Climatoscepticisme, une aubaine pour Les Républicains ?

Samedi dernier dans la soirée, les deux députés LR Guillaume Larrivé et Julien Aubert prirent pour cible Greta Thunberg, invitée à l’Assemblée Nationale pour un débat organisé par le collectif parlementaire "Accélérons". L’un appelant courageusement ses collègues députés à boycotter la venue de la "gourou apocalyptique", l’autre refusant d’applaudir le prix “Prix Nobel de la peur”. Quel spectacle ragoûtant ce serait de voir un de ces deux candidats à la présidence des Républicains s’adonner à la surenchère médiatique et faire grève seul demain devant les marches du palais Bourbon muni d'une pancarte bricolée: “Grève parlementaire pour le climat”. Plus sérieusement, cette polémique n’est pas sans rappeler la Une du 27 juin de Valeurs Actuelles titrée "Les charlatans de l'écologie" s’attaquant en partie aussi à la jeune suédoise dont le portrait figurait en couverture de l’hebdomadaire. 

Cette critique émanant d’une frange de la droite n'en est qu'à ses balbutiements et pourrait même devenir structurante. Alors en pleine recomposition et crise identitaire, Les Républicains pourraient être séduits par ce positionnement contrasté sur l'urgence écologique, leur permettant notamment d’affirmer leur différence avec LREM qui prétend en faire une de ses priorités. Macron reçut en personne Greta Thunberg à l’Elysée en février dernier. Ce combat face au “catastrophisme des ayatollah verts”, pour citer un célèbre chirurgien-urologue, rencontre déjà une audience significative chez les électeurs. Selon un sondage réalisé par Opinion Way pour PrimesEnergie.fr paru en Avril dernier, 23% des Français avouent ne pas “croire au réchauffement climatique” et contrairement au discours ambiant, les 18-24 ans serait la tranche d’âge la plus sceptique. Je tiens le pari que Guillaume Larrivé remportera la présidence des Républicains, mitigeant les catastrophes environnementales annoncées, combattant la montée de l’éco-anxiété chez certains jeunes, prônant une “écologie positive” et surtout profitant de la recrudescence du climatoscepticisme en France.

Les conclusions des rapports du GIEC sont régulièrement remises en cause sur les plateaux télévisés pour provoquer les personnalités politiques invitées qui souvent mordent à l'hameçon. Le scénario est tout le temps le même: un chroniqueur inconnu conteste le rôle de l’homme dans le réchauffement climatique, le ton monte, les insultes pleuvent et la Science avec un grand “s” est invoquée à tout va comme argument d’autorité alors que les véritables arguments scientifiques eux demeurent absents. Le clash se transforme alors en polémique: les écolos s’offusquent qu’on donne encore une visibilité médiatique aux climatosceptiques et ces derniers les accusent en retour d’hystérie et de prosélytisme. L’affrontement Praud/Nouvian n’était que le premier “remake vert” du blockbuster Zemmour/Glucksmann. Divertissant, clivant et abrutissant. 

 Demain midi à l'assemblée, les députés entendront aussi s'exprimer quatre jeunes français de Youth for Climate ainsi que la brillante et pédagogue Valérie Masson-Delmotte coprésidente du groupe n°1 du Giec, qui gagnerait à être plus souvent invitée sur les plateaux télé pour que le débat se transforme en leçon.










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