temps Decourselle se baladait entre PC et droite traditionnelle. Un Givordin connu aurait pu se prévaloir d'une liste sans étiquette en ayant prouvé auparavant son non engagement en politique politicienne. Mais arriver sans appareil politique ne pouvait être voué qu'à l'échec.

En 2026, après avoir travaillé et gouté les joies d'une opposition municipale, Decourselle et Couchot pourront parler le Givordin et se présenter en tant que tel.

Avec cinq listes d'opposition ou dites d'opposition qui théoriquement devaient avoir comme but de faire tomber la Majorité municipale, Couchot et Decourselle ont pris de gros risques. Pour ne pas avoir lu le second tour. Avec seulement 26 voix d'avance le coup est passé très près. 27 voix de plus prises à Boudjellaba par Decourselle-Couchot et... la maire repassait.

Deux ans de campagne pour un tel risque ! A sa décharge, Decourselle a été aveuglé par sa cour rapprochée de Givordins n'ayant pas su ou n'ayant pas osé lui dire qu'il se trompait. Et pourtant ses sherpas ont tout donné pour leur chef. En vain.

 

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