Paul Alliès
Professeur Emérite à l'Université de Montpellier. Doyen honoraire de la Faculté de Droit. Président de la Convention pour la 6° République (C6R).
Abonné·e de Mediapart

286 Billets

2 Éditions

Billet de blog 25 juin 2017

PS: surtout, ne changeons rien!

Le Parti socialiste réunissait hier ce qu’il convient de nommer son parlement, en hibernation depuis le 18 décembre quand il avait investi ses candidats aux législatives. L’effondrement subi laissait espérer un Conseil National (CN) de bilan si ce n’est de perspectives. Au lieu de cela on a assisté à la reproduction statutaire des mêmes rituels du passé.

Paul Alliès
Professeur Emérite à l'Université de Montpellier. Doyen honoraire de la Faculté de Droit. Président de la Convention pour la 6° République (C6R).
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’intervention liminaire et crépusculaire de Jean Christophe Cambadélis posait pourtant bien la question: fallait-il s’attacher à une refondation ou à la fin de l’histoire du socialisme ? Avec cette idée que peut-être la social-démocratie avait, au cours du siècle, réussi à faire passer dans les faits et le droit ses aspirations. Elle aurait donc peut être achevé de parcourir le cycle de son destin civilisationnel comme le confirmerait sa crise à l’échelle européenne. En France c’est au moins la fin irrémédiable du « cycle d’Epinay » et de son cortège d’arrangements en tout genre. Parmi ceux-ci, Cambadélis n’hésite pas à évoquer les institutions de la V° République (qui seraient « à terre », l’élection de Macron faisant « entrer la IV° dans la V° »); et d’évoquer le point de départ de François Mitterrand créant la Convention des Institutions Républicaines avant de se lancer à l’assaut de la présidence de la République. Une opinion qui fut reprise par Emmanuel Maurel ou Guillaume Balas.

Le débat ainsi ouvert aurait pu se nouer sur ces questions ou entre Guillaume Bachelay d’une part et Stéphane Le Foll d’autre part. Pour ce dernier, la contradiction majeure est entre le regain du nationalisme-souverainisme et l’ouverture à l’Europe. Le PS aurait perdu ses électeurs, partis chez Macron ou Mélenchon, pour n’avoir pas résolu sa contradiction ouverte en 2005 lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Le choix ne serait plus entre le capital et le travail mais entre les partisans et les adversaires de l’Union Européenne.

Pourtant de débat il n’y en eut pas. Car tous les représentants des courants représentés au CN depuis les derniers congrès du parti se succédèrent à la tribune, sacrifiant à l’exercice de l’expression de « sensibilités » représentées à la proportionnelle (même si elles ne se réunissent même plus). Il y eut donc une suspension de séance à la demande de la « motion B » (la gauche du parti depuis le congrès de Poitiers). Elle aboutit au dépôt d’un amendement de la motion présentée par le Premier secrétaire qui exprimait l’incompatibilité des « préoccupations des socialistes avec une participation à la majorité présidentielle » et affirmait: « Nous ne voterons donc pas la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe ». L’amendement présenté par Emmanuel Maurel affirmait que les socialistes « se situaient dans l’opposition et voteraient contre la confiance ». Mis aux voix, l’amendement fut minoritaire et la motion laissant la porte ouverte à l’abstention des députés socialistes fut adoptée à la majorité des 200 présents (sur les 300 que compte le CN).

Ce fut donc une réunion pour rien ou presque, l’autorité statutaire de cette instance sur le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale étant plus qu’incertaine. La question de la direction collégiale n’a même pas été abordée même si Christophe Borgel a lâché au détour de son intervention que « beaucoup de camarades avaient revendiqué d’y être. » Il faudra donc attendre le prochain Conseil national le 8 juillet pour en découvrir la liste et la dite direction, surgie d’arrangements solférinesques.

