Les limites des Primaires

Le débat en cours sur et dans la Primaire de la Droite porte sur leurs limites politiques: doivent-elles aller jusqu'à l'électorat de gauche et de l'extrême-droite ? Ce faisant ce débat occulte un autre type de limite, celle sociale, de la population qui s'intéresse à elle et y participe.

La polémique sur l'espace politique est assez vaine. Les Primaires ouvertes partent du principe qu'elles ne sauraient se fonder sur une discrimination idéologique quelconque. Tous les citoyens inscrits sur les listes électorales (et parfois quelques autres catégories) peuvent librement y participer. Les partis organisateurs ont trouvé une formule pour limiter les risques de leur instrumentalisation par leurs adversaires. C'est la déclaration de principe préalable au vote lui-même par laquelle l'électeur dit partager "les valeurs républicaines de la droite et du centre" ou se reconnaitre "dans les valeurs de la Gauche et des écologistes" (formulation officielle des deux Primaires de 2016). Le flou de ces formules n'est pas de nature à empêcher une participation tactique d'électeurs aux convictions opposées, à l'une ou l'autre Primaire. En l'occurrence, c'est bien la question posée à l'UMP dont les candidats attirent inégalement les électeurs de gauche décidés à intervenir dans l'élection présidentielle dès cet avant-premier tour qu'est la Primaire pour ne pas avoir à affronter un deuxième tour où ils n'auraient ni candidat ni libre-choix pour éliminer Marine Le Pen. En réalité les partis français ont toujours eu peur de cet élargissement de leur électorat. Ce fut le cas au PS en 2011 (et cela semble être devenu un dogme chez Jean-Luc Mélenchon). Or l'expérience déjà ancienne des pays étrangers, des Etats-Unis à l'Italie, démontre que la loi du grand nombre (plusieurs millions d'électeurs) l'emporte et limite de manière infinitésimale les effets perturbateurs de la participation du camp adverse. En réalité la vraie limite du champ des Primaires est sociale.

Les quelques enquêtes menées (par l'IFOP ou CSA) sur la" Primaire citoyenne" de 2011 ont révélé l'importance d'un intérêt et d'une participation très inégale des différentes catégories de la population et de ses territoires. Les jeunes, les moins diplômés, les zones rurales et les banlieues sont restés globalement indifférents à l'exercice. C'est dans les (grandes et centres) villes, parmi les CSP plus, dans les tranches d'âge au-delà de 45 ans que l'on a le plus voté. Et parmi les citoyens les plus politisés et les mieux informés. Si cela ne remet pas en cause les avantages démocratiques de la procédure, il importe d'en corriger les causes matérielles: distribution des bureaux de vote en conséquence, organisation du scrutin par étapes successives (d'une région à l'autre) pour motiver et informer les "profanes", généralisation à d'autres scrutins (municipales et législatives). L'enjeu est de "civiliser" le système des Primaires de telle sorte qu'une population toujours plus vaste y apprenne à maitriser ses avantages démocratiques. Mais c'est là la vraie limite que les vieux partis répugnent à franchir. Leur résistance à l'extension sociale des Primaires les conduit (en Italie par exemple) à en remettre en cause le principe. Leur généralisation est pourtant une bonne voie pour adapter une offre politique censitaire aux nouvelles demandes sociale participatives.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.