Givors (69) Jon Ali, un joker qui a (trop) pesé sur l'élection de Mohamed Boudjellaba

Chanteur, candidat des Anges... mais aussi et surtout habitant du quartier populaire des Vernes, à Givors, commune qui a tourné la page de 67 ans de gestion communiste. Jon Ali a joué un rôle non négligeable. Trop ? La maire battue de 26 voix a annoncé un recours

Depuis le 28 juin, date du second tour de l'élection, certains aiment à l'appeler "le Maire des Vernes". Pas ses plus fidèles soutiens. Plus une réalité qu'une insulte, les faits étant là. Mohamed Boudjellaba, le nouveau maire de gauche allié à EELV a obtenu 50% de ses voix dans ce quartier populaire,et ses deux bureaux de vote. 50% des quatre bureaux remportés sur les douze de la commune.

Depuis sa victoire le nouveau maire, un Givordin de 51 ans, né dans sa ville qu'il n'a jamais quittée, n'a eu cesse de lancer des messages d'ouverture. En rupture avec 67 ans de gestion communiste sans grand partage, dont il a fait les frais durant douze ans dans l'opposition. Ce fut notamment le cas lors du conseil municipal d'installation, le 3 juillet et puis hier, vendredi 10 juillet.

RECOURS AU RECOURS

Pourtant, il avait appris six heures avant l'ouverture de ce premier conseil municipal, que la maire sortante avait déposé un recours. Avec 26 voix d'avance, celui-ci était pratiquement acquis. Pourtant, au fil des jours, le recours au...recours semblait s'être envolé. D'ailleurs, au soir du résultat, la maire avait annoncé avec une certaine noblesse sa défaite, ou la victoire de son adversaire. Ayant hérité d'une mairie prise par des affaires, en 2017, le maire étant condamné et démissionnant, cette ancienne première adjointe semblait presque soulagée. Victime de la chute de nombreux bastions, le PC n'entendait sans doute pas perdre celui de Givors avec seulement 26 voix de retard.

C'est donc lors du conseil municipal que Boudjellaba annonçait la décision de la maire. A la grande surprise de la majorité des élus.

DES FAITS CONSIGNES SUR PV. 

On savait que certains sortants avaient émis des réserves, quelquefois sur les PV des bureaux de vote des Vernes, quand au déroulement des jours précédant le second tour et, surtout, le jour même du vote. Polices nationale et municipale étaient appelées à plusieurs reprises. Les soutiens de la maire jouaient des photos et des vidéos... au cas où. A ce moment là,personne ne pensait que l'écart serait aussi serré que ça.

Parmi les habitants s'étant très investis, notamment sur les réseaux sociaux, un "gone" de ce véritable village de 4 000 âmes. Connu sous son nom de scène: Jon Ali, chanteur, candidat de télé réalité, notamment dans Les Anges. Si dans son propre quartier certains anciens ne connaissent ni l'homme ni les émissions de tété réalité c'est par contre la star d'une bonne partie de la jeunesse. Il explique d'ailleurs la victoire de son candidat par la mobilisation très rare de la jeunesse des Vernes.

Une confidence dans les colonnes du Progrès ce jour. Ni le journal, ni l'artiste ne pouvait le savoir mais l'interview tombe assez mal. Au lendemain de l'annonce du recours portant...à coup sûr sur de supposés dysfonctionnements aux Vernes le jour de l'élection. L'implication de Jon Ali dans la campagne de Boudjellaba est une évidence. Mais depuis le 28 au soir ils sont nombreux à "revendiquer" les 26 voix d'écart. Lui qui a "accompagné" des amis vers les bureaux de vote. Un autre "qui aurait fait du porte à porte" la semaine précédant le scrutin. Celui qui a mobilisé toute la famille ne votant pas d'ordinaire. Nombre de Vernois ont donc dû être plusieurs à "convertir" les mêmes électeurs ! Pour avoir pris parti d'insister durant deux ans sur la nécessité d'apporter un changement dans la ville tout en écartant Decourselle, candidat à la politique illisible, nous avions prôné pour un candidat givordin. A voir les attaques dont nous avons été victimes, pour n'avoir fait que relater certains faits, on se dit que notre groupe aussi a du peser plus de 26 mois. Les écrits restent. Les paroles, elles, furent quelquefois tardives.

Pour Jon Ali, l'engagement a également été scellé dans le marbre. Une campagne quelquefois limite sur les réseaux sociaux de la part de certains Internautes avant le premier tour. Plus sur le terrain par la suite.

Cette interview tombe mal. Il n'y est pour rien.

3200 RECOURS AU PREMIER TOUR

Elle arrive au moment où Boudjellaba veut gommer cette image de "Maire des Vernes". Image encore très pâle qu'une politique pour tous pourra gommer facilement. Surtout, elle arrive alors que certains se disent encore "sous le choc". Cette partie de la population étant passée par une douce euphorie le 28 au soir en apprenant la chute de la gestion communiste et par la peur de l'inconnu. On l'a déjà écrit, cela aurait été la même réaction en cas de victoire d'Antoine Mellies (RN). Mais sur une autre partie de la population.

Ce recours, Mohamed Boudjellaba le prendra sans doute avec une certains sérénité. Sa troisième participation lui a appris le métier. Nul doute qu'il aura à opposer certaines "erreurs" ou "fautes" commises durant la campagne, par la liste qui, à travers ce recours, l'accuse.

Tribunaux administratifs, conseil d'Etat, conseil constitutionnel, suivant les accusations, sont prêts. Pas moins de 3200 recours ont été enregistrés après le premier tour contre 400 au même stade en 2014. Principalement pour des raisons se rapportant aux mesures prises autour de la Covid et de la faible participation, ce qui n'a pas été le cas à Givors. Enfin moins qu'au niveau national.

Vu le nombre d'actions il faudra sans doute des dossiers très garnis pour que le recours soit pris en compte. Dès hier soir Razika Dali, l'une des six candidates, éliminée au premier tour, indiquait que le cas échéant elle ne partirait pas en campagne. C'est une poignée de voix qui l'a privée du remboursement de sa campagne.

On est bien loin d'une nouvelle élection même si le PC fera désormais le job.

 

 

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