INTERVIEW DE MOHAMED BOUDJELLABA 2/2 "LE MARIONNETTISTE A JOUÉ SUR DEUX CANASSONS"

Investi politiquement depuis 2002, Mohamed Boudjellaba a pris Givors (69) aux mains des communistes depuis 67 ans. En cas de défaite il ne se serait plus présenté. Il restera comme le tombeur de Martial Passi et souhaite être le maire de tous les Givordins

capture-d-ecran-2020-09-21-a-21-37-46-1

2008

Patrick VEYRAND: Comment s'est passée votre première élection ? 

Mohamed Boudjellaba: Je suis ostracisé, je suis un paria. On propose à Passi (NDLR: Maire de 1993 à 2017) de travailler ensemble. A aucun moment ça a été le cas. On s’est installés, on a rassemblé nos misères. On s’est fait taper dessus au conseil municipal. J’apprends le métier. En 2008 on était sur le champ politique. Après l’élection il en a cure du citoyen, il en a cure de politique. Ca aide à avoir fait des campagnes, d’être un enfant de la ville, cela permet de mieux comprendre. Lors de la première campagne j’ai subi… J’appelle pas ça une campagne. Nous sommes partis deux mois avant.

PV: Vous étiez un peu dans la démarche de Rakika Dali, candidate surprise en 2020 avec une campagne très courte ?

MB:Non c’est différent. J’étais inscris dans une démarche politique depuis 2002. Je suis rentré au PS suite à l’arrivée du FN au second tour de la Présidentielle. A ce moment-là je suis encarté. Jannot (NDLR: adjointe de la Majorité municipale) et Passi demandent que je sois exclu. Et je suis exclu en 2008 durant la campagne. A 15 jours de l’élection. C’est là que je découvre la grosse artillerie. De la grosse désinformation. Le clan Passi me fait savoir que l’on m’annonce à 3%. Je ne savais même pas ce qu’était la règle des 5%. (NDLR le seuil pour le remboursement des frais de campagne ). On savait que l’on allait pas gagner. C’était peser sur la majorité. On a des longues discussions avec Fenech (ex-député de la XIème circonscription) en 2008. Il me propose d’être son premier adjoint. De venir avec la moitié de la liste. En me disant tu auras la gestion de la ville. Pour lui il s’agissait d’avoir un ancrage.

PV: Douze ans après Georges Fenech vous a apporté un soutien que vous n'avez pas trop utilisé ?

MB: Je considère qu’il a fait du bon travail. Je ne suis pas d’accord sur certains points politiques. Je reconnais que c’est un personnage politique, intelligent. C’est quelqu’un qui a de la culture, de la prestance. Pour qui j’ai une certaine amitié.

PV: Il y a la photo de la liste un peu gênante ?

MB:  La femme voilée, c’est une copine qui habite aux Tours. J’étais tellement content de faire la photo au parc Normandie Niemen. Et elle s’était convertie une semaine avant. Quand j’ai vu l’affiche, avec elle au milieu de la photo et voilée...je me suis dit. On ne m’en a pas parlé pendant la campagne. On m’en a parlé deux ans après. Je peux comprendre que cela ait pu choquer.

PV: D’ailleurs n’avez-vous pas été à la limite du communautarisme cette année-là ?

MB: Monter une liste c’est facile pour le sortant (NDLR cela n’a pas été le cas pour Christiane Charnay cette année). On a fait avec ce que l'on avait. C’était logique d’être battu. Et presque Inespéré de faire 10%.

2014 

"Les gens de meilleure qualité que moi, il faut s’en servir, il ne faut pas les éliminer"

M.B. On fait un gros travail sur le programme. Et là, il y a toute la machine Passi qui se met en route. Il sort l’artillerie lourde. Grosse campagne fatigante, on avait bonne presse et je vois un an et demi avant le scrutin un changement dans l’opinion. Dès que j’approchais quelqu’un il y avait un service « spécial » du maire. Les gens te disent c’est super et tu les vois faire du porte à porte pour le maire. L’être humain est comme ça. Ils se disent il a plus de chance. Agiter le chiffon rouge du Front National a marché à plein tube. Les gens se disent si ce n’est pas Passi cela va être Melliès. La peste ou le choléra. Passi avait plus de courtisans que de militants. Les militants, ils les avait éliminés. Il y a des gens de meilleure qualité que moi, il faut s’en servir, il ne faut pas les éliminer. Il avait une cour de moins en moins efficace. Les gens avaient peur, étaient tétanisés. Dans un système clientéliste.

PV: Auriez-vous eu les épaules assez larges ?

MB: En 2014, j’étais pas prêt en terme de projets cohérents.