Cette vitrification du débat démocratique entraîne plusieurs leçons: La représentation proportionnelle des courants est inadéquate à une quelconque refondation partisane. Les choix politiques les plus immédiats sont escamotés (seul Luc Cavournas a posé la question des rapports avec le reste la gauche et demandé la création d’un intergroupe à l’Assemblée). Les instruments de la rénovation du parti sont passés par profits et pertes. De ce dernier point de vue, la démarche « d’amis d’Arnaud Montebourg » pétitionnant pour « inventer une gauche nouvelle » ne manque pas de surprendre. Outre qu’elle surgit de nulle part sinon d’une direction de campagne qui n’a pas ouvert de discussion sur sa propre responsabilité dans l’échec du candidat aux Primaires, le texte n’est qu’une version light de celui de la campagne en question. Il esquive les sujets essentiels pour comprendre la crise des socialistes: la contextualisation de la crise contrastée de la social-démocratie européenne ; l’identification des causes spécifiques propres à l’histoire de ce parti; la définition d’une plate-forme prospective sur le travail, la transformation écologique et numérique, la souveraineté, la démocratie sociale; le traitement de la question démocratique débarrassée des instrumentalisations d’une 6° République telles que la campagne des Présidentielles en a donné le spectacle.

Finalement, la question que beaucoup de monde se pose: « faut-il rester au PS ou pas ? », est escamotée. Ce n’est pas en ne changeant rien aux pratiques, règles et programmes d’avant qu’on fera surgir du neuf.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Une seule surprise, Pap Ndiaye à l'Éducation
Après vingt-six jours d’attente, Emmanuel Macron a nommé les vingt-sept membres du premier gouvernement d’Élisabeth Borne. Un casting gouvernemental marqué par sa continuité et toujours ancré à droite. La nomination de l’historien Pap Ndiaye à l’Éducation nationale y fait presque figure d’anomalie.
par Ilyes Ramdani
Journal — Gauche(s)
Union de la gauche : un programme pour mettre fin au présidentialisme
Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de gauche et écologistes ont présenté le 19 mai leur programme partagé pour les élections législatives, 650 mesures qui jettent les bases d’un hypothétique gouvernement, avec l’ambition de « revivifier le rôle du Parlement ». 
par Mathieu Dejean
Journal
Écologie politique : ce qui a changé en 2022
Les élections nationales ont mis à l’épreuve la stratégie d’autonomie des écologistes vis-à-vis de la « vieille gauche ». Quel dispositif pour la bifurcation écologique, comment convaincre l'électorat : un débat entre David Cormand, Maxime Combes et Claire Lejeune.  
par Mathieu Dejean et Fabien Escalona
Journal — France
À Romainville, un site industriel laissé à la spéculation par la Caisse des dépôts
Biocitech, site historique de l’industrie pharmaceutique, a été revendu avec une plus-value pharaonique dans des conditions étranges par un promoteur et la Caisse des dépôts. Et sans aucune concertation avec des élus locaux, qui avaient pourtant des projets de réindustrialisation. 
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Rapport Meadows 9 : la crise annoncée des matières premières
La fabrication de nos objets « high tech » nécessite de plus en plus de ressources minières rares, qu'il faudra extraire avec de moins en moins d'énergie disponible, comme nous l'a rappelé le précédent entretien avec Matthieu Auzanneau. Aujourd'hui, c'est Philippe Bihouix, un expert des questions minières, qui répond aux questions d'Audrey Boehly.
par Pierre Sassier
Billet de blog
Reculer les limites écologiques de la croissance… ou celles du déni ?
« À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance ». L' Atécopol et Enseignant·es pour la planète analysent ce sujet du bac SES, qui montre l’inadéquation de l’enseignement des crises environnementales, et les biais de programmes empêchant de penser la sobriété et la sortie d’un modèle croissantiste et productiviste.
par Atelier d'Ecologie Politique de Toulouse
Billet d’édition
Pour une alimentation simple et saine sans agro-industrie
Depuis plusieurs décennies, les industries agro-alimentaires devenues des multinationales qui se placent au-dessus des lois de chaque gouvernement, n’ont eu de cesse pour vendre leurs produits de lancer des campagnes de communication aux mensonges décomplexés au plus grand mépris de la santé et du bien-être de leurs consommateurs.
par Cédric Lépine
Billet de blog
Marche contre Monsanto-Bayer : face au système agrochimique, cultivons un autre monde !
« Un autre monde est possible, et il est déjà en germe. » Afin de continuer le combat contre les multinationales de l’agrochimie « qui empoisonnent nos terres et nos corps », un ensemble d'activistes et d'associations appellent à une dixième marche contre Monsanto le samedi 21 mai 2022, « déterminé·es à promouvoir un autre modèle agricole et alimentaire, écologique, respectueux du vivant et juste socialement pour les paysan·nes et l'ensemble de la population ». 
par Les invités de Mediapart