2020

"C'EST UN ARABE IL NE VA PAS GAGNER"

 PV: Decourselle (candidat Rem bis) réuni ses troupes ce soir ? (NDLR :vendredi 18 septembre). Il estime avoir gagné ( NDLR :il a fait 4ème aux deux tours) en ayant éliminé le RN.

 MB: C’est pas lui qui a fait perdre le RN. L’enseignement c‘est que 80% des gens ne voulaient pas l’équipe en place. Un marrionnettiste (NDLR Martial Passi) a joué sur deux canassons (NDLR : Laurent Decourselle et Christiane Charnay). J’en ai l’intime conviction. Il faut aussi avoir un peu de chance. J’en ai eu. La vague verte a eu lieu dans les grandes villes. Il y en a un qui a joué aux apprentis sorciers, c’est le député. Je ne lui en veux pas. S’ils avaient bien analysé les choses… Il y avait un discours éculé depuis pratiquement un an porté par certains candidats « C’est un Arabe il ne va pas gagner ».

PV: Vous avez souffert de votre prénom ?

MB: Je n’ai jamais utilisé cette raison en public. (NDLR : En privé en 2014, il s’était posé la question et avait trouvé sa réponse : oui). Pour boussole j'ai justice, équité et servir les Givordins. Je ne suis pas parfait. Je veux supprimer les privilèges d'où qu’ils viennent. Ne pas privilégier certaines castes. Cà a l’air de déplaire à beaucoup de monde.

PV: Est-ce que cette troisième tentative était la dernière ?

MB: Oui je l’avais décidé. Du moins en tant que tête de liste.

LE MAIRE DES VERNES ? C'EST TRES INSULTANT"

PV: C’est passé chaud… Moins de trente voix, c'est pas beaucoup? 

MB: Oui mais avec une meilleure participation . D’habitude on était considéré comme la dernière roue du carrosse de la participation. Même si le chiffre est faible on est en dessus de la moyenne.

PV:  Vous vous considérez malgré tout légitime ? Le soir du second tour certains parlaient du maire des Vernes ?

MB: C’est très insultant Je ne suis ni le maire d’un quartier, ni le maire d’une ethnie. Ni le maire d’une caste sociale. Je suis le maire de la ville.

PV: Vous comprenez que certains….?

MB: Je ne veux pas comprendre.

 PV: Malgré quelques déroulements au second tour un peu olé olé ?

MB: Pas plus qu’ailleurs de ce que j’ai comme infos. On peut pas dire aux gens vous êtes bien le samedi. Et les traiter de sauvageons quand ils vont voter.  On veut des citoyens ou des sujets ?

PV: Entre le vendredi et le dimanche soir il y a eu des remarques faites par…

MB: ... Par Christiane Charnay qui a estimé qu’il y a eu des incidents dans quelques bureaux

PV: Celaa nous amène au recours 

"LE RECOURS ? LA JUSTICE PRENDRA SES DECISIONS"

MB: Oui ça nous amène aux recours.

PV: Celaa vous inquiète ?

MB: Un recours est un recours, la justice prendra ses décisions. J’aurais pensé que ce soient plutôt les candidats challengers qui auraient fait les recours. Pas les sortants qui avient les manettes de la ville. J’avais pas leurs moyens.

PV: Vous arrivez à prendre certaines décisions ?

MB: Oui mais la situation est tellement compliquée en interne et en dehors de la ville.

PV: 2020 n'a t-elle pas commencé en 204 ?

MB: En 2014 il y a les affaires. On a une mandature qui est exécrable. La plainte, c’est février 2015. Mais je savais que les choses s’étaient faites en juillet 2014. On m’avait rapporté ce qui allait se passer. Je fais le choix de porter le combat sur l’illégalité de la chose publique. On me rit au nez, on me menace. Certians adjoints me disaient « on a tout fait nickel. C’est honteux. Tu vas te ramasser encore une fois ». Les élus n’ont pas joué leur rôle. Tout se décidait là (NDLR dans le bureau du maire).

PV: De nouveaux candidats entrent en campagne ?

MB: La comédie s’installe. Les gens se disent il y a un terreau. J’étais un outsider. En même temps on me met un caillou dans la chaussure. Les premières discussions ont débuté en juin 2018. Pendant la fête de la ville, Decourselle annonce qu’il se présente. Nous avons une discussion franche. (NDLR que les témoins ont jugé sévère) Il était avec des élues de l’ancienne Majorité municipale. On a enlevé les mauvaises herbes. Une fois que le blé est sorti on nous dit nous allons le ramasser. Que ce soit de la part de Decourselle ou d’Alexandre Couchot. Mellies lui était dans  son champ. Charnay n’a pas fait la campagne que le « marionnettiste » attendait. En plus elle s’est entourée de quelqu’un pas compétent.

Demain, les rebuts de l'interview

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